‹ Prose et pensées [microforme] (volume 3)Chapitre 9 sur 9 · RD · texte numérisé non relu

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et la volonté très rare, on se guérirait d’une foule d'emportements outrés qui sont la cause qu'un grand nombre de gens n'apprennent jamais rien que par une succession douloureuse de surprises indignées contre l'indifférence des hommes et des choses.

M. Sellière, que j'ai cité au commencement de cet article, dit que le meusonge est l'attitude initiale de l’esprithumain, et c'est être vraiment injuste que d’être trop exigeant pour la société où tant d'intérêts viennent continuellement en jeu.

On ne connait peut-être pas assez ces lignes de P. Janet :

‘“ Dans !e monde des idées, des sentiments et des rêves, l'espace est presque libre devant nous: mais dans le monde réel, notre volonté rencontre à chaque pas des choses ou des personnes qui lui font obstacle : écarter ces résistances, non par une violence brutale mais par un emploi judicieux et raisouné de notre activité, opposer à chaque résistance le juste degré d'efforts qu'il faut, c'est là une chose vraiment difficile, et. quand elle réussit, tout-à-fait digne d'admiration . ”

Brunetière écrivait que la question sociale est une question morale ; on pourrait ajouter que la vie réelle est une question morale.

Que deviendrais-je, s'écriait Gœthe, si je n'étais restreint par la contrainte sociale !

M. Janet écrivait encore dernièrement que la neurasthénie et la névrose ne sont que des défauts d'adaptation d'un suj:t aux circonstances.

Le névrosé est un hypocondriaque qui, au lieu d’observer les choses extérieures, descend en lui armé de sa balance méticuleuse d'orfèvre, pour y pratiquer cet examen illusoire que Gæthe condamne si énergiquement, quand il dit de laisser là cette inspection intérieure et d'examiner notre conduite à l'égard du monde extérieur et notre capacité de répondre aux appels du devoir, puisque ce n'est que par nos actions et nos résultats que nous pourrons voir ce qu'il y a en nous. On est toujours borné par son niveau moral.

Guæthe était trop peu romantique pour substituer les caprices du moinent au devoir de chaque instant. Les fantaisies romantiques se complaisent dans tout ce qui cadre

avec les mélancoliques crépuscules et les nostalgiques clairs de lune. mais notre poète aime la lumiére du seul astre qui, lorsqu'il s'allume au fond du cœur humain, ne s'éteint et ne disparait jamais, je veux dire le devoir.

Il n'est pas même celui qui conseille la recherche du bonheur. Son Wilhelm Meister tranche nettement la question entre le bonheur et le devoir, et je n'ai pas besoin de dire en faveur duquel des deux. En effet le bonheur ne semble-t-il pas sonner faux sur le fond sérieux de la vie ? L'homme que l'on dit heureux, a lui-même le sentiment de cette dissonnance, et sous l'apparence de n'être Jamais content, il semble se reprocher son bonheur comme une chose non fondée dans la nature humaine, tandis que l'homme de devoir se sent Ja Joie d'une parfaite adaptation.

Le simple plaisir n'a raison de rien. Voyez ce riche, il a tout, il est malheureux, tandis que Ce pauvr:, tient à la vie plus que personne. L'esprit qui recherche le Piaisir, marche à reculons, que dis-je, il ne marche même pas, il est tout simplement entrainé. 1] est aussi commun de prendre le plaisir pour le devoir. que de prendre l'emportement et l'entétement pour la volonté, ou la faiblesse pour la honté:

C'est parce que Gæthe sut si bien sadapter c'est parce qu'il comprit si bien toutes choses, qre l'on est tenté de renoncer à son propre sens Pour vivre de la contemplation de son beau génie, comme le ruisseau sortant des lits fangeux de la forêt se lance dans le sein limpide d’un lac où le Pur reflet des choses en remplace les contacts sordides.

Ii connut.les hommes, ne se dissimula pas leur mauvais Vouloir, mais renonçant à percer la malice qui cache tant de choses, il se consenta de pardonner joyeusement, d'observer, d'apprendre, de vivre hautement, au détriment peut-être de l'amour intense, mais aussi de la haine et de l'envie.

À ceux qui, cherchant Peut-être à soulever de l'anta- Sonisme entre lui ot Shiller, sinquiétaient de savoir qui était le plus grand, il faisait cette réponse digne de l'auteur du Christianisme : ‘: Vous devriez être contents qu'il y ait au monde deux tels hommes sur qui disputer ”.

Les pharisiens de la politique ne purent jamais entamer

la sérénité de celui que l'on a appelé ‘Je plus grand maître de soi qui fut jamais, ”

I ya, disait-il, une chose qui me console, c'est que le mérite réel ne peut Pas se perdre, et que les artifices des Plagiaires et la malice des envieux n'auront jamais la durée qui est la garantie de la grandeur réelle.

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