‹ Prose (volume 2)Chapitre 13 sur 87 · A LA MÉMOIRE DE HENRI-CHARLES READ · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE HENRI-CHARLES READ

Celui qui fit ces vers est mort à dix-neuf ans.

— Tel l'amandier précoce, au début du printemps,

Meurt pour une neige qui tombe. — Il ne reste de lui que ce bouquet glané, Et d'une main pieuse, ainsi qu'un frère aîné,

Je viens le poser sur sa tombe.

En lisant ses doux vers, qu'ils l'aient ou non connu, Tous seront attendris par leur charme ingénu,

Par leur grâce simple et naïve, Et, devinant quel homme eût été cet enfant, Ils se demanderont pourquoi le sort défend

Qu'un tel être prospère et vive ;

Pourquoi tant de charmants espoirs ont succombé; Pourquoi sur le chemin on trouve un nid tombé;

Pourquoi le vent brise l'arbuste; Pourquoi l'Artiste, un jour, laisse là, sans regret, Une ébauche où déjà le chef-d'œuvre apparaît,

Et pourquoi le Ciel est injuste !

Mais devant ce jeune homme au sépulcre enfermé, Moi qui vieillis, je dis à ceux qui l'ont aimé

Ou qui l'aimeront par son livre :

Heureux qui n'a vécu qu'un jour, en floréal! Heureux qui meurt, tout jeune, avec son idéal!

Dieu lui fait grâce et le délivre.

Car vivre, c'est souffrir. Quels maux n'eut pas soufferts Le cœur ardent et bon qui s'épanche en ces vers?

Il portait la marque fatale.

L'Art, le Bonheur, l'Amour à ses yeux avaient lui; Il n'a pas eu le temps de voir fuir devant lui

Tous ces mirages de Tantale.

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