PRÉFACE DE « LA VIE PARISIENNE
Vers avant prose, simplement,
Comme, en tête du régiment,
Va la musique.
Tous les deux, nous avons mangé Quelque peu du bœuf enragé.
0 jours de jeûnes !
C'est oublié. Le lendemain, On dit, en se serrant la main :
Nous étions jeunes.
Malgré le siècle corrompu, On a fait du mieux qu'on a pu,
Joyeux ou triste.
Que de sentiers! Chacun le sien!
Vous êtes un Parisien,
Un journaliste,
Un alerte et charmant bavard, Qui vivez sur le boulevard
Et dans la fièvre...
Moi, par les beaux soirs constellés, Je cherche des rimes, sur les
Bords de la Bièvre ;
im POESIES DIVERSES.
Je cultive, au faubourg lointain, Comme Candide, mon jardin,
Trouvant bouffonne La mode des amants pressés, Qui s'adressent mille baisers
Par téléphone.
Je vivrais, ne connaissant pas Ce Paris dont j'entends là-bas
La voix qui monte, Ignorant tout ce qui s'y fait, Sans votre article, ami Blavet,
Qui me le conte.
Je lis votre prose, mon cher, Comme un bourgeois de port de mer,
Très sédentaire, Parie avec curiosité Aux marins ayant visité
Toute la terre.
Dans mes songes bleus de fumeur, J'admire de loin votre humeur Si vagabonde,
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Qui vous fait l'aire chaque jour, Avec tant de verve et d'humour, Le tour d'un monde ;
Et quand ces feuillets vifs et francs Deviennent volume à trois francs
Sous couverture, J'y goûte le plaisir exquis Que donne un album de croquis
D'après nature.
La personne et l'événement Y sont définis lestement
D'un mot qui cingle ; Choses et gens -des mois passés Sont tous là, papillons fixés
Par une épingle.
Et c'est charmant ! Et grand merci De savoir nous montrer ainsi,
Homme intrépide, Le grand Paris d'un seul coup d'œil, Et de transformer mon fauteuil
En train rapide.
Strophes dites par M. Porcl, le 3 juin 1883,
à la première représentation donnée par la troupe de l'Odéon
à Amsterdam.
Ainsi, mon cher Pore), vous allez en Hollande Pour voir les beaux tableaux et goûter le skidam, Et, de plus, vous voulez que je vous recommande, Vos compagnons et vous, aux bourgeois d'Amsterdam !
Mais ils m'ont oublié, peut-être, au pays libre; Je n'y suis pas allé depuis plusieurs hivers. Peut-être n'ont-ils plus un souvenir qui vibre Pour le poète errant qui leur a dit ses vers?
Non! Dans leur sympathie ils m'ont dû garder place, Car ils ne savent pas la donner à moitié. On conserve longtemps un beau fruit dans la glace ; Les gens des climats froids sont de chaude amitié.
Et puisque vous avez cette aimable pensée De vouloir que mes vers vous présentent là-bas, Dites bien tout d'abord à la foule empressée Que mon cœur se souvient des nobles Pays-Bas;
Du pays généreux qui ne sait pas proscrire, Qui s'ouvre à tout martyr, à tout persécuté, Où chaque citoyen, dès l'enfance, respire, Avec le vent marin, l'air de la liberté,
Et qui, si l'ennemi, par conquête ou par ruses, Revenait, comme au temps de Tromp et de Ruyter, Une deuxième fois ouvrirait ses écluses Et rendrait à la mer le sol pris à la mer;
De l'honnête pays, où, dans chaque famille, Dans chaque intérieur, toujours propre et décent, On voit autour de soi tant de bonté qui brille Que la chaleur du cœur vaut le soleil absent;
m POÉSIES DIVERSES.
Du verdoyant pays, où, sous ses voiles blanches, Le navire, au milieu des champs, parait glisser, A tel point que, prenant ses vergues pour des branches. Les oiseaux quelquefois viennent pour s'y poser,
Où les moulins à vent, comme des camarades, Semblent se faire entre eux un alerte signal, Où l'on peut rencontrer, pendant ses promenades, A chaque coin de route un tableau de Kuysdael;
Enfin, de ce pays que l'Art et la Pensée Plus que tous ses trésors rendent illustre et grand, Et qui vous voit passer dans sa gloire passée, Esprit de Spinoza, palette de Rembrandt!
— Dites-leur bien cela de la part du poète Que chez eux, avec tant de grâce, ils ont admis; Puis, quand ma gratitude aura payé sa dette, Regardez devant vous... C'est un public d'amis!
Vous les reconnaissez à leurs figures franches ; Vous les vîtes cent fois gravés ou copiés. Ils n'ont plus, il est vrai, les collerettes blanches Qui parent, chez Van Ryn, les syndics des Drapiers,
Ni le lourd hausse-col de la garde civique,
De ceux que Van der Helst nous montre, en grand chapeau,
Tenant tous, à la fin d'un repas magnifique,
Leur verre d'une main et de l'autre un drapeau.
Mais, ressemblant toujours aux portraits des vieux maîtres, Leur sourire loyal et bon n'est pas trompeur; Ils ont bien conservé les vertus des ancêtres, Ils sont hospitaliers... Ainsi, n'ayez pas peur!
D'ailleurs, pour ma chanson chétive et familière Ils furent indulgents; et vous leur apportez Regnard et Beaumarchais, et notre grand Molière, Vingt ouvrages encor, signés de noms vantés.
Je n'avais que mes vers... Voyez la différence! J'ose donc, mon ami, vous prédire un succès; Car on aime là-bas tout ce qui vient de France, Le bon vin et le libre et clair esprit français.