RUE SAINT-ANTOINE, AU SECOND
Un grand cabinet qui vous glace, Triste comme un joueur d'échecs, Reliés, derrière une glace, Les classiques latins et grecs.
Rien qui sente bon, rien qui bouge.
Deux bustes : Lycurgue et Solon.
Acajou brun et velours rouge, Le banal 'meuble de salon.
Un bureau solennel, qu'encombre La paperasse d'un dossier; Une pendule en marbre sombre, Avec un très gros balancier.
D'un tel local, l'hôte ordinaire D'avance est tout imaginé, Dans la pose du doctrinaire, La main dans l'habit boutonné.
APPARTEMENTS A LOUEH. 297
Une estampe : Le jeu de Paume, D'après David, très mal gravé.
Sur la table — étrange symptôme ! — Un gros londrès inachevé.
Tout est ennuyeux, froid et maigre,
— Saufle cigare du matin; — Tout indique ici l'homme intègre, Le vertueux, le puritain.
— Mais que vois-je ? dans l'autre chambre Quelle atmosphère de boudoir!
Un superbe feu de Décembre, Des fleurs, des tapis, un miroir !
Des dentelles voilant les vitres ; Le déjeuner sur un plateau :
Un pâté de Strasbourg, des huîtres !
Et ce flacon?... Peste ! un château...
Et ce lit, sous un rideau rose, Et ce portrait... Des nudités!
Comment ! c'est la petite Chose Qui figure aux Variétés?
Mais l'antithèse singulière M'étonne trop longtemps, hélas L'antichambre de Robespierre Cache le réduit de Barras.
0 brave électeur sans malice, Dont on brigue ici le mandat !
N'entre jamais dans la coulisse Où se maquille un candidat.