EN GUISE DE
J'écrivais ceci dans Lutèce, le 16 août 1885 :
« Aujourd'hui que cela ne peut plus porter préjudice ni à Floupette, ni à son éditeur; aujourd'hui que les Déliquescences ont eu la rare fortune de faire le tour de la grande presse et £ arracher aux quotidiens, si avares pourtant de leurs lignes, une réclame que jamais une œuvre hardiment, sincèrement et
sapidement littéraire ne peut se vanter d'avoir eue; aujourd'hui* qu'après tous les autres, qu'après Mermeix qui n'y comprit rien, qu'après Claretie qui pressentit et Arène qui approuva, dans un article souriant, M. Paul Bourde, en le très grave Temps, a chronique, digne mouton de Panurge qu'il est, sur /'École décadente ; aujourd'hui, enfin et en % un mot, que la plaisanterie a asse\ duré, que la fumisterie commence à fleurer le rance, il n'est peut-être pas inutile de ramener, à ses justes proportions, celle floupellerie.
Déjà, dans le XIX e Siècle de mardi (probablement son directeur a-t-il tenu à passer ainsi l'éponge snr l'énorme gaffe commise, dans les commencements, à propos de Floupette, par l'un de ses plus fins reporters, M. Mermeix!) Moréas complaisamment, a tenu à démontrer à M. Bourde, en son nom personnel, à quel point il avait été mal renseigné pour faire son article.
Mais ce n'est pas suffisant* La presse a « coupé » tout entière et d'une façon trop retentissante pour qu'il ne soit pas nécessaire de lui faire cette tardive mais forcée confidence qu'elle a été victime d'un « mauvais plaisant. »
Car, non seulement Floupette n'existe pas (ça, c'est encore pour M. Mermeix) mais /'École décadente est une invention de Floupette et ses Déliquescences ne sont pas une parodie, mais la blague d'un genre, créé de de toutes pièces pour son usage personnel, par le dit Floupette.
Et Sabord, V étiquette « décadent » dont il a plu aux chroniqueurs d'affubler, à la suite de . Floupette, la jeunesse littéraire, n'a aucun sens. M. Pruihomme seul (mais il est juste de dire qu'il collabore, sous combien de pseudonymes! à la plupart des grands journaux parisiens) M. Prud'homme seul a le droit de formuler que VArl est en décadence, actuellement. Il n'y a pas plus décadence, aujour-
d'hui, qu'il n'y eut décadence alors qu'à l'Art classique s'essaya à succéder le romantisme; alors qu'Hugo détrôna Ponsard; alors qu'on acclama, en 1830, les Burgraves au détriment de Lucrèce. Il y a une simple transformation. Il y a tendance de la jeune littérature à faire neuf, et pour cela à faire autre. Les étiquettes ne signifient si bien rien que les prétendus décadents ont déjà été affublés de Vépithète de néoromantiques pX>ur cela que le «romantisme », au fond, au temps de sa gloire et de son audace, ne voulait que dire changement. Et c'est encore faire du romantisme, aujourd'hui, mais du néo-romantisme que de s'essayer à sortir, littérairement, de la routine et de l'ornière.
Voilà ce que (à part deux ou trois employés de bureau pour qui l'A ri est tout en M. Mallarmé), a prétendu tenter la pléiade littéraire actuelle. Voilà ce que M. Bourde n'a pas compris. Parce qu'il a fait son article tout entier, sans lire plus
de vingt vers de chacun des jeunes poètes sur lesquels il pérore; parce que, en digne quotidien naïf et coupeur quil est, il apris au sérieux toute la préface de Marius Tapora qui s'était amusé à grossir, par simple fumisterie, et pour se gausser de leurs prétentions, la personnalité de quelques rimaillards d'estaminet auxquels le morphinisme, à celui-là, et des affectations byzantines, à cet autre, avaient donné suffisamment de ridicule pour que Beauclair, en excellent parodiste qu'il est, s'attardât à le leur dire une bonne fois.
L'objet visé étant mince, Beauclair, pour qu'on le vit, et qu'on ne pût s'étonner qu'il s' amusât à l'arquebuser, a été contraint de Vexagérer. Effet d* optique dont fut dupe la presse. Comme, en soi, la plaquette était gaie,on en rit. Certains même en rirent d'autant plus fort qu'ils n'y avaient pas compris un traître mot — et quils voulaient faire croire, au voisin, qu'il avaient compris. C'est ce qui explique l'invrai-
semblable succès qui a accuelli les Déliquescences.
Voilà qui est bien.
Seulement, quand un monsieur, comme M.
Bourde, vient baser là-dessus une grande étude de quelque cinq cents lignes sur la décadence de la jeune littérature actuelle, cela nous fait bien rire. »
Je n'ai rien à ajouter, sinon que c'est pour cela que j'ai intitulé ces fantaisies Proses
LÉO TRÊZENIK\