Prospectus
Il y a un an, je fondai le Courrier de l’Europe pour donner aux hommes de cœur et d’intelligence un organe de plus de leurs pensées nobles et françaises. Il me semblait alors qu il était utile de montrer à la nation que s’il restait quelque part une défense libre et hardie de ses vieux droits,
(*) publie voudra , nous l’espérons, accueillir un mot nouveau justifié par la série d’idées nouvelles que l’un se propose de développer.
c’était flans les rangs de ceux qui avaient défendu la monarchie de dix siècles, non point dans ses faiblesses ou dans ses erreurs, mais dans son principe de conservation, de gloire et de liberté.
Ce n’était point une pensée neuve; -is ij était peut-être important de la développer dans un journal tout-a-fait libre dePsouvenirs. Grâces à d’autres journaux plus anciens, plus accrédités et sans doute aussi plus habiles a pénétrer les besoins publics, cette politique a grandi en France. De beaux talents et de beaux caractères sont venus 1 autoriser i sanctionner ; de toutes parts elle a des échos, et le 6t late frappé de ce renouvellement et de ce progrès des ^"tns rojLtl, commence à les envisager comme le principe de son affranchissement, et la base de ses prospérités.
npnt être , que dans cette heureuse pré-
ment du Rénovateur.
Rénovateur sera un ouvrage périodique qui paraî.ra tous les samedis.
Le titre de ce journal indique sa mission.
.«pi»,,
"Se “oit exempte elie-même de tou. désordre, comprennent le temps présent.
Et d’abord il y a beaucoup à réparer en B' rance ; les révolutions sont comme des tempêtes; elles laissent sur leur passage de grandes ruines.
Réparation de la liberté du peuple. La liberté du peuple devait être assurée par la révolution qui a mis à bas la monarchie, et il se trouve que le peuple reste en proie aux monopoles, et que rien ne fait peur comme l’idée de son entier affranchissement.
Réparation du pouvoir. Le pouvoir, dans les théories modernes, n’a plus de base fixe; une révolution l’élève, une révolution le précipite ; on ne sait plus ce qui fait le commandement, on ne sait plus ce qui fait l’obéissance ; la nation est comme livrée au premier occupant, et, dans un temps qui se glorifie de ses progrès, on ne conçoit le pouvoir qu’autant qu’il est du despotisme, et la soumission qu’autanl qu’elle est de la servitude.
Réparation de la politique proprement dite. Le pouvoir et la soumission n’ayant plus de règles, les affaires humaines sont conduites d’après des systèmes nés du hasard, et ce qu’on appelle des constitutions se fait ou se défait par un pur caprice ; l’administration est sans loi , le gouvernement sans autorité; les majorités sans tradition, la diplomatie sans dignité, la législation sans génie; tout va selon le cours fortuit des événements; le patriotisme même n’a plus d’instinct, et la gloire plus d’entraînement et plus d’enthousiasme.
Réparation des arts et des sciences. Le génie humain souffre dans les crises des factions : les chefs-d’œuvre sont dédaignés; la pensée de l’homme est abaissée devant les séditieux qui troublent le monde et devant les ambitieux qui profitent de ses désastres. Les accents de la poésie n’ont point d’écho ; les arts point d’inspiration ; les sciences point
de patronage. N’est-il pas urgent de songer à rendre à l’homme intelligent sa dignité, et d’assurer aux travaux du génie autre chose que de la pitié?
Réparation de l’industrie et du commerce. Tout meurt dans la détresse : à un siècle avide de magnificence , il ne reste que de la misère et un luxe couvert de haillons.
Réparation de tout ce qui fait la grandeur du peuple et la dignité du citoyen.
Réparation des droits publics et des droits privés; réparation des droits de la conscience; réparation des droits de la famille ; réparation des études humaines : réparation de l’érlucation. Qu’y a-t-il dans tout notre système social qui n’attende une grande réforme ?
Mais cette immense réparation, qui la fera? L’avenir nous dira ce mystère ; et pour nous , hommes du présent , il nous suffit de songer à la préparer.
Le Rénovateur indique donc comme un cours de travaux préliminaires pour arriver à la réformation de la société française. En cela il répond aux besoins présents de la nation , en même temps qu’aux souvenirs de son histoire.
Or, ces vues de réformation étant communes à tous les hommes , je ne vois pas comment le Rénovateur ne deviendrait pas le dépositaire de toutes les pensées nationales , même quand leur expression porterait quelqu’une de ces traces que les partis ont déposées dans les opinions humaines.
En effet, à force de guerres, la haine s’épuise ; les hommes finissent par se souvenir qu'ils vivent ensemble sous l’empire d’une même loi, et que la nature ne leur a point fait une condition fatale de se détester et de se maudire.
De quoi s’agit-il, en définitive, dans cette longue lutte des partis? De la liberté? Tout le monde l’appelle. De la gloire? Chacun la rêve. De la prospérité? Tous les hommes en ont besoin. Lorsque déjà il y a sur quelques points fondamentaux de la politique un public assentimen t de toutes les opinions, il ne se conçoit pas qu’elles continuent à se faire une guerre à mort. Cet état de violence est contre nature, et si, par malheur, il tient à une mauvaise organisation du pouvoir, tout démontre la nécessité d’arriver, par un accord solennel , à une organisation meilleure , plus complète et plus nationale.
Ainsi le Rénovateur est un élément de paix jeté entre les partis.
Pour arriver à cette grande fin, que le Rénovateur ait son langage, un langage de loyauté et d’honneur, un langage français, qui apprenne aux opinions les plus diverses tout le fond de la pensée royaliste.
Cette pensée, il faut le dire, s’est quelquefois dénaturée par le penchant naturel qu’ont tous les hommes à mettre leur opinion propre à la place de l’opinion publique. De là des dissensions et des rivalités, que le temps fait disparaître, surtout par la disgrâce et l’adversité.
La pensée royaliste doit être à présent bien définie. Les erreurs ont disparu; le royalisme a pris son caractère antique de nationalité. Dans tous les écrits nouveaux vous trouvez le principe de la légitimité entendu comme il doit l’être. Nul n’imagine en France désormais que ce principe soit autre que la loi nationale et constitutionnelle de l’hérédité; ainsi tout se lie, le droit de la monarchie et le droit de la nation, et par ce double droit se constitue la loi fondamentale du pays, loi de tradition qui a son autorité et son prestige, quelles que soient d'ailleurs les pensées
dogmatiques du philosophe ou du chrétien sur la nature même du pouvoir et sur les conditions de l’obéissance.
A ee principe de durée l’esprit révolutionnaire oppose des principes de destruction que le Rénovateur doit combattre avec ténacité, soit qu’il les trouve réduits en pratique, soit qu’il les considère comme une théorie.
De là une carrière d’opposition toute ouverte. Le Rénovateur ne doit craindre aucune lutte , par la raison que toujours il marchera s’appuyant sur la nation et sur son histoire; et, lorsqu’il se trouvera en face des révolutions puissantes et victorieuses, il n’abandonnera pas pour cela la raison des siècles, cette raison plus imposante encore que les révolutions et plus sûre de l’avenir que les pouvoirs qu’elles enfantent.
Le Rénovateur, placé sur ce terrein de liberté nationale, appelle tous les hommes qui sont accoutumés à compter pour quelque chose mille ans de souvenirs ; et je cherche vainement celui des écrivains politiques qui refusera de s’associer à la défense d’une commune patrie et de ses droits antiques.
Nous avons vu , dans les derniers temps de la restauration , de grandes discordes ; la révolution les aura terminées en disposant chacun de nous à ne garder de ses opinions que ce qu’elles ont de commun avec le reste des hommes.
Ainsi viennent aboutir dans le Rénovateur les pensées distinctes des écrivains qui, dans la Gazette de France , réduisent la politique en formules si précises, et de ceux qui, dans la Quotidienne, laissent au dévouement un élan si pur, et de ceux qui, dans le Courrier de l’Europe, donnent au royalisme un mouvement si populaire, et de ceux enfin qui , dans toutes les gazettes provinciales, impriment à la liberté un caractère si conservateur.
Le Rénovateur doit être comme la solution de chacune de ces tendances. Et n’est-il pas aussi la solution naturelle de toutes les nobles pensées qui se débattent dans une sphère un peu différente ?
M. de La Mennais, avec sa parole indépendante, ne pourra-t-il pas, dans le Rénovateur, défendre la liberté de l’Eglise et la dignité du clergé de France?
S’il y a dans le libéralisme des hommes de candeur et de loyauté, le Rénovateur ne craindra pas le contact de leurs idées et de leurs vœux.
Si la jeunesse française poursuit des images de gloire et de liberté , le Rénovateur sera l’écho de ses espérances.
Le Rénovateur représentera tout ce qui a de l’élan, de la grandeur; il répondra à toutes les idées généreuses, et si vous pensez, M. le Duc, que, conçu sur de telles bases, il puisse dès ce moment offrir l’utilité que j’entrevois, pourquoi dès ce moment ne se lancerait-il pas dans la carrière qui lui semble ouverte ?
Vous pouvez, avec l’autorité de votre nom, appeler à lui tout ce qui s’émeut au nom de gloire et de patrie. Vos généreuses opinions ont retenti dans les âmes françaises, tous les partis les ont applaudies, et vous avez appris à bien du monde, que la popularité allait d’elle-même à ceux qui combattent avec honneur pour les causes justes.
Veuillez m’excuser si je vous provoque ainsi à des combats où je ne me propose que d’être le plus faible de vos auxiliaires. Je ne nomme pas ceux qui mériteront de marcher les premiers; vous savez qu’il en est un surtout qui ne pourrait échapper à la glorieuse nécessité de se placer à leur tête ; avec lui et avec vous , le Rénovateur a sa destinée
faite, et la France se félicitera d’avoir une grande et haute expression des doctrines qui doivent servir quelque jour à la réparation de ses malheurs.
Je suis avec respect,
Monsieur le Duc ,
Votre très humble et très obéissan Serviteur.