II
que a le courage de faire un appel à la vérité et aux droits du pays.
Vous invoquerez sans cesse, non pas cette charte-vérité , dont il semble qu’on a voulu faire une œuvre de mensonge et de duplicité , non plus cet odieux et absurde système de centralisation et de monopole , qui opprime les peuples , rend toute économie impossible, et fausse la représentation nationale , en plaçant un simulacre où devrait être une réalité, mais un système politique fondé sur des institutions larges, également protectrices du chrétien dans son culte, et du père de famille dans la libre éducation de ses enfants, également favorables à tous les droits comme à toutes les industries , aux provinces comme à la capitale.
Vous rendrez intelligibles ces états-généraux, vieille loi de la France , sans être l’ancien régime ; ces états-généraux que l’on feint aujourd’hui de ne pas comprendre, dont on se plaît à dédaigner le souvenir, parce qu’apparemment devant eux disparaîtrait pour toujours ce charlatanisme de mots , qui depuis si long-temps abuse le peuple, le tient armé contre des chimères dont le retour est impossible , altère en lui toutes les notions du bien et du mal, du juste et de l’injuste , éloigne constamment sa pensée de ses vrais intérêts , et le livre, comme un jouet, à quelques fourbes intrigants et cupides, bien résolus à exploiter long-temps encore la France.
Vous ferez une guerre à mort à l’esprit de parti , sous quelques couleurs qu’il se présente ; ce fatal esprit de parti, la plaie la plus saignante de la France, qui nourrit la discorde, entretient les ferments de la haine, concentre l’égoïsme dans les cœurs , et les aliène à tout sentiment français. Malheur, direz-vous, à quiconque ne sait être que
royaliste, républicain , impérialiste, ou ce je ne sais quoi que l’on est convenu d’appeler juste-milieu ; malheur à celui qui n’est pas Français avant tout!
Surtout, Monsieur, vous parlerez à la jeunesse le langage qui lui convient, et qu’elle est disposée à entendre; quoiqu’égarée en partie par la perversité des doctrines qu’on lui débite depuis quinze ans , elle est peut-être plus près de la vérité que ne le sont les hommes de notre âge. Entraînée quelque temps par ceux qui avaient un si grand intérêt à la tromper, mais qui chaque jour se démasquent à ses yeux, elle a pu embrasser le mensonge en croyant saisir la vérité; mais son cœur est pur; il n’est point empoisonné du levain de nos vieux ressentiments, elle est vierge des crimes de la révolution ainsi que de nos fautes politiques ; elle aime la gloire, elle aime la France, et le germe de toutes les sentiments généreux est au fond de son âme C’est ce germe que vous vous attacherez principalement à développer. Le moment est propice. Elle hésite encore aujourd’hui entre deux routes également enveloppées de ténèbres profondes. Si d’une part , des jongleurs politiques cherchent à l’e ni rainer dans des abîmes, de l’autre, des amis sincères ne forment d’autres vœux que son bonheur et la gloire de cette France qui lui est si chère. Elle est prévenue encore contre ceux-ci, et peut-être elle a quelque raison de l’être; malheur à qui rougirait de convenir qu’il a pu se tromper ! Qu’elle les écoute , qu’elle pèse leurs paroles et celles des hommes qui lui tiennent un autre langage , et sa jeune intelligence saura bientôt discerner le faux du vrai. Rediteslui souvent les mots qui font palpiter son cœur; parlez-lui liberté, gloire, prospérité de la France, et prouvez -lui qu’elle ne trouvera jamais ces biens que dans nos doctrines et dans une réconciliation sincère avec ceux que des pervers lui ont dit être ses ennemis. Faites-lui sentir que l’ave-
nir esta elle, et qu’elle serait responsable des nouveaux malheurs qui viendraient fondre sur notre malheureuse patrie. Dites-lui enfin qu’il est un autre bonheur que de se haïr et de se déchirer , une autre fin de toutes choses que le suicide et le néant.
Si elle vous entend , et j’ai la foi que vous ne lui parlerez pas vainement, vous aurez bien mérité de voire pays, Monsieur, et personne plus que moi ne prendra part à vos succès.
Vous me demandez ma coopération : si vous croyez qu’elle puisse vous être utile, disposez de moi. Retiré momentanément dès affaires publiques, vivant dans la retraite, déchu d’une existence brillante qui peut-être m’a fait des ennemis , mais qui, je l’atteste, ne m’enivra jamais , toutes mes pensées sont pour la France. Quelque douloureusement que mon cœur ait été brisé depuis dix-huit mois , je ne me suis point laissé abattre ; et si le sujet fidèle , le serviteur dévoué fut froissé dans ses sentiments et ses affections , le Français demeuré inébranlable dans sa foi politique n’a jamais désespéré de l’avenir de son pays. Eclairé par le feu des orages, au milieu desquels s’est écoulée ma triste vie, je vois aujourd’hui la France, ce qu’elle est, non plus ce qu’elle a été, et je donnerais ce qui me reste de jours à passer sur la terre, pour la voir sortir avec éclat de l’ornière bourbeuse où je la vois enfoncée ; pour la rendre à la liberté que des charlatans lui ont si long- temps et si vainement promise, à celte prospérité sans exemple dont la restauration, malgré ses fautes, était parvenue à la faire jouir ; à la gloire , dont elle abusa , dont elle est si loin aujourd’hui , mais dont elle a soif et dont elle ne peut pas se passer, par cela seul qu’elle est la France.
Ces sentiments étant les vôtres. Monsieur, il nous sera fa? cile de nous entendre sur le meilleur moyen de les ex-
primer. Ils sont partagés par un si grand nombre d’écrivains de cœur et de talent, que vous n’aurez pas de peiné à trouver en eux des auxiliaires beaucoup plus utiles que je ne pourrais l’être moi-même.
Agréez l’expression de mon estime sincère et de la considération la plus distinguée.
Dre de FITZ-JAMES.
Paiis, 21 février i832.
D’après l’honorable approbation de M. le duc de Fitz James et son noble exemple de dévouement , il a été formé un comité de direction du Rénovateur , et tout a été disposé pour que cet ouvrage devienne le centre de tous les talents dévoués à la gloire et à la liberté de la France.