ACTE 1, SCÈNE XI
VINCENT, étonné.
Moi ? vouloir abréger vos jours ?
Eh bien, monsieur, quand ça serait encore, Par reprcsaill's ,je soutiens (|ue je l' jiuis ; Puisqu'en m' faisant lever avant l'aurore, Vous abrégez mes nuits.
DnOUILLET, à part.
Ah ! quelle raison !
l'OÏARD.
Ma... malheureux ! qu'as... qu'as-tu mis dans mon ca... ca... café?
VINCENT , à part-
Quoi '.c'est pour ça !... (Haut.) Ce qu'il y avait, vous ne le saurez pas. Seulement ça ne peut rien abréger du tout... Soyez tranquille.
POTARD
N'importe ! je vonjs chasse comme un miséral)le que vous êtes. Allez vous faire pen... pendre ailleurs.
VINCENT , dans la plus profonde indi(jnation.
Vous me chassez !... C'est une atrocité... c'est sans exemple dans les herbes! On n'a jamais renvoyé un jeune homme... { D'un air de mépris. ) Vous déshonorez votre art... Ah! Dieu!... (A part , changeant brusquement de résolution. ) Mais , au fait , ça m'est égal ! Je végète dans cette maison-ci... je ne mange pas la demie de ma satisfaction... et puis mademoiselle Sophie quittant le quartier, je n'ai plus rien qui m'attache nu douzième arrondis«ement.., ( A Potard , çaîment. ) Allons, j'y consens , je vous quitte avec plaisir,
père...
^ .1 ■■ .^ (Il cherche le nom.)
POTARD
Allons, allons! entrons et réglons nos comptes.
(Pot.ird va pour rentrer dans la boutique; Vincent, écartant les bras, lui barre le chemin'.)
viNCENT.
Je le veux bien... mais, avant, j'éprouve un besoin... c'est de vous dire ce que je pense.
POTARD
Peu m'importe! Rentrons.
VINCENT , ramenant Potard au milieu du théâtre. Non ! je tiens à vous le dire devant monsieur. (D'un ton solennel.) Monsieur Potard, vous avez la forme d'un liomme au physique; (mouvement de Potard.) mais, sous le rapport de l'intelli- ' gence, je vous déclare hautement que vous êtes une plante; p<jur le raisonnement, vous êtes de la force d'une guimauve.
(Potard reste interdit.) DROUIt.LET, avec véhémence.
Quelle insolence !
VINCENT, à Drouillct.
Et vous aussi ! Voil.i mon opinion franche sur tous les deux. Je puis être dans l'erreur, mais je ne crois pas mu tromper.
DI'.OtlILLET , à part.
Dieu ! si j'avais là mes chasseurs !
' Potard, Vincent, Drouillct.
ENSEMBLE
VINCENT
Air: Ne raillez pas la garde citoyenne. Vieux végétal! n'avez-vous pas de honte? Quoi ! me chasser, nie renvoyer ainsi ! Entrons bien vite et réglons notre compte. J' voudrais dcja me voir bien loin d'ici.
DROUILLET.
Jeune insolent , n'avez-vous pas de honte ? C'est votre chef que vous traitez ainsi; 11 a raison d' vous donner votre compte Et d'vous défendr' de reparaître ici.
POTARD
Je sens déjà que la fureur me monte; Quoi! m'itisidter, m'iujurier ainsi !
Entrons bien vite et réglons notre compte; Je vous défends de reparaître ici !
(Vincent va pour entrer dans la boutique, Potard le prend par le bras, le fait pirouetter et passe devant.) VINCENT.
Ah ! pardi, v'ià-t-il pas... monsieur Potard !.,. (Il entre i son tour. )
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