‹ Prosper et VincentChapitre 33 sur 48 · RIGAULT, VINCENT · texte numérisé non relu

RIGAULT, VINCENT

VINCENT , avec surprise.

Mon père!... (S'avançant vers Rigault,qui lui tend la main. D'un ton très dégagé.) Bonjour, mon père! (appuyant davantage.) bonjour, mon père! (A part. ) Il a une excellente figure !

RIGAULT

Nous as-tu assez inquiétés?

VINCENT, très gaîment.

Mais, oui , je vous ai assez inquiétés comme ça ! que diable v(Julez-vous?

RIGAULT

Ne savais-tu donc pas combien j'attache ^ impoiTànce à conclure au plus vite ce mariage pour lequel nous t'attendions ?

VINCENT, à part.

Ah! mais un instant!... la mère Rigault ne m'a pas parlé de ça. (Haut.) Ce mariage, ditesvous?

RIGAULT

Sans doute ! tu as l'air tout surpris.

VINCENT , à part.

Je comprends maintenant l'affaire des cent écus; on veut me faire épouser quelque créature... je vois la couleur. (Haut.) Mon père, écoutez! vous êtes un brave homme que j'estime infiniment... (Rigault ouvre sa tabatière , Vincent prend une prise.), mais je dois VOUS dire que... pour ce qui est de mariage... je ne m'en soucie pas énormément.

RIGAULT

Comment , tu ne t'en soucies pas !

VINCENT, finissant de prend.'e sa prise. Non ; j'aime mieux vous le dire tout de suite.

RIGAULT , avec humeur.

Eh bien ! voilà quelque chose de nouveau, par exemple!...

VINCENT

Mon père, permettez! je viens demeurer chez

'Rigault au milieu, à la hauteur du second plan, Vincent, madame Rigault.

vous... c'est bien. Je sais la politesse, et je n'ignore pas ce que vous faites pour moi.

RIGAULT, vertement.

Et ce que j'ai fait?

D'accord! alors donc je dis à ça : Faites-moi faire tout ce que vous voudrez; j'éplucherai des herbes, je conduirai madame Rigault à la promenade, enfin tout ce qu'il y a de plus disgracieux dans la maison , bon ! c'est mon affaire ; mais , pour me marier, non , non , non , merci ! P.IGAULT, de même.

Ah çà, monsieur Prosper !...

VINCENT , à part.

Il paraît qu'elle lui a donné le mot ; il m'appelle Prosper aussi...

RIGAULT

Vous semblez vous faire un jeu de vous exprimer comme un sot...

VINCENT

Mais, dame!...

RIGAULT , de même.

Cette plaisanterie n'est point de mon goût , et, puisque je ne retrouve en vous qu'un ingrat... qu'un drôle, disons le mot, je veux vous rappeler ce que vous ne devriez pas avoir oublié. Asseyez-vous! (Vincent reste interdit; Rigault va prendre un siège. Avec plus d autorité:) AsseyeZ-VOUS. VINCENT.

Eh ben, qu'est-ce qu'on fait? (A part en s'asseyant.) Il est moins caressant que son épouse; si je n'avais pas touché cent écus pour t'appeler mon père , toi !...

RIGAULT, assis auprès de Vincent.

Vous n'êtes point mon fils.

VINCENT, avec étonnement, à part.

II le sait!... O la vieille! (A Rigault.) C'est vrai! mais faites comme si vous le croyiez, j'ai

mes raisons.

RIGAULT, étonné, à part.

Qu'est-ce qu'il dit?

VINCENT, gaiment.

J'ignore tout-à-fait les motifs de madame votre épouse pour vouloir absolument que je sois son fils. (En riant. ) Je trouve la farce fort curieuse, fort originale ; qu'est-ce que vous en pensez? ( Il continue de rire , et donne plusieurs tapes sur les genoux de Rigault , qui reste stupéfait. )

RIGAULT , très sérieusement.

Comme vous le savez , c'est par tendresse pour madame Rigault, et pour lui cacher la perte de son enfant au berceau, que je vous ai élevé sous le nom de mon fils.

VINCENT , avec explosion.

Moi ?

RIGAULT

Oui, vous!... vous qui, aujourd'hui, me payez d'ingiatitude.

VINCENT , à part.

Il est trop violent, celui-là! (Haut.) Écoutez, mon ancien !

lilGAl'LT, d'un ton fâché.

Comment!...

VINCEKT, cherchant à l'apaiser.

Ne nous fâchons pas... Vous me dites que je ne suis pas votre tils... bon ! nous tombons d'accord J à-dessus , c'est bien! (s'animant.) mais maintenant voilà que vous dites que vous m'avez élevé ; alors ce serait vous qui m'auriez donné les talents dont je suis orné? C'est vous qui m'auriez .Tppris les herbes ? ( Il se lève et crie très fort.) Mais je ne vous connais pas; vous êtes pour moi un être nouveau, laissez-moi un peu tranquille, s'il vous plaît, laissez-moi un peu tranquille!

niGAULT, qui s'est levé, essaie de ie calmer.

Ecoute, mon ami, calme-toi ! pas d'éclat, je t'en prie; si ma femme apprenait la vérité, elle en mourrait de chagrin...

VINCENT, avec intérêt.

Ah bah!... O cette pauvre femme! eh ben ! j'en serais fâché , voilà une bonne femme !... et caressante... et embrassante!... elle en est fatigante !

RIGAULT , avec tendresse.

Elle t'aime comme une mère , commeje t'aime moi-même, car je t'aime, mon ami, je t'ai toujours aimé.

VINCEST, à part.

Allons ! voilà qu'il m'attendrit à présent ! lilGAULT, de même.

Et tu ne voudrais pas refuser ce mariage duquel dépend une partie de ma fortune; car il met fin à un procès que je puis perdre.

VINCENT, à part.

Je ne sais pas ce qu'il veut dire; mais... au bout du compte , j'ai reçu trois cents francs pour ne pas le contrarier. Quand on est payé d'avance, il faut faire l'ouvrage. (Haut.) Eh bien! père Ri{;ault, nous verrons ça... si la jeune personne me plaît, je ne dis pas non... (A part. ) O Sophie! pardonne-moi, je blasphème ta mémoire pour cent écus! ma chère amie.

RIGAULT

A la bonne heure ! et tu te garderas bien de dire à madame Rigault que tu n'es pas son fds.

VINCEST.

Moi, la tuer! mais, d'après ce que vous me dites, ce serait commettre un assassin à bout portant! ça serait indigne!... bien plus... ça serait indigne !

RlGAtJLT. ■

Ah! je te reconnais! oui, je reconnais mon fils d'adoption , l'enfant de mon choix.

VINCENT, avec intention.

Oui, vous me reconnaissez à présent.,. (A part.) C'est ça, allez, pataugez ! je vas l'aider. ( Haut. )

Air : A soixante ans.

N'm'avez-vous pas toujours servi île père ?

Oui

Oui!

Oui !

lilGACLT.

VINCENT

N'est-c' pas vous qui m'avez tout appris?

RIGAULT

VINCENT

'Vous m'avez fait apprendre la grammaire?

RIGAULT

VINCENT

De vos soins mon amour est le prix ;

Vous êt's luon pèr', je dois être voir' fils;

A'otre am' pom- moi n' fut-ell' pas toujours bonne?

RIGAULT , avec effusion.

Oui ! mon Prospcr !...

VINCENT

Allons et tendrement Embrassons-nous tous les deux !

RIGAULT, lui tendant les bras et l'embrassant. Cher enfant!

VINCENT, pendant que Rigault le tient embrassé, et en lui tapant dans le dos.

Ah ! pour l'argent que la vieille nie donne , A son uiari j'procur' de l'agrément, [bis.) Il a de l'agrémeut. [bis.)

RIGAULT

Prosper ! mon ami ! ah ! je suis si content !!! Dis-moi, tu dois être à court d'argent?

C'est-à-dire, non... la mèreRigault... (A pan.) Oh! non, il ne faut pas lui dire ça.

RIGAULT

Tiens, voilà cinq cents francs pour faire face au plus pressé...

VINCENT, se reculant et n'osant pas prendre le billet.

Un biliet de banque!!! O vieillard amusant! que de reconnaissance! mais je ne sais pas si je dois accepter, ce n'est peut-être pas à moi que vous le destiniez !

RIGAULT

Tu me refuserais... allons, prends! je le veux.

VINCENT, prenant le billet.

Alors, j'accepte; mais je vous prie de remarquer que ce n'est pas moi qui vous l'ai demandé...

RIGAULT

C'est moi, c'est moi qui te le donne.

VINCENT , regardant le billet.

Est-il bon ?...

RIGAULT

Puis-je l'être trop pour toi ! ^

VINCENT

Non, je dis le billet... est-il bon ? c'est qu'on en passe quelquefois...

RIGAULT

Sois tranquille !

Air du vaudeville de la Nuit de Noël.

Cet hymen que j'espère

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