‹ Prosper et VincentChapitre 45 sur 48 · VINCENT, M"»* RIGAULT, FANNY, RIGAULT · texte numérisé non relu

VINCENT, M"»* RIGAULT, FANNY, RIGAULT

VINCENT, redescendant la scène et regardant Fanny. Abominable fille, va! je te déleste sans te connaître ; tu me fais perdre ma position sociale.

FANNY

O god ! godl Je vais m'évanouiller...

VINCENT, à part.

Allons, bon ! la voilà qui s'évanouille à présent! Evanouille-toi si tu veux , va !

FICAULT , à Fanny.

Mademoiselle... ou madame, nous voilà seuls, nous vous écoutons.

VINCENT, d'un air furieux.

Oui , nous vous écoutons.

MADAME RIGAULT

Parlez , mademoiselle !

C'était déjà plus que trois années que j'av;;is une grosse passion pour monsieur.

VINCENT, à part.

A-t-elle un toupet!

MADAME RIGAULT

Laisse mademoiselle s'expliquer.

VINCENT, à part.

Oui, oui, j'ai reçu huit cents francs, je ne peux rien dire. Oh !

FANNY

Quand il était revenu de Alger, il venait tout de suite chez rnon père, qui le flanquait à la porte subtilement.

VINCENT, à part, se mordant les doigts, et d'une voix étouffée.

Oh! oh! oh! oh!

FANNY

" Oh ! je étais bien affligée, et je avais renversé des larmes beaucoup.

VINCENT, à part.

Moi, j'ai renversé le bocal de moutarde, je m'en aperçois durement.

FANNY

Et alors il était encore venu dans la maison, et il ne me avait emportée pendant trois jours...

VINCENT, à part.

S'il est possible !

FANNY

A présent, mon père il savait tout , et il jurait des mots très vilains de colère contre le fils de vous.

VINCENT

Ah ! je n'y tiens plus!... mais c'est un fagot...

un horrible fagot, je ne connais ni le père ni la fille... Voyons, qu'est-ce qu'il me veut, votre père? qu'est-ce qu'il me veut, à la fin des fins... votre père?

FANNY , avec fierté.

Mon père était un {gentlemen brave... et c'est clans votre sang qu'il voulait nettoyer... no, no , laver son offensement.

VINCEKT , criant et hors de lui.

Qu'est-ce que c'est que ce vieux enragé-là? Je lui défends de nettoyer, ni de laver n'importe quoi dans mon sang, je le lui défends... mais j'aime beaucoup ça , par exemple !

FANNY , d'un air menaçant.

Il voulait placer sur vous plus que trois mille calottes,

niGAULT et MADAME RIGAULT.

Ah ! bon Dieu !

Trois mille calottes! mais c'est une abomination ; mais je vous admire, vous autres... vous ctes d'une tranquillité! vous êtes là, vous ne dites rien.

niGAULT, désolé.

Eh ! qu'est-ce que tu veux que nous disions?

VINCENT

Trois mille calottes !... mais je me plaindrai à son ambassadeur. Comment, un étranger , un homme à qui on prête le sol de ma patrie pour se promener dessus, viendra me faire faire des menaces aussi révoltantes par cette... Portugaise que je ne connais pas, je le jure!... (il lève les bras. ) et je ne sais pas pourquoi son scélérat de père veut me tuer, voilà la vérité!

FANNY

Il était fol, Prosper.

VINCENT *

Encore Prosper... à la fin , je m'insurge. Je veux me faire connaître à l'univers entier. (A Fanny.) Je ne suis pas le jeune homme que vous cherchez, je ne suis pas le fils de cette maison ici. Cette maison ici m'est étrangère, je suis étranger à cette maison ici !

MADAME RIGAULT

Que dit-il? ah! monsieur Rigault, voilà que ça lui reprend.

RIGAULT , bas à Vincent.

Malheureux! tu veux donc la faire mourir de chagrin?

VINCENT, hors de Ini et frappant du pied. Je n'écoute plus rien.

RIGAULT

Mon ami, calme-toi.

VINCENT, gesticulant beaucoup, et ciiant de toutes

ses forces.

Comment, que je me calme!... mais du tout,

je ne me calmerai pas. ..je ne me calmerai pas...

je ne veux pas me calmer... J'aime mieux rcn-

' Madame Rijault , Vincent, Rigault, Fanny,

dre l'argent. (D'un air déterminé.) Allons, allons, je rends l'argent... ( En tirant de son {gousset le billet de banque et la bourse. ) Je trouve Ciue ce n'est pas assez payé pour l'ouvrage qu'il y a... Me faire tuer pour huit cents francs... merci, par exemple! J'aimerais mieux mourir de faim toute ma vie. ( Offrant alternativement le billet et la bourse i Higault et à sa femme.) Qui est-ce qui prend l'argent? qui est-ce qui prend l'argent? (Il le remet dans sa poche.) C'est un embrouillamini atroce. Je m'en vas, adieu.

( Il remonte vivement la scène. Rigault le saisit par le bras. )

RIGAULT

Tu ne sortiras pas.

MADAME RIGAULT , au désespoir.

Où vas-tu, malheureux enfant, dans l'état oîi tu es ?

Air : Le Luth galant.

Où j' vas, dii's vous?... je n'en sais rien , ma foi ! Mais Dieu protég' les jeun's gens sans emploi ; Mon ame noble et pur' n'en est pas attristée. Un tragique l'a dit dans un' piéc' fort vantée : Aux petits des oiseaux il donne la pâtée... Il en gardera pour moi. {bis.)

(Il remonte la scène.) MADAME RIGAULT, le retenant.

Tu ne sortiras pas.

RIGAULT

Je te le défends.

VINCENT

Et de quel droit?

MADAME RIGAULT

Mon Prosper, écoute-moi.

VINCENT

Mais voilà justement ce qui a tout gâté... Vous me bombardez du nom de Prosper... mais je ne m'appelle pas Prosper; je suis Vincent... RIGAULT , étonné et à part.

Vincent!...

VINCENT

IjC malheureux, l'infortuné Vincent, garçon herboriste. Vous me dites que j'arrive d'Alger : je ne sais seulement pas où il demeure... (S'attendrissant de plus en plus et finissant par pleurer. ) Voilà un an que je suis chez M. Potard, faisant sécher de la fleur de sureau, et séchant moi-même de tendresse pour mademoiselle Sophie, qui demeure porte à porte; car, à la fin de ça , je n'y tiens plus... à la fin de ça.

( Il s'essuie les yeu.\. ) FANNY , à part.

Oh ! il avait le fièvre chaud.

RIGAULT, à part.

Mais ce qu'il dit là... il se nomme Vincent. VINCENT , à Rigault.

Et si vous en doutez, demandez à mademoiselle Sophie; elle vous dira que je suis sans place, sans asile cl sans le sou... (A madame Ri-

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