‹ Prosper et VincentChapitre 48 sur 48 · M"'^ RIGAULT, RIGAULT, VINCENT · texte numérisé non relu

M"'^ RIGAULT, RIGAULT, VINCENT

DROUILLET, entrant par le fond ; SOPHIE et FANNY.

DROUILLET, vivement.

Il me suit; le voilà, le voilà avec son manteau bleu... Le père Potard l'a accroché en route... il le prend pour Vincent, et il se confond en excuses, en lui disant que c'est...

VINCENT

De la farine de moutarde... je sais, je sais ce que c'est.

DROUILLET.

Je n'ai jamais vu ressemblance pareille... deux œufs.

VINCENT

Je cours au-devant de mon frère.

RIGAULT , le retenant.

Reste , reste un instant.

MADAME RIGAULT, à son mari.

Son frère... quel frère?

RIGAULT, à part.

Il faut la tromper encore. ( Haut. ) Ma bonne amie, cette ressemblance entre eux... (Bas à Vincent.) Ne va pas me trahir. (Haut à sa femme.) Tu la concevras... J'avais un fils dont je t'avais caché l'existence en recevant ta main... le hasard me le rend... le voici.

(Vincent parait stupéfait.)

MADAME RIGAULT

Lui!

DROUILLET et SOPHIE.

Son hls !

VINCENT, à part.

Allons, allons, je trouve la colle... forte.

MADAME RIGAULT, regardant Vincent.

Est-il possible ! vous êtes le fils de monsieur Rigault?

VINCENT , avec sentiment.

Oui, madame, j'ai cet a{;rément depuis ma plus tondre jeunesse.. .à ce qu'il parait... ( Higault lui presse fortement le bras. ) à ce qu'il paraît.

DnOUILLET.

Mais écoutez donc, écoutez donc, ça change furieusement la question.

SOPHIE

Mais , mon père, ne vaut-il pas mieux qu'il soit le fils de monsieur Rigault que garçon herboriste?

niGAt:LT.

Soyez tranquille, Drouillet, nous concilierons tout.

VINCENT , à Drouillet.

Mais c'est sensible. Dieu ! qu'il est béte, ce père Rigault !

KIGAULT.

Comment!...

VINCENT

Non , pas vous , lui.

(Il désigne Drouillet. )

DROUILLET.

Moi!

VINCENT

Mais non... C'est que vous ne comprenez pas. Remarquez bien une chose; j'aime votre fille, mademoiselle aime mon frère.

(Il désigne Fanny.) FANHY.

Oh ! oui , je le aimais fortement.

(Elle remonte la scène et va regarder par la fenêtre qu'elle ouvre. )

VINCENT

Elle le aimait fortement , je ne le lui fais pas dire. En consentant à notre mariage, mon frère devient vacant... vous faites son bonheur, le bonheur de monsieur Rigault, le bonheur de madame Rigault, le bonheur de votre fille, le

bonheur de l'Alsacienne et le mien; ça fait six bonheurs que vous faites. ( Il montre six doigts à Drouillet. ) V'ous devenez l'entrepreneur-général du bonheur universel... c'est un beau grade.

niGAULT , à part.

Allons, par amour pour ma femme , me voilà deux enfants dont je ne suis pas le père. ( Ici l'orchestre exécute un trémolo jusqu'à la fin. )

FANNY , à la fenêtre.

Je voyais Prosper, il accourait par ici. (Tous remontent la scène et regardent par la fenêtre.) DROUILLET.

Par ici , par ici !...

VINCENT

Le voilà; il parle avec Antoine... Dieu! comme il me ressemble... Sophie, Sophie, pas d'erreur; il faudra faire une marque sur la figure, sur le nez; Sophie, une barre, une grande barre sur le nez.

(Tandis que tout le monde attend avec anxiété àla porte

l'arrivée de Prosper, Vincent descend la scène et dit au

public, à demi-voix.)

Air de l'Apothicaire.

Dans un moment si solennel, Quand je vais connaître mon frère; Messieurs! mon amour fraternel M'oblige à vous faire un prière ; A vos bontés si j'ai des droits , C'est à lui que je les transporte...

Car vous ne douiez pas , je crois , De l'inte'rêt que je lui porte.

TOUS

Le voilà, le voilà.

VISCENT va au fond ; Prosper paraît ; ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.

Mon ami , mon frère!

PARIS.— IMPRIMERIE NORJIALE DE JULES DIDOT L'AINE, n" '\, boulevart d'Enfer.

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