RIGAULT, VINCENT
Vincent, avec surprise.
Mon père !.. {S* avançant vers Rigaut qui lui tend la main. D'un ton très-dégagé) Bonjour, mon père / (Appuyant davantage) bonjour, mon père .' [A part) 11 a une excellente figure !
Nous as-tu assez inquiétés ?
Vincent, très-gaiment.
Mais, oui, je vous ai assez inquiétés comme où ! que diable voulez-vous !
RIGAULT
Ne favais-tu donc pas combien j'attache d'importance à conclure au plus vite ce mariage pour lequel nous t'attendions? Vincent, d part.
Ah 1 mais un instant /. .. la mère Rigault , ne m'a pas parlé de ça (Haut) Ce mariage, dites-vous ?
(î)Higault au milieu, à la hauteur du seeond plan, Vincent, Mad. Ugault.
RIGAULT
Sans doute! tu as Pair tout surpris.
mncent, â part.
Je comprends maintenant l'affaire des cent écus; on vent me l'aire épouser quelque créature. .. je vois la couleur. (Haut) Mon père, écoutez! vous êtes un brave homme que j'estime infininent.. (Rigault ouvre sa tabatière, Vincent prend une prise) mais je dois vous dire que. .. pour ce qui est de mariage.... je ne m'en soucie pas énormément.
RIGAULT
Comment? tu ne t'en soucies pas!
vincetst , finissant de prendre sa prise. Non ; j'aime mieux vous le dire tout de suite.
rigault, avec humeur.
Eh bien .' voilà quelque chose de nouveau , par exemple !..
Mon père , permettez ! je viens demeurer chez vous... c'est bien. Je sais la politesse, et je n'ignore pas ce que vous faîtes pour moi.
rigault, vertement.
Et ce que j'ai fait?
VINCENT
D'accord! alors donc je dis à ça : faites-moi faire tout ce que vous voudrez, j'éplucherai des herbes , je conduirai madame Rigault àla promenade, enfin tout ce qu'il y a de plus disgracieux dans la maison, bon! c'est mon affaire; nuis pour me marier, non, non , non , merci !
rigault , de même.
Ah ça , monsieur Prosper !..
vincent , d part.
Il paraît qu'elle lui a donné le mot; il m'appelle Prosper aussi...
RIG/UJLT.
Vous semblez vous faire un jeu de vous exprimer comme un sot...
VINCENT
Mais , dame. . .
;IGAult , de même.
Celte plaisanterie n'est point de mon goût , et puisque je ne retrouve en vous qu'un ingrat .. qu'un drôle, disons le mor, je \euxvous rappeler ce que vous ne devriez pès avoir oublié. Asseyez-vous ! (Vincent reste interdit; Rigault va prendre un siège. Avecplus d'autorité: Asseyez-you; !
Eh ben , qu'est-ce qu'on fait, (.i part en s\isse)ant) Il isl moins caressant que sot: épouse ; si je n'avais pas touché cent écus pour l'appeler mon père , toi !..
rigault , assis auprès de Vinrent, Vous n'êtes point mon fils.
Vincent , avec étonnement , d part.
Il le sait !... Oh! la vieille! (A Fùgautt) C'est vrai - mais faites comme si vous le croyiez , j'ai mes raisons. rigault, étonné, à part.
Qu'est-ce qu'il dit ?
Vincent, gaiment.
J'ignore tout-à-fait les motifs de Madame votre épouse pour vouloir absolument que je sois son fils (En riant) je trouve la farce fort curieuse fort originale ; qu'est-ce vous en pensez? (Il continue de rire , et donne plusieurs tapes sur les genoux de Rigault qui reste stupéfait.)
rigault, très- série usement , Gomme vous le savez ; c'est par tendresse pour madame Rigault , et pour lui eacber la perte de son enfant au berceau , que je vous ai élevé sous le nom de mon fils. Vincent , avec explosion.
Moi?
RIGAULT
Oui , vous !... vous qui, aujourd'hui, me payez d'ingratitude.
Vincent, à part.
Il est trop violent celui-là / (Haut) Ecoutez , mon ancien !
rigault, d'un ton fâché.
Comment/...
Vincent, cherchant d Cappaiser.
Ne nous fâchons pas... Vous me dites que je ne suis pas votre fils. .. bon ! nous tombons d'accord là-dessus , c'est bien ! (S'ani* mant) mais maintenant, voilà que vous dites que vous m'avez élevé , alors ce serait vous qui m'auriez donné les talens dont je suis orné? C'est vous qui m'auriez appris les herbes ! (Il se lève et crie très-fort) Mais je ne vous connais pas; vous êtes pour moi un être nouveau, laissez-moi un peu tranquille , s'il vous plait , laissez-moi un peu tranquille l
rigault, qui s'est levé, essaie de le calmer. Écoute, mon ami , calme-toi ! pas d'éclat ! je t'en prie , si ma femme apprenait la vérité, elle en mourrait de chagrin.. . Vincent , avec intérêt.
Ah ! bah ?... Oh cette pauvre /émnîe ! et ben ! j'en serais fâché,, voilà une bonne femme .'. . et caressante. . . et embrassante !. . elle en est fatigante /
rigault , avec tendresse.
Elle t'aime comme une mère, comme je t'aime moi-même , car je t'aime , mon ami , je t'ai toujours aimé. Vincent , d part.
Allons ! voilà qu'il m'attendrit à présent ï
rigatjlt , de môme.
Et tu ne voudrais pas refuser ce mariage duquel dépend une partie de ma fortune ; car il met fin à un procès que je puis perdre.
Vincent , à part.
Je ne sais pas ce qu'il veut dire ; mais. .. au bout du compte, j'ai reçu trois cents francs pour ne pas le contrarier. Quand on est payé d'avance, il faut faire l'ouvrage {Haut) Eh bien ! père Rigault,nous verrons ça... si la jeune personne me plaît, je ne dis pas non... [A pari) O Sophie l pardonne-moi, je blasphème ta mémoire pour cent écus ! ma chère amie.
rigatjlt.
A la bonne heure / et tu te garderas bien de dire à madame Rigault que tu n'es pas son fils.
VINCENT
Moi, la tuer! mais , d'après ce que vous me dîtes, ce serait commettre un assassin à bout portant! ça serait indigne !.. bien plus . .. ça serait indigne/
rigatjlt.
Ah! je te reconnais! oui, je reconnais mon fils d'adoption, l'enfant de mon choix.
Vincent y avec intention.
Oui, vous me reconnaissez a présent... [A part) C'est çà, allez, pataugez! je \as l'aider [Haut)
Air : A Soixante ans.
N' m'avez-vous pas toujours servi de père?
RIGATJLT.
Oui !
VINCENT
N'est-c' pas vous qui m'avez tout appris ?
RIGATJLT.
Oui!
VINCENT
Vous m'avez fait apprendre la grammaire?
RIGATJLT.
Oui !
VINCENT
De vos soins mon amour est le prix; Vous ct's mon pèr% je dois être votr' fils ; \olre âm' pour moi n' fut-eh" pas toujours bonne ?
rigatjlt, avec effusion.
Oui ! mon Prosper !..
VINCENT
Allons et tendrement
Embrassons-nous tous les deux !
rigatjlt, lui tendant les bras et l embrassant.
Cher enfant •
vincekt, pendant que Rigault le tient embrasse, et en lui tapant dans
te dos.
Ah! pour l'argent que la vieille me donne, A son mari j'procur' de l'agrément, (bis) Il a de l'agrément, [bis)
RIGAULT
Prosper/ mon ami ! ah je suis si content!!! Dis-moi, tu dois être a court d'argent ?
VINCENT
C'est-à-dire, non. .. La mère Rigault. .. \A part) Oh! non, il do faut pas lui dire ça.
RIGAULT
Tiens, voilà cinq cents francs pour faire face au plus pressé — Vincent, se reculant et n'osant pas prendre le billet.
Un billet de banque.'!! 0 vieillard amusant / que de reconnaissance ! mais je ne sais pas si je dois accepter, ce n'est peut-être pas à moi que vous le destiniez !
RIGAULT
Tu me refuserais.. . allons, prends! je le veux.
Vincent, prenant le billet.
Alors, j'accepte; mais je vous prie de remarquer que ce n'cot pas moi qui vous l'ai demandé...
RIGAULT
C'est moi, c'est moi qui te le donne.
Vincent, regardant le billet. Est-il bon...
RIGAULT
Puis-je l'être trop pour toi!
VINCENT
Non, je dis le billet.. . est-il bon ? c'est qu'on en passe quelquefois...
RIGAULT
Sois tranquille /
Air du vaudeville de la Nuit de Noël- Cet hymen que j'espère Bientôt s'ra contracté; y cours prév'nir ton beau-père , De ta docilité.
Vincent, à part.
Leurs procédés sont rares...
Mes païens adoptifs , S'ils sont un peu bizarres , lis sont très-lucratifs.
ENSEMBLE
VINCENT
Cet hymen je l'espère IN' s'ra pas contracté.
11 croit qu'il est mon père , Et j'en suis enchante.
RïGAULT.
Cet hymen que j'espère, etc.
[Il sort par h fond. )