‹ Protection et libre-échange, quelques statistiques [microforme]Chapitre 25 sur 39 · ARTICLES FABRIQUÉS · texte numérisé non relu

ARTICLES FABRIQUÉS

Exportations. Importations.

1850... Fr. 799,000,000 Lr, 42,000,000

1860 cnssoses 1,428,000,000 58,000,000

1877 DEEE EE TEL 1,846,000,000 450,000,000

Tissus.

Importations. Exportations. Différence.

1859 ss ss Fr. 23,126,237 Fr. 771,424,692 Fr, 748,298,415 1869... 166,408,625 843,8 14,159 677,405,534 1856... coo00. 283,56 !,848 750,628,164 467,066,616

COMUERGE GÉNÉRAL

Exportations. Importations. Déficit.

1877... Fr. 3,423,394,800 Er. 3,630,258,000 Fr. 206,863,200 1878... sousee 3,304,274,400 4,391 419,600 1,087,145,200

Comme on le voit, le système du libre échange n’a fait augmenter les exportations françaises que de 418,000,000 francs, tandis qu’il a fait augmenter les importations de 392,000,00ofrancs. On peut dire que de ce moment l’élan du commerce français s’est arrêté, puisqu’en effet le surplus d'articles exportés sur les articles importés se fixe comme suit :

TOO isisoas sisi noir oies 757 millions, TSODsssscsssss ess ssonnssenessiissssssseses . 1,370 “ ST sans egetas ess enis sets hecussss 1,300 “

Proportion de 1850 à 1860... 80 p. 100 de de 1860 à 1877... 2 p. 100

Et qui définitivement ont eu le bénéfice de ce libre échange? Les Etats- Unis. L’Angleterre qui n’expédiait en 1860 que 533,931 lbs de coton filé en France, en envoie maintenant 7,485,086 lbs, valant $2,000,000 ; plus du coton fabriqué pour $86,500,000, soit un total de $88,500,000, tandis que l'Angleterre fait venir d’ailleurs pour remplir ce vide, surtout des Etats- Unis, du coton fabriqué pour 810,000,000

Le Manchester Guardian du 25 avril 1878 reconnaît plein merit LL siceès rempoités par les Etats-Unis et il fait remarquer que tañuis «ue 35 verges de coton coutent 14 deniers à Blackburn en Angleterre, elles ne coutent que 1114 deniers à Providence et Fall River, aloïs qu’il fallait les payer 20 deniers à ces endroits en 1876.

Tandis que la Grande-Bretagne est couverte de ruines, la prospérité envahit les manufactures américaines. Pour ne prendre que bulletin industriel d’un seul numéro du New York , l’on trouve que les manufacfactures de Paterson, N. J., se remplissent d'ouvriers en soie venant d’Angleterre. Il ÿ a 14 ans, il n’y avait qu'une manufacture Bessemer aux Etats-Unis, il y en a aujourd’hui plus de onze, produisant plus de 500,000 tonnes d’acier. Une maison de Buffalo vient de recevoir des ordres de Sheffield pour des ouvrages en fer. Pendant que les gages des ouvriers baissent en Angleterre, on paie à Pittsburgh, dans les usines en fer, $3.50 de gages aux pududlers, de 86 à 28 aux bar-mi// rollers et ainsi de suite, A

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Troy, à Cincinnati, à Lovell, les manufacturiers produisent avec toute l’activité possible et ne peuvent suffire nux demandes.

Ecoutez les plaintes d’un Lord Anglais, homme politique important, Lord Bateman. Voici ce qu'il écrivait au mes, le 12 novembre 1877, et que ne doit-il pas dire aujourd’hui :

Nous ne pouvons fermer nos yeux à cette stagnation universelle du commerce et à la détresse qui l'accompagne, que ce soit le commerce minier, maritime, agricole, de transport, ou le commerce en général. D'un bout à l’autre du pays le cri de dépression, de détresse et de ruine, est le même. Nous avons à lutter dans des conditions désavantageuses, avec les pays étrangers, qui nous volent nos profits, ne paient rien à notre revenu et vendent en même temps à meilleur marché que nous ne pouvons le faire. Lorsque le capitaliste s'aperçoit que son commerce ne le paie plus et que ses profits sont réduits au minimum il s’en suit que les ouvriers qui dépendent de lui doivent souffrir dans la même proportion et comme conséquence, letaux des salaires doit diminuer, ou le travail doit cesser, — les grèves, la fermeture des manufactures, et une détresse pénible et imméritée sont les résultats inévitables. Admettons que la théorie d’un commerce libre et sans restrictions avec tous les pays du monde, est aussi hardie qu’ell est magnifique. Admettons que l’idée, quel qu’ait été celui qui l'a lancée, (idée pui n'a jamais été défendue avec plus de consistance que par notre bon et sage prince Consort), est à la fois grande et glorieuse dans sa conception. Admettons que lui donner effet a cté le but ainsi que la politique depuis longtemps acceptée des gouvernements successifs, il ne peut être nié que l'obstacle opposé par le défaut de réciprocité, a depuis le commencement entravé nos efforts philantrop'que:, et nous oblige maintenant à confesser après un essci de trente ans, qu'en pratique notre libreéchange n'offre malheureusement d'avantages que pour les pays étrangers : et que, tandis que nous ouvrons nos ports au commerce et aux manufactures du monde entier, librement et sans restrictions, les autres pays, sans nous conférer des avantages réciproques, profitent sans scrupule de notre libéralité magnanime ais désastreuse (parce qu'elie n'est pas réciproque).

Il est inutile d'éluder la question. Les faits parlent par eux-mêmes. En dépit de tous les arguments et de toute la persuasion, pour ne pas dire les sollicitations, sur le sujet, ces faits demeurent dans toute leur triste réalité. Nos propositions aux autres pays ne sont pas reçues ; nos traités de commerce ne sont pas renouvelés; notre propre commerce est dans une condition stagnante et peu profitable ; nos exportations montrent un déficit regrettable, alarmant et toujours croissint ; notre revenu est affecté ; et, ce qu'il y a de pis, “il “n'y a pas un seul pays en Europe en commençant par la France et l’Allemagne et ‘6 finissant jar l'Espagne et la Suisse,” (pour ne rien dire des Etats-Unis d'Amérique et de nos propres colonies australiennes) ‘qu'on puisse persuader par les tentations les plus ‘ spécieuses, à suivre notre exemple d'importations en franchise, en ouvrant ses ports au “ commerce de la Grande-Bretagne et de l'univers ”” sans la restreindre par des sauvegardes sous forme de droits imposés pour protéger ses propres industries indigènes sesssses

Nous avons essayé le libre-échange &t à à été trouvé en défaut. Nous avons fait de notre mieux pour convainrre les autres pays que notre politique est raisonnable, et en retour ils se moquent de notre aveuglemnt et font la sourde-oreille à nos remontrances. En méme temps, la ruine partielle, la aépresion générale et la détresse nous menacent. Nos charges locales agmentent et nos exportations diminuent. ‘Nos classes ouvrières s'agitent ‘et déclarent la guerre ouverte au capital dans l'intérêt des travailleurs ; elles sont mécon- ‘“ tentes parce qu’elles ne peuvent connaître la cause réelle de la crise dont elles souffrent, ‘ demandant à grands cris de pouvoir participer dans les profits qu’on pourrait presque ‘ qualifier d’illusoires,” et cependant incapables de se rendre compte de l’hésitation, de l'impossibilité où se trouvent les patrons d'accéder à ce qu’elles considèrent comme leurs justes demandes et rien de plus

Pourquoi pers'sterions-nous dans cette croisade utopiste? Pourquoi avons-nous coupé les amarres qui nous retenaient à l’ancre, et avez-vous lancé notre bon navire sur un torrent perfide qui nous entraîne malgré nos efforts vers un naufrage imminent ? Au nom du Ciel, ‘si nous sommes engagés dans une voie périlleuse, arrêtons-nous tandis qu’il est ‘encore temps." N'allons pas, pour l'amour d’une théorie à la Don Quichotte, fermer les yeux au fat que not e eommerce nous échappe, que la ruine nous menace, et que nous sic.ifions nos meilleurs et nos plus chers intérêts à une idée inacceptable.

11 y a des indices que le flot de l’opinion pub'ique subit un changement graduel, et par

conséquent convaincant. Je le salue avec satisfaction. Après tout, l'argument qui touche de plus près à la bourse de chacun, est le plus concluant et vaut toutes les théor'es et toutes Is conférences de tous les économistes politiques du monde entier.

Cest état de chose inspirait dernièrement au S/andard de Tondres Îles lamentation qu’on va lire.

Comment se fait-il, je le demande, que la servante de mon épouse, étant allée à Aix-les- Bains, à Hambourg, et à Florence pour acheter de l’indienne, trouva des indiennes et des cotons de fabrique américaine, lorsque, il y a deux ans elle n'avait trouvé que des marchandises anglaises ? Je ne suis point juge en cette matière, il vrai, et je ne prétends pas décider si les produits de ce genre, fournis parles manufactures américaines sont de qualité moindre ou supérieure à ceux importés des marchés anglais. Mais je sais que, quant aux produits d’une de nos propres manufactures, nous avons été comp'ètement supplantés sur tous les marchés de ce continent, et chaque fois que l'on demandait au marchand de nous expliquer ce changement si subit, il nous répondait qu'il préférait de beaucoup les marchandises américaines aux marchandises anglaises, parcequ’il pouvait réaliser des profits beaucoup plus considérables sur les premières. Comment se fait-il encore, que, en Angleterre, si j'ai besoin d’outils pour travailler dans ma boutique et d’ustensiles pour cultiver mon jardin, mon fournisseur me presse sans cesse de faire l'essai des instruments américains nouvellement importés, tels que bèches, marteaux, scie, ciseaux, haches ? Il n’y a encore que quelques mois je lisris sur ce sujet une lettre de M. G'ad-tone dont l'autorité ne peut que très difficilement être contestée, et dans laquelle il exprimait son opinion sur la différence qui existait entre la hache du bucheron manufacturée dans les ateliers américains et celle faite à Sheffield, en Angleterre. Inutile d'ajouter que la comparaison était toute en faveur dé l’article américain. Sheffield est une ville trop conservatrive, —j’entends dans ses manufactures et non dans ses principes politiques—pour fournir une hache du meilleur genre.

Ainsi l'industrieux américain a toujours l’avantage pour lui ; et il se montre supérieur non-seulement dans les h ches et les instruments dont j'ai parlé plus haut, mais aussi dans les serrures, dans les cadenas, dans les poëles, dans les lampes, et dans une inifinité d'autres productions qui, il y peine quelques douze ans, étaient la gloire de nos ouvriers’ In effet, il vous suffira de jeter un coup d’œil sur le mobilier qui orne l’intérieur de votre demeure pour juger de combien le manufacturier anglais est surpassé, même dans ce qui appartient à l’usage domestique. Il nya pas seulement par les articles en ferronnerie que nous sommes inondés Nous faisons nos chaussures avec le cuir américain, et nos voitures sont presque entièrement composées de matériaux venant de l’autre côté de l’Atlantique ct pour lesquels les américains ont été largement payés. La colle, les cheveux et le papier sablé nous arrivent engrande quantité, et même les ardoises, qui le croirait, sont extraites des carrières américaines, et viennent couvrir nos propres toits.

Et voilà comment la protection ruine ceux qu’elle est appelée à protéger !

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