Tu fus pour moi comme la lumière du jour et
comme la flamme, moi, dans tes bras, je fus une rose; pourquoi si vite le jour s'*assombril-il?
Pourquoi la flamme des Amours s'éteint-elle ? L'orage te chasse loin de moi et ta rose se dessèche, fanée; — pourquoi Orcus t'enlève-t-il à moi?
Sanglantes entre toutes sont les plaies de mon
àme, mon àmesoupire, nostalgique, après latienne, — tu es perdu pour moi à jamais.
3 . Les enlacements enflammés de tes bras me tiennent en mes rêves, me poursuivent; lies feux passionnés, les lueurs de tes yeux
PROTÉSILAS ET LAOOAMJE 35
font, dans mes rêves, roagir mes joues; —
reviens vors moi, reviens, — fût-ce pour un instant^ --
que je sois réunie i toi;
reviens vers moi, reviena, — fût-ce pour un instant, —
que malheureuse, rendue au Bonheur,
je connaisse la joie, moi, dédaignée,
qui m'étends, solitaire, sur ma couche; —
pourquoi Orcus t'enlève*t-il & moi ?
Les dieux ne me seront-ils pas plus cléments?
Mon âme s'empresse vers la tienne à travers les espaces :
elle s'empresse vers les trompeuses routes des plaines infernales..* A. Mais, vivante, j'emprisonne mon àme;
en larmes, elle s'en retourne vers la couche vide ;
je ne peux traverser les gués de TAchéron;
un vivant ne peut contraindre les gardes souterrains, —
pourquoi donc suis-je torturée si cruellement?
Atroces entre toutes sont mes plaies et mes plaintes :
vouant mon àme à une langueur éternelle,
je sais, — que tu es perdu à jamais.
(Elle s'arrête un instant près du tombeau et appuie sa tète contre les blocs tailléi de la stèle; elle reste ainsi quelque temps immobile.)
LEGHOBUR.