Toi, tu ne peux plus attendre personne d'au
delà des mers, — et pourtant tu es triste et languissante, comme celles qui attendent.
LAODÂMIE.
(Elle s*as8ied sur le Ut.)
LE CHOEUR
Ton regard s'émeut à parcourir les dalles de marbre de la pièce, pareil au regard de ceux
qui aperçoiyent un p&le reflet de Tespérance. S . Tes mains, assoiffées de caresses, errent d'ellesmêmes autour de ton coq élancé, et cachent tes joues brûlantes; — ton visage est semblable aux roses...
(De la main elle fait un signe d'impatience.)
LE CHOEUR se tait.
(De derrière le rideau apparaît la tête de TAède. La servante, qui Ta tu, s'approche de Laodamie.)
LA SERVANTE
Comme chaque jour, & Theure convenue, quand le
soir tombe. . . Yoil& que le chanteur arrive ; il s'approche, importun, et s'arrête sur les premières
marches.
Célèbre par son éloquence de conteur, il brûle de te
dire Thistoire bien connue de ton époux, comme
il fut héroïque et comment il périt.
Le chanteur ajoute chaque jour une strophe tressée
à sa guirlande — sans doute apporte-t-il encore
de nouvelles strophes.
TAÈDE.
(Il est entré pendant ce temps.)
LA SERVANTE
Voici que déjà il se tient près de moi, ta servante, et son regard implore que tu lui permettes de gagner le repas de ce soir.
U est loquace...
38 PROTÉeiLAS ET LAODAMIE
(Sans regarder TAède.)
Tu yiens chaque jour» —
chante-moi aujourd'hui un long récit,
comme tu le fais chaque jour,
quand la lumière décline, —
et qu'au son de ton discours la pénombre tombe, —
Mais aujourd'hui un autre chant se lève en moi,
un tout autre chant
Parle.
(Ils s'assoient; le Chœur s'assied par terre, formant un large hémieycle ; l'Aède au milieu sur un siège.
Son visage esibronié^ hàlé; cheveux noirs, friaés; barhe taillée en pointe ; sur les cheveux repose en demi-cercle une branche fraîche de laurier dont les rubans écarlates retombent sur son dos; il porte un vêtement brun très court et un manteau blase, ftouè par des eount^es et drapé; en ses mains il tient wu fl&fte de Pan ; son masque a le sourire des £ginètes.)
LAODAMIE.
(Elle écoute attentivement, se lève tout à coup, triomphante, — puis subitement redevient sombre, inquiète.)
* L*AËPE.
i . Paris, le fils de Priam,
d'Argos, du palais des Argiens,
a enlevé Hélène, la femme du roi,
iiraraTieàrAtride;
il la tient prisonnière dans les murs d'UiOD,
rendue esclave de son amour.
2 . L'Atride se j^aint à son frère, le roi très puissant de Mycènes :
« La honte tombera sur nous deux, si Toutrage reste sans yengeanee; Tètranger rusé a violé les lois de Thospitalité I »