CATHOLIQUES EN BELGIQUE
Considérant:
Que l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem a été bâtie par sainte Hélène, l'an 326, époque bien antérieure au schisme de Photius et à l'invasion du Mahométisme, que par conséquent son premier fondateur et propriétaire a été l'Eglise catholique;
Que les édifices élevés par sainte Hélène ayant été détruits l'an 614, par Chosroe's II, roi des Perses, furent reconstruits par le moine Modeste, avec les dons des fidèles de la Palestine, et surtout du patriarche d'Alexandrie, Jean l'Aumônier, tous alors en parfaite communion avec l'Eglise romaine;
Que la Ville Sainte ayant été prise par les Musulmans, l'année 637, malgré l'héroïque résistance du patriarche Sophronius, les chrétiens obtinrent de leur vainqueur une capitulation honorable par laquelle le Khalife Omar leur garantissait la
possession de leurs églises et la liberté «le leur culte, que ces garanties furent confirmées et augmentées, vers l'an 800, par le Khalife Haroun-al-Raschid, qui envoya les clés du Saint- Sépulcre à Oharlemagnc; que ces garanties accordées à l'église de .Jérusalem, qui était encore en communion avec Rome, et a l'empereur d'Occident, prouvent la continuité des droits de l'Eglise catholique romaine;
Que l'église du Saint-Sépulcre ayant de nouveau été entièrement démolie, l'année 1010, par le souverain fatimique de l'Egypte, Ilakem, elle fut en partie restaurée la même année • avec les dons d'une foule immense de pèlerins, qui apportèrent de l'argent de toutes les parties de l'univers, et achevée, l'année 1048, par L'empereur grec, Constantin Monomaquc. Il est vrai que cet empereur était schismatique; mais si le schisme alors était consommé il Constantinoplc, il ne l'était pas à Jérusalem, où il y avait encore communauté de croyance sous la suprême juridiction du Pape;
Que les constructions faites au XI"' siècle, existaient intégralement lorsque les croisés s'emparèrent de la Ville Sainte, l'année 1099, et que les rois latins, aussitôt qu'ils curent consolidé leur conquête, réunirent en un seul monument les édifices isolés renfermant les divers sanctuaires qui avoisinent le Saint-Sépulcre. Ce monument connu généralement sous le nom d'église de la Résurrection ou d'église du Saint-Sépulcre a subsisté dans son ensemble jusqu'à l'incendie de l'année 1808, de si déplorable mémoire. La dernière restauration partielle, qui avait eu lieu pendant cette période de près de sept siècles, fut faite en 1719 entièrement aux frais des PP. Franciscains, après que la Sublime Porte eut déclaré par un hatti-schérif, lu solennellement a Jérusalem le l' r Juin de cette même année, »quc la mande voûte de cette église (c'est à dire la grande coupole) cl autres lieux appartenaient en propre aux religieux latins francs * ') ;
Ce hat impérial obtenu par le Marquis de Bonnac, ambassadeur de Franco à Constantinople, mérite une attention particulière par l'esprit d'équité qui y domine; il autorise chaque confession chrétienne à réparer les édifices qui lui appartiennent, et ne jette pas, comme les Notes échangées l'année 1862 entre des puissances chrétiennes, un blâinc injurieux sur tous les religieux qui vouent leur existence à la défense des sanctuaires de la Palestine a );
Que les constructions faites par les Grecs schismatiques à la suite de l'incendie de 1808, malgré les protestations du Saint-Siège et les réclamations, faibles et tardives, il est vrai, des représentants de la France et de l'Autriche à Constantinople, ne donnent aucuns droits de propriété aux Grecs. Ce point du reste est formellement exprimé dans le Hatti-schériff du 4 Juin 1811, dans lequel il est dit que nVétat des choses h V avenir doit rester comme il était par le passé"', que les prétendus droits que les Grecs se sont arrogés à une époque où les Pères do Terre-Sainte étaient abandonnés de tout le monde excepté du Pape, Pie VII, persécuté lui-memo et vivant en exil, ne sont que des usurpations faites, par ruse et par violence, contraires aux Capitulations les plus anciennes et les plus solennelles conclues avec l'xVutriche et la France, et sont une violation flagrante du Hatti-schériff du 4 Juin 1811, obtenu par les sollicitations de la France et de l'Autriche, pour que les lieux saints enlevés par les Grecs à l'occasion du funeste incendie fussent restitués aux Latins 3 ).
Prenant tous ces faits incontestables en sérieuse considération, l'Assemblée générale,
Déclare, en empruntant les propres paroles du Pape, Pii VII, de sainte mémoire,
„Que les Latins ont possédé sans aucune controverse « l'église du Saint-Sépulcre dans les temps les plus anciens" et qu'ils ne l'ont jamais aliénée;
Que par le nom de Latins il faut entendre tous les catholiques de l'église occidentale, et non une puissance isolée; d'où il résulte qu' aucune puissance séparément ne peut faire aux autres communions où aux infidèles des concessions au détriment des autres puissances et de toute la catholicité;
Que la réédification de la coupole du Saint -Sépulcre telle qu'elle a e'té projetée par le Protocole signé à Constantinople par les représentants de la France, de la Russie et de la Turquie, le 5 Septembre 1862, à l'exclusion des autres puissances catholiques, et surtout du Saint-Siège, qui, malgré l'état de dénuement où il est réduit, s'est offert » de prendre exclusivement *à sa charge les réparations nécessaires" 5 ) est un acte anticatholique, anti-chrétien, contraire aux traités, et à des droits acquis et continuellement reconnus; que les motifs qu'on a fait valoir pour procéder ainsi à cette réédification sont dérisoires, calomnieux et de nulle valeur;
Que la restauration de la coupole, qui protège le tombeau de Jésus-Christ, faite en commun, et pour la première fois depuis que ce saint tombeau existe, par une puissance catholique, une puissance mahométane *) et une puissance schismatique, qui n'y a jamais eu, ni exercé auccun droit, et contre les prétentions de laquelle le patriarche grec schismatique de Constantinoplo lui-même a cru devoir protester T ), qu'une telle reconstruction entreprise en foulant aux pieds les droits du Vicaire de Jésus- Christ, est un affront fait au monde catholique, et la plus grande avanie qui ait jamais été faite au plus saint monument que possède la chrétienté 8 ), et contre laquelle les catholiques réunis à Malines, Tan de grâce 1863, protestent solennellement.
Notes.
i) Voir ce Hatti-schérif à la fin de l'ouvrage de F. Marcel Ladoire , qui a
dirigé les travaux de cette restauration.
») Voir ces Notes dans le Livre Jaune distribué aux Chambres françaises
en 1862.
5) Poux les faits énoncés dans ce §. voir les pièces suivantes, qui se trouvent tant à Rome dans les archives de la Propagande qu' à Paris et à Vienne dans celles du Ministère des Affaires Etrangères et de la Nonciature Apostolique.
Note du Préfet de la Propagande, du 4 Février 1809, adressée au Nonce de Vienne par laquelle il annonce l'incendie de 1* église du S. Sépulcre, et insiste afin que le gouvernement autrichien s'empresse de faire des démarches à Constantinople pour que les Latins soient maintenus dans leur droit de réédifier seuls cette église. .
Note du Nonce k Vienne , Mgr. Severoli, au Comte de Stadîon, du 4 Avril 1809, qui communique le Bref de S. 3. Pie VII, du 1 Mars 1809, adressé à l'empereur François I pour réclamer sa protection, afin d'empêcher les Grecs de rebâtir l'église du S. Sépulcre, et d'obtenir un firman en vertu duquel les Latins soient seuls admis à cette réédification.
Note du même au même, du 6 Avril, 1909 communiquant un Bref du Saint Père aux évoques de la monarchie autrichienne demandant qu'ils fassent des quêtes pour la reconstruction de l' église du S. Sépulcre.
Lettre du Comte de Stadion, du 13 Avril 1809, qui manifeste l'intention de l'empereur d'Autriche de prendre part à la bâtisse de l'église du S. Sépulcre.
Note de Mgr. Severoli au Comte de Metternich, du 1 Septembre 1810, lui faisant savoir que la S. Congrégation de la Propagation de la foi a appris que la Porte a permis aux Grecs schismatiques de reconstruire le saint temple de Jérusalem, et l'invite à réclamer l'exécution des traités.
Note du même à l'ambassadeur de France, datée du 13 Novembre 1810, et au Comte de Metternich, du 29 Novembre, pour les remercier de ce qu'ils avaiens obtenu de la Porte le Hatti-Schériff du 27 Août 1810, qui devait restituer aux Latins l'église du Saint- Sépulcre enlevée par les Grecs.
Note du même au Chevalier de Latour-Maubourg , chargé d'affaires de France a Constantinople, datée du 4 Juin 1811 , pour le remercier des démarches qu'il a faites pour obtenir ce Hatti-Schériff. Puis il lui exprime ses Inquiétudes sur les intrigues suscitées par les Grecs contre son exécution.
N. B. On sait que ces intrigues ont obtenu le succès le plus complet.
Noteàu même au Comte de Metternich, du 13 Mai 1812, dans laquelle il dit que les dernières lettres de Jérusalem lui annoncent que mal-
gré le firman obtenu par l'Autriche et In France, afin que les lieux saints enlevés par les Grecs fussent restitués aux Latins, cette restitution n'a pas encore eu lieu. Il prie le gouvernement autrichien <lc faire des démarches pour que les fîrecs soient ohligés à faire cette restitution, et A redonner aux sanctuaires la forme qu'ils avaient auparavant au lieu de la forme grecque.
N. B. Les guerres survenues à cette époque mirent fin à ces réclamations, et les Grecs purent jouir librement de leurs usurpations. *) La Fiance n'a aucun droit exclusif de protection en Palestine que sur ses nationaux et sur les couvents des Franciscains. Tous les autres établissements, notamment le patriarcat, qui no dépend que du S. Siège, l'hospice autrichien, et toutes les fondations faites ou à faire par d'autres nations catholiques, ne peuvent être protégées que par leurs gouvernements respectifs.
s) Voir V Office du Cardinal Antonelli du 12 Juillet 1862, à Aali Pacha, ministre des affaires étrangères du Sultan, la Réponse d'Ali Pacha, sous la date du G Août suivant, la Dépêche de Mr. de Thouvenel au Duc de Gramont, ambassadeur de France à Vienne, datée du 22 Août 1862. Paragraphe additionnel au Protocole de Constantinoplc.
«) Sous le règne de Louis-Philippe, qui a été si peu favorable aux catholiques, cette profanation a été empêchée par l'intervention de la Reine Marie Amélie.
') La lettre écrite à Aali Pacha, au mois d'Avril 1862, par le patriarche ■ehismatique de Constantinoplc , pour le prier de ne pas permettre que la Russie prenne part a cette réédification, est aussi remarquable en ce sens que le patriarche ne s'offre pas comme le Pape de s'en charger lui-même, mais il supplie qu'on laisse le sultan participer seul h cette bonne oeuvre.
v ) De très-grandes avanies ont été faites au Saint-Sépulcre par les infidèles; mais la chrétienté trop faible pour s'y opposer n'en était pas responsable: aujourd'hui au contraire ce sont des chrétiens, qui permettent au sultan de mettro la main sur le tombeau de Jésus-Christ, et qui en excluent le Pape. Il importe peu que ce soit sous le prétexte d'une restauration; si cette restauration est un acte de piété, comme on le dit, pourquoi cet hommage doit-il être rendu au saint tombeau par le successeur de Mahomet à l'exclusion du Vicaire de Jésus-Christ? N'est-ce pas la plus insigne dérision! Quant aux Russes, qui commettent plus que tous les autres Grecs chaque année, le samedi-saint, la profanation connue sous le nom de Miracle du feu sacré, profanation devenue officielle depuis qu'un évoque et un consul russes l'autorisent par leur présence, et qu'un prince de la famille impériale, le grand duc Constantin, a pu y assister sans rougir de ses compatriotes , et sans protester h la face du ciel et de la terre contre cette abominable imposture; n'est-ce pas les encourager à la continuer on leur accordant do nouveaux droits; n'est-ce pas se rendre complices d'une avanie, qui est sans contredit mille fois plus criminelle que celles dont se sont jamais rendus coupables les hordes les plus barbares!