INTRODUCTION
n y a quelque temps, afin d'expérimenter un filet de soie que j'avais fabriqué pour la récolte du plancton, je m'amusai à faire une pêche dans quelques petits bassins en ciment situés près de l'institut botanique de Buitenzorg, derrière le laboratoire des étrangers. Ces bassins avaient servi autrefois à faire en petit des expériences sur la culture du riz; puis, on les avait vidés de la terre qu'ils contenaient, l'eau les avait remplis et avait pris une couleur verdâtre plus ou moins intense, par suite de l'abondant développement d'algues microscopiques. En examinant le résultat de mes pêches, je fus frappé du nombre considérable des individus et de la variété des organismes, et notamment des Chlorophycées microscopiques qui se rencontraient dans cet espace restreint: les quatre bassins que j'examinai avaient ensemble une superficie d'environ 10 m. carrés, et un volume de SVj m. cubes, tout au plus. Cette richesse de formes ne peut être comparée qu'à celle signalée déjà par Chodat (9 P. 92) (*), pour l'étang de l'Ariana près Genève, où il a trouvé une vingtaine de Chlorophycées différentes, et pour un étang du Danemark où il en a trouvé une trentaine.
Dans les bassins qui nous occupent, j'ai en effet rencontré plus de 30 espèces de Protococcacées et Desmidiées unicellulaires, et j'ai dû renoncer à compter la foule des Diatomées, des Euglènes, des Cyanophycées et des Chlorophycées filamenteuses.
Mais, quand je voulus déterminer toutes les formes qui me passaient sous les yeux, je m'aperçus des difficultés que présenterait cette tâche, par suite du manque de publications complètes sur ce groupe de plantes dans la littérature concernant les Indes Néerlandaises. Le livre de De Wildeman (89) lui-même, qui est certainement l'oeuvre la plus complète sur ce sujet, était loin de signaler tous les types que j'avais rencontrés, et, en cherchant dans la bibliographie parue depuis la publication de De W^deman et se rapportant à la flore
(*) Les N«* placés à coté des noms d'auteurs renvoient le lecteur à l'index bibliographique qui se trouve ci-après, Pages 8—13.
algologiquc de TArchipel Malais ou des Tropiques de TAncien Monde, je pus constater qu'un ^and nombre de mes formes étaient nouvelles, ou tout au moins qu'elles n'avaient pas encore été citées pour les Indes Néerlandaises. Je résolus alors d'étudier plus en détail ces types que j'avais examinés tout d'abord sans grande attention, et d'étendre un peu mes recherches en les complétant par des pèches dans les différentes pièces d'eau du Jardin botanique, ou dans les environs immédiats de Buitenzorg, et dans les régions plus élevées avoisinant la station de Tjibodas sur le Gedeh.
Telle fut l'origine de ce travail. Je dois avouer qu'au début, j'avais formé des projets fort ambitieux, puisqu'ils prétendaient envisager l'étude de tous les organismes d'eau douce rencontrés dans les environs de Buitenzorg et l'établissement d'une liste aussi complète que possible, non seulement des Chlorophycées unicellulaires, mais aussi des Algues filamenteuses, des Cyanophycées, des Diatomées, &c. Je dus, hélas! bien vite en rabattre, et me convaincre qu'un tel travail serait une oeuvre considérable que pourrait seul entreprendre un spécialiste qui y consacrerait tous ses instants. Tel n'était pas mon cas: d'une part je ne suis pas algologue, d'autre part diverses occupations accaparaient une bonne partie de mes journées; aussi ai-je pris le parti plus sage de me restreindre, et de réduire mes projets à de plus raisonnables proportions: lorsque j'eus jeté un coup d'oeil sur le produit de mes pêches, je fus séduit par les formes charmantes et si diverses des Chlorophycées unicellulaires (Protococcacées, Didymioïdées, &c.), par la variété de leurs adaptations, et je résolus de m'en tenir à leur examen et de me débarrasser du bagage encombrant des autres groupes. Cependant, j'ai signalé aussi quelques types étrangers au cadre strict de mon travail, et qui avaient retenu plus spécialement mon attention, soit par leur nouveauté, soit pour toute autre raison que j'énoncerai au cours de la description.
En outre, il n'est pas absolument nécessaire de faire un examen rapide des Diatomées; ces jolis organismes sont caractérisés spécifiquement surtout par leurs formes générales, les sculptures de leurs membranes siliceuses, tous caractères qui sont tout aussi faciles à observer sur du matériel fixé que sur du matériel vivant; par conséquent, les pèches que j'ai faites, et que j'ai toutes conservées dans divers liquides fixateurs, pourront être fort bien examinées après quelque temps et je me ferais un plaisir de les mettre à la disposition du diatomiste qui voudrait les étudier.
Tel n'est pas le cas pour les Desmidiacées et les Euchlorophycées, dont les membranes sont plus délicates, et pour lesquelles il faut tirer des caractères de la forme du chromatophore, des pyrénoïdes et d'autres détails du contenu
cellulaire, ce qui, évidemment, nécessite l'examen de matériel vivant. Je reviendrai plus- loin sur la nécessité d'examiner ces Algues à l'état frais.
Le peu de localités que j'ai étudiées et dont je donne la liste ci-après, montre assez que je n'ai nullement la prétention de combler ici la lacune que j'ai signalée et déplorée plus haut : je n'ai pas eu l'intention de faire un travail complet concernant ces groupes d'algues. J'ai simplement noté, un peu au hasard, les types qui me passaient sous les yeux, et je n'ai pensé apporter qu'une contribution très restreinte à l'étude de ces intéressants et élégants microorganismes. C'est une sorte de supplément à la «Flore algologique" de De WiLDEMAN, et avant qu'on ait une liste un peu complète des Algues indonAerlandaises, bien d'autres semblables suppléments seront nécessaires.
Malgré toutes les erreurs que tout débutant dans un sujet quelconque doit commettre, et que j'ai certainement commises, erreurs qui seront d'autant plus nombreuses que j'avais à ma disposition une littérature bien incomplète et par conséquent un matériel de comparaison bien restreint, malgré toutes les lacunes que, volontairement ou non, j'ai laissé se glisser dans cette étude, je veux espérer qu'elle ne sera pas tout à fait inutile, et qu'elle aidera dans quelque mesure ceux qui voudront déterminer des algues d'eau douce à Buitenzorg, et qui ne trouveraient pas tous les renseignements nécessaires dans les importantes études publiées par De Wildeman (85, 89), Gotwinski (14) et tant d'autres (32, 37, 42, etc.).