MÉTHODES
n est un point sur lequel je veux m'arrêter tout d'abord et avec quelque insistance; c'est que j'ai tenu à examiner le matériel récolté et à dessiner les algues que j'y rencontrais aussitôt après avoir effectué la pêche. J'ai cité plus haut l'opinion de Dr Wildbman qui, après avoir dit que les algues marines ou même les algues filamenteuses d'eau douce et les Diatomées pouvaient supporter la dessication ou tout autre moyen de conservation, relève les difficultés qu'il y a à traiter par de semblables méthodes les Chlorophycées plus délicates. Au cours de ce travail, j'ai pu en effet constater tous les inconvénients que présente l'examen de matériel séché ou même bien fixé, comme celui qu'ont observé tous les botanistes qui se sont occupés des algues Indo-Néerlandaises: une foule de formes échappent à l'observation, une quantité de détails passent inaperçus; j'ai pu par expérience me rendre compte, lorsque j'avais fait le dessin d'un organisme et que, au moment de la rédaction, je voulais revoir un détail dans le matériel que j'avais fixé, combien il était difficile de vérifier le détail en question et de retrouver l'organisme, même si, primitivement, il avait été très abondant. Dans de semblables conditions, la couleur des contenus cellulaires, leurs détails intimes, les stades de division, échapperont à l'observateur, quelque sagace soit-il. Nous aurons plusieurs fois dans la suite à signaler, de la part de plusieurs auteurs, des observations fausses ou incomplètes, dues certainement à l'absence de matériel en suffisamment bon état.
N^étant pas précisément un algologue, j'aurais pu envoyer mon matériel fixé à quelque spécialiste ; mais, pour toutes les raisons que je viens d'énoncer, il m'a semblé préférable d'examiner et de décrire moi-même les formes vivantes et fraîches, quand même je ne suis qu'un novice en cette matière, et quand même je n'avais pas sous la main, ici à Buitenzorg, toute la bibliographie qui m'eût été nécessaire. Mais, en même temps, j'ai tenu à figurer aussi fidèlement que possible toutes les espèces ou variétés que j'ai observées, qu'elles soient déjà connues, ou qu'elles m'aient paru nouvelles; et ces différents types, je ne les ai pas représentés sous une de leurs apparences seulement, qui peut sembler plus fréquente, mais^ qui ne saurait donner une idée exacte de l'espèce dans son ensemble; j'ai au conti'aire, notamment pour les types très variables, dessiné autant que possible toutes les formes caractéristiques ou au moins les plus importantes.
Monsieur le Professeur Trbub a bien voulu me donner la possibilité de publier cette grande quantité de dessins; je lui en exprime ici toute ma reconnaissance.
BoNNiER, dans son Album de la Nouvelle Flore (3), rappelle l'opinion que Bersot exprimait dans sa lettre sur la Botanique: » Les plantes sont compai'ables •aux personnes; si l'on décrit en détail tous les caractères de la physionomie »d'un individu, on ne le reconnaîtra pas; si on vous lé présente, on le recon- » naîtra toujours. La description minutieuse d'une plante ne suffit pas poui' »la déterminer; lorsqu'on voit l'aspect de la plante, on acquiert une sécurité «que ne donnent pas les caractères de détail". Cette observation m'a paru si juste, et elle est si en rapport avec ce que j'ai dit ci-dessus, que je n'ai pas résisté à la tentation de la transcrire. Et si elle est juste quand il s'agit de Phanérogames, dont les espèces se distinguent par un ensemble de caractères assez nettement tranchés, elle sera d'autant plus fondée quand il s'agira de microorganismes, où les espèces ne se distinguent souvent que par un détail unique et de très minime importance. J'ai vu, dans les ouvrages traitant de ces sujets, combien il est difficile, d'après une simple énumération des espèces, pas même toujours accompagnée des dimensions, ou d'après des diagnoses très brèves ou un peu plus détaillées, de savoir de quoi il s'agit: tel auteur appellera tubercules ce que tel autre désignera sous le nom de ponctuations; celui-ci verra une légère échancrure où celui-là percevra une incisure profonde ; et il aurait été si facile, par un .petit dessin, par un simple schéma, de mettre toutes choses au point et de mettre tout le monde d'accord.
Dans le texte aussi, je ne me suis pas contenté de décrire à fond mes espèces et variétés nouvelles; j'ai traité en détail toutes les espèces que je
rencontrais, pour relever certains points intéressants ou rarement observés, et ceci alors même que ces espèces étaient depuis longtemps arcliiconnues. De c€tte manière, il est par conséquent facile au lecteur de se rendre compte exactement des formes dont j'ai voulu parler. Comme j'ai parfaitement conscience des erreurs que j'ai pu commettre, et comme, d'autre part, je n'ai aucune prétention d'infaillibilité, ni aucune susceptibilité d'auteur, le spécialiste qui voudra réviser mon travail pourra le faire tout à loisir et démolir mes espèces comme il lui plaira. Je me ferai même un plaisir de mettre à sa disposition tout le matériel nécessaire.
A cette intention, après avoir examiné et dessiné de suite les formes que je rencontrais, j'ai toujours fait deux parts des pêches, et j'ai fixé l'une dans du formol à 4%, l'autre dans le mélange chromacétique indiqué par de WttDEMAN (89, P. IX):
Acide chromique 3 gr.
Acide acétique 5 gr.
Eau distillée 1000 gr.
J'ai fait mes récoltes selon les méthodes souvent préconisées: quand l'eau n'était jias très colorée en vert, par exemple dans les petits étangs du jardin de Buitenzorg, je me servais, pour obtenir le plancton, d'un filet de soie à bluter très simple, semblable à ceux reconunandés par Chodat (9, P. 6). Dans les petits bassins cimentés dont j'ai parlé, les algues étant plus abondantes, je me contentais de remplir de l'eau verte un grand vase, d'attendre quelque temps que les algues se soient déposées, puis de décanter; dans d'autres cas enfin, et ceci notamment pour les rizières, j'ai récolté les plantes aquatiques et cherché les algues parmi les poils de leurs organes submergés.
J'ai déjà dit que j'avais examiné un nombre très restreint de localités, ce qui exclut tout idée de ma part d'avoir voulu faire une étude générale des algues d'eau douce des environs de Buitenzorg. Je donne ici la liste des localités examinées. La lettre qui les accompagne se retrouvera à côté de chaque espèce et précisera où, exactement, j'ai rencontré le type en question.
A. Quatre petits bassins cimentés; jardin botanique de Buitenzorg.
B. Dans le creux cimenté, envahi de végétation, d'un ancien gazomètre; jardin botanique de Buitenzorg.
C. Dans divers vases où l'on cultive des plantes aquatiques; jardin botanique de Buitenzorg.
D. Divers étangs du Jardin botanique de Buitenzorg.
E. Dans un petit étang à Batavia.
F. Dans l'étang du Jardin botanique de Tjibodas. (1500 m. d'altitude).
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û. Parmi des Sphagman à Tjibodas. (1500 m. d'altitude).
H. Dans une rizière couverte A* Azolla entre le col du Poentjak et Sin-
danglaia. (1500 m. d'altitude).
I. Parmi des AzoUa, des NUella, des Mousses, des algues filamenteuses, etc.
dans des rizières à Tjitjeroek près de Buitenzorg. . J. Dans des rizières à Tjiomas près de Buitenzorg. K. Dans une rivière à Buitenzorg.
L. Etang couvert i'Azolla à Rangkas Betoeng, Résidence de Bantam, Java
occidental.
M. Bassin à canards, rempli d'eau verte, à Pasir Ajoenan près de Rangkas
Betoeng.
N. Dans une rizière couverte i' Azolla, près de Garoet. (750 m. d'altitude). 0. Marécages sur le plateau du Dieng (2050 m. d'altitude), Java centra!.
Remarquons ici que les stations les plus fréquemment citées à propos des Didymioïdées, seront C, J, et surtout I; le fouillis des organes submergés de ces plantes aquatiques est, en effet, le domaine par excellence des Didymioïdées. Quant à la station G, elle est assez extraordinaire à Java, et disposée d'une façon curieuse qui mérite d'être signalée. Il s'agit en effet d'une sorte de tourbière verticale : contre les rochers constamment humides de Tjibeureum, et de quelques autres endroits, d'épaisses couches de Sphagnum se sont développées.
Malgré tous les livres que j'ai eus entre les mains et dont je donne la liste plus haut, et malgré toutes les figures qui m'ont passé sous les yeux, il ne m'a pas été possible de donner à toutes les formes que j'observais des noms déjà connus; bien souvent au contraire, j'ai dû me résoudre à les considérer comme nouveaux types. Je conçois combien c'était dangereux, n'ayant pas à ma disposition une littérature assez complète, et manquant notamment de plusieurs publications importantes concernant les algues d'Europe. Mais j'étais bien forcé de préciser par un nom quelconque l'espèce ou la variété dont il s'agissait. J'ai essayé' du reste de ne créer de nouveaux noms qu'à bon escient et j'espère qu'au moins quelques uns d'entre eux seront admis par les algologues. Quand j'avais des doutes par trop forts, je les ai indiqués par un point d'interrogation. Pour d'autres types, que j'ai rencontrés trop rarement pour pouvoir en faire une étude complète, j'ai indiqué que je les considérais comme formes douteuses.
Dans l'établissement des nouvelles espèces, dont j'ai à regret dû faire un nombre assez considérable, j'ai cependant essayé de ne pas tomber dans le travers de plusieurs des travaux que j'ai eus entre les mains et où les auteurs
avaient multiplié par trop le nombre des nouveaux noms. Je n'ai pas oublié non plus les enseignements que Chodat a exposés de façon précise, et sur lesquels nous reviendrons plus loin, que, vu le cosmopolitisme outré de ces microphytes, il faut hésiter longtemps avant de les considérer comme nouveaux et que, vu leur pléomorphisme, il faut les caractériser avec la plus grande prudence. Je sais bien que, à cause de cet intéressant pléomorphisme, j'aurais dû ne pas publier ces formes avant d'en avoir fait des cultures et d'avoir ainsi pu étudier leur variabilité. J'ai déjà conunencé des recherches de cette nature; j'espère bien pouvoir les poursuivre et obtenir un bon nombre de cultures pures dont l'observation viendra confirmer ou infirmer les résultats que je publie aujourd'hui. Mais, en attendant d'avoir des cultures en quantité sufiisante pour en faire une étude d'ensemble qui sera l'objet d'une autre publication sur la variation des espèces tropicales, il ne m'a pas paru sans utilité de décrire ici les formes elles-mêmes, telles que je les rencontrais dans leurs conditions naturelles, et ceci à simple titre de renseignements morphologiques.
Je ne me dissimule pas non plus qu'un grave défaut de mes observations, et notamment en ce qui concerne les Desmidiées, réside dans l'absence de remarques sur la division et la conjugaison des cellules; j'ai malheureusement très rarement constaté ces stades intéressants; j'ai souvent vu des zygotes isolées, mais je ne savais à quoi les rapporter et il était donc inutile de les décrire. J'espère combler plus tard cette lacune par des recherches dans cette voie et par l'examen des cultures.
Je me suis limité, à cause de toutes les raisons que j'ai énoncées plus haut, à l'étude des Chlorophycées unicellulaires (Protococcacées et Didymioïdées). Sans doute les autres groupes d'algues se prêteraient à une foule de remarques curieuses, et, au cours de mes recherches, j'ai pu souvent constater des formes intéressantes, des détails non encore observés; mais les algues vertes unicellulaires, avec leurs formes si régulières et en même temps si variées et si élégantes, avec leurs si étroites adaptations aux diverses conditions de leur existence, éveillèrent tout spécialement mon intérêt, et, comme je devais limiter le champ de mes investigations, je les ai choisies conmie objet d'étude.