‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 100 sur 236 · M. DE LA MERCI, L'ABBÉ, M. DE VERBERIE · texte numérisé non relu

M. DE LA MERCI, L'ABBÉ, M. DE VERBERIE

L'ABBÉ, à M. de la Merci.

Monsieur, vous avez les plus belles collections

M. DE VERBERIE

Il est un peu étourdi ; mais il fait très-bien le chocolat.

M. DE LA MERCI

Monsieur l'Abbé, il n'y a point de belle collection quand elle n'est pas complète.

M. DE VERBERIE

Oh , mais l'Abbé fera votre affaire : il est très-obligeant, et je me souviendrai toujours du cacao

l'aebe.

Ne parlons pas de cela .

M. DE VERBERIE

Mais c'est la base du chocolat. Que je ne vous interrompe pas, je vous prie.

LA MÉDAILLE DOTHON. 209

M. DE LA MERCI

Une pièce qui me serait bien précieuse, c'est une médaille d'Othon , et l'on dit que vous en avez une. l'abbé.

Il est vrai , et très belle même ; elle est de bronze.

M. DE LA MERCI

Vous pourriez me faire un très-grand plaisir.

l'abbé.

Il fautsavoir : si c'est quelque échange

M. DE LA MERCI

Non ; c'est cette médaille d'Othon , qui justement me manque , et qu'on m'a dit que vous aviez achetée avant-hier. Si vous vouliez me la céder

l'abbé.

Si elle vous fait un si grand plaisir....

M. DE LA MERCI

C'est réellement un service, et je vous donnerai tout ee que vous voudrez.

l'abbé.

Mais il y aura peut-être moyen de nous arranger.

M. DE LA MERCI

Comment?

l'abbé.

Si vous avez quelque chose qui me convienne.

M. DE LA MERCI

Je ne crois pas, et puis cela serait trop long : je pars demain.

Eh bien , à votre retour.

M. DE LA MERCI

Non , je vous en supplie -y dites ce que vous en voulez. l'abbé.

Je ne fais ordinairement que des, échanges ; et j'ai une chose en vue, pour laquelle je la donnerais volontiers. Si vous pouviez l'avoir....

2/J.O LA MÉDAILLE d'oTHON.

M. DE LA MERCI

Je L'aurais bien si j'avais le temps : chargez-vous de Tacheter. Combien en veut-on?

l'abbé.

C'est une affaire de dix louis.

M. DE LA MERCI

Eh bien, je m'en vais vous les donner. Votre Othon est-il chez vous?

l'abbé.

Non, je 1 ai ici.

M. DE LA MERCI

Finissons notre affaire.

M. DE VERRERIE

Oui, avant de prendre du chocolat.

^ l'abbé.

Je ne peux pas.

Pourquoi cela, d'abord que vous l'avez? Songez donc que je voudrais partir demain de bonne heure.

l'abbé.

Je comprends bien.

M. DE LA MERCI

Vous n'êtes engagé avec personne pour cette médaille?

l'abbé.

Non.

M. DE LA MERCI

Voyons-la.

l'abbé.

Je ne peux pas vous la montrer à présent.

M. DE LA MERCI

Comment?

l'abbé.

J'ai des raisons, vous l'aurez demain.

|H. DE LA MERCI

Mais d'abord que vous l'avez ici, pourquoi me remettre? Je vais vous compter vos dix louis.

LA MÉDAILLE n'oTHON. 2^1

l'abbé.

Ce n'est pas là ce qui m'arrête.

M. DE LA MERCI

Je 11 'y comprends rien ; mais je vous prie en grâce de nie faire le plaisir de me la céder actuellement. l'abbé.

Je vous jure que je ne demande pas mieux.

Mais quelle raison pouvez-vous avoir?

l'abbé.

Je ne puis pas vous la dire.

M. DE LA MERCI

Oh pour cela, monsieur l'Abbé, je ne puis mempêcher de croire que vous voulez la céder à un autre. l'abbé.

Je vous jure en honneur que vous l'aurez.

M. DE LA MERCI

Et vous ne voulez pas me la montrer?

l'abbé.

Si je le pouvais , croyez

M. DE LA MERCI

Eh bien , dites-moi seulement pourquoi. Je ne vous demande que cela.

l'abbÉ .

Vous êtes bien pressant.

M. DE LA MERCI

Que diable cela vous fait-il?

l'abbé .

Mais c'est que

M. DE LA MERCI

Dites donc.

l'abbé.

Allons; mais en vérité Je vous dis que

Quoi ! allez-vous encore vous défendre?

242 LA MÉDAILLE d'otHON.

LABBÉ

Puisque vous le voulez absolument

M. DE LA MERCI

Je vous en prie.

l'abbé.

Il faut bien y consentir. Vous saurez qu'avant- hier au soir j'achetai cette médaille, qui est réellement très-belle.

M. DE LA MERCI

Je vous en crois sur votre parole.

l'abbé.

Celui qui me la vendit , voulut absolument me donner à souper 5 c'était dans le quartier de Saint- Victor, où l'on ne trouve point de fiacres : je fus donc obligé de revenir à pied. En passant dans une petite rue, deux hommes qui marchaient derrière moi, me firent craindre qu'ils ne lussent des voleurs ; j'eus beau doubler le pas , ces hommes me suivaient , et ma crainte augmentait. J'étais très -occupé de sauver ma médaille , et je m'embarrassais peu du reste. Je pris le parti de l'avaler. Je n'eus pas plus tôt fait, que ces deux hommes tournèrent par une autre rue , et je me repentis de ma peur.

M. DE LA MERCI

Depuis ce temps-là?

l'abbé.

Depuis ce temps-là, je l'ai toujours dans le corps : ainsi vous voyez bien que je ne peux pas vous la montrer. Elle ne me fait point de mal.

M. DE VERRERIE

Eh bien , prenez du chocolat , cela fera peut-être que

Non, au contraire Ainsi vous voyez bien (pie j'avais

mes raisons.

M. DE LA MERCI

Il est vrai -, mais quand pourrai-je donc partir?

l'abbé.

Je ne sais pas; mais d'ici à deux ou trois jours, seulement...

LA MÉDAILLE d'oTHON. 2/£5

M. DE LA MERCI

Quoi , deux ou trois jours ! . . . .

l'abbé.

Je ne peux pas répondre du temps.

M. DE LA MERCI

Mais n'y aurait-il pas quelques moyens à prendre? car cela me dérange prod pieusement.

M. DE VERBERIE

Cest dommage que l'Abbé croie que le chocolat Mais

essayez-en toujours.

l'abeÉ.

Tenez, puisque vous êtes si pressé

M. DE LA MERCI

Voyons.

l'abbé.

Venez-vous-en chez moi. En chemin nous passerons chez mon apothicaire

Je vous entends.

l'abbé.

Et peut-être finirons-nous cette affaire-là tout de suite.

M. DE LA MERCI

Allons , je le veux bien ; ne perdons pas de temps.

M. DE VERBERIE

Vous ne voulez donc pas de chocolat?

M. DE LA MERCI

Une autre fois.

M. DE VERBERIE

Demain avant de partir?

M. DE LA MERCI, en s'en allant.

Oui , oui.

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