SCENE XII
M. BROSSART, M™ BROSSART , M. VINOT.
Mme BROSSART, se mettant entre deux.
Eh bien, eh bien, qu est-ce que vous avez donc?
M. VINOT
Ah ! je m'en rapporte à madame Brossart.
M. BROSSART.
Je le veux bien.
Voyons, de quoi vous plaignez-vous?
St. VINOT.
Je lui ai demandé un lion d'or , et il me fait une rose au lieu d'un lion.
Mme BROSSART.
Mais ce nest pas sa faute.
M. VINOT
Comment? Il Ta fait exprès , il pouvait bien me faire un lion.
Mme BROSSART.
Non.
M. VINOT
Pourquoi?
Mme BROSSART.
C'est qu'il n'en sait pas faire : il ne sait faire que des roses, et il n'avait que du rouge.
M. BROSSART.
Pourquoi dire cela ?
Mme BROSSART.
C'est que c'est vrai... Ainsi, mon voisin, vous voyez bien qu'il ne pouvait pas mieux faire.
En ce cas-là , il faut qu'il me rende mon vin.
M. BROSSART.
Je suis plus raisonnable que lui , car je veux bien de son vin.
M. VINOT
Parbleu , je le crois bien.
M. BROSSART.
Vous le croyez bien?
M. VINOT
Sans doute.
M. BROSSART.
Mais si je voulais , je vous obligerais à me donner du vin h douze, puisque nous en sommes convenus.
M. VINOT
Convenus?
IMme BROSSART.
C'cst-il vrai?
ai. VINOT.
Mais, comme cela.
M. BROSSART.
Vous n'en avez qu'à dix, vous ne pouvez pas faire mieux, je m'en contente.
C'est bien raisonnable ; soyez de même.
M. VINOT, à madame BrossarL
Je ne demande pas mieux. Ce sera à cause de vous toujours.
M. BROSSART.
Comme vous voudrez.
Mme BROSSART.
Mais , mon mari , c'est fort honnête.
M. BROSSART.
Oui, pour toi.
M. VINOT
C'est à une condition.
M. BROSSART.
Voyons.
M. VINOT
C'est, puisque vous avez fait une rose , que vous effacerez l'écriture du lion d'or.
M. BROSSART.
Mais c'est un changement qui me donnera de la peine.
Mrae BROSSART.
Ah, mon ami! il faut faire cela.
M. BROSSART.
Je le voudrais de tout mon cœur, mais
Pourquoi ne le feriez -vous pas ?
M. BROSSART.
C'est qu'il ne me reste pas de couleur du tout : j'ai euip!o\e tout ce que j'avais.
M. VINGT
Vous n'avez qu'à en acheter.
M. BROSSART.
Ah ! si vous voulez me donner de l'argent pour cela , à la bonne heure.
Mrae BROSSART.
C'est juste.
M. VINOT
Non parbleu ; c'est bien assez de vous avoir donné mon vin. Je vais emporter mon enseigne, et je la ferai corriger
par un autre. (Il prend l'enseigne.)
M. BROSSART.
Comme vous voudrez.
M. VINOT
Adieu , ma voisine.
Mme BROSSART.
Adieu, mon voisin.
M. VINOT
Vous êtes une honnête femme , vous -, mais pour votre mari
M. BROSSART.
Allons , allons , je crois que nous n'avons rien à nous reprocher , monsieur Vinot.
(Ils s'en vont.)