M DE LOUREVILLE, M. PASTOUREAU, BÉRY
EERY , annonçant.
M. Pastoureau.
M. PASTOUREAU
Monsieur, ces messieurs m'ont dit qu'ils avaient eu l'honneur de vous parler de moi , et que vous aviez eu la bonté de leur dire que vous verriez volontiers mon poème. .
M. DE LOUREVILLE.
Ah ! oui , je me rappelle : c'est un opéra-ballet?
M. PASTOUREAU
Oui , monsieur, c'est Jupiter et Léda.
M. DE LOUREVILLE.
Jupiter et Léda?.... Ah, monsieur! c'est une chose bien difficile à faire qu'un opéra. Asseyez-vous donc.
M. PASTOUREAU
Monsieur, je serai charmé que vous vouliez bien me donner vos conseils ; je les suivrai avec grand plaisir.
M. DE LOUREVILLE.
J'ai toujours été épouvanté de cette entreprise; c'est ce qui fait que je n'ai jamais osé la tenter : je sais bien tous les moyens qu'il faut employer pour réussir, et bien des auteurs m'ont eu l'obligation de leurs succès, mais c'est après bien dn travail.
M. PASTOUREAU
J'espère, monsieur, que vous voudrez bien avoir les mêmes bontés pour moi.
M. DE LOUREVILLE.
Oui-dà , voyons , voyons votre poëme.
M. PASTOUREAU
Voici, monsieur, comme je commence. Je veux d'abord une ouverture analogue au premier acte.
et l'amateur. 283
Monsieur) ce n'est pas cela , ce n'est pas cela.
M. PASTOUREAU
Mais je vous demande pardon ; je veux une musique douce, laquelle peigne le repos , l'ennui même , s'il estpossiblc. Je ne veux que des flûtes très-adoucies
M. DE LOUREVILLE.
Vous voyez bien que vous voilà tout-à-fait hors des principes.
M, PASTOUREAU
Comment , monsieur, je ne peux pas commencer par des flûtes?
Bl. DE LOUREVILLE.
Non, monsieur, gardèz-vous-en bien ; vous ne trouveriez pas de musicien qui voulût se charger de mettre votre poème en musique , et il aurait raison.
M. PASTOUREAU
Pourquoi donc cela?
M. DE LOUREVILLE.
Rien n'est plus aisé à comprendre. Avec des flûtes , où serait le premier coup d'archet?
M. PASTOUREAU
Mais le premier coup d'archet....
M. DE LOUREVILLE.
Ne saurait se retrancher. Non, monsieur, vous n'y êtes pas.
M. PASTOUREAU
Eh bien , monsieur, voyez toujours le plan de mon poème.
Monsieur, monsieur, vous aurez de la peine....
M. PASTOUREAU
Lorsqu'on lèvera la toile, on verra l'Olympe assemblé , les grâces, les jeux et les ris dansants dans une gloire; Jupiter baille ; Neptune vient parler à Jupiter, qui se réveille : Junon est inquiète ; les grâces , les ris et les jeux disparaissent . et suivent Jupiter. La jalousie s'offre à Junon, et elle la suit.
284 l'auteur
M. DE LOUREVILLE.
Eli , monsieur, vous n'y êles pas , ce n'est pas cela , ce n'est pas cela.
M. PASTOUREAU
Quoi, monsieur, vous n'êtes pas enchanté de cet acte-là?
M. DE LOUREVILLE.
Non , monsieur, l'acte du ciel n'est jamais le premier; vous n'y êtes pas .
M. PASTOUREAU
Mais, monsieur, cela fait une espèce de prologue; il me semble qu'on ne peut pas mieux commencer.
M. DE LOUREVILLE.
Oh ! non , ce n'est pas cela ; il faudrait. ...
M. PASTOUREAU
Ah , monsieur, dites !
Non, non, voyons la suite.
M. PASTOUREAU
La décoration représente un bocage au bord de la mer. Léda paraît, suivie des nymphes , qui dansent pour l'amuser; mais Léda , après avoir reçu leur hommage , leur ordonne de s'éloigner. Elle confie son amour pour le Triton Glaucus , à Corinne, son amie. La mer s'agite, elle espère qu'elle va voir son amant; il paraît un cygne qui s'approche d'elle. Elle le croit envoyé par Glaucus ; elle le caresse , et elle est entourée d'un nuage épais , dans lequel elle est enlevée. Les nymphes se réunissent pour plaindre Léda ; chœur de plaintes qui attirent Glaucus et lui apprennent son malheur. Il va implorer Neptune .
M. DE LOUREVILLE.
Mais , monsieur, un moment; vous voyez bien que vous n'y êtes pas.
M. PASTOUREAU
Comment , monsieur ?
M. DE LOUREVILLE.
Votre acte ne finit pas par un ballet ; je n'approuve point cela.
M. PASTOUREAU
Mais, cependant à présent
M. DE LOUREVILLE.
Je le sais bien ; et puis Glaucus n'a pas un entretien avec Léda.
M. PASTOUREAU
Il n'en aura point, monsieur.
Il n'en aura point?
M. PASTOUREAU
Non, monsieur, je ne veux point de récitatif, ni de scène.
M. DE LOUREVILLE.
Vous n'en voulez point?
M. PASTOUREAU
Non, monsieur $ tout est en action.
M. DE LOUREVILLE.
Vous ne réussirez pas, monsieur j ce n'est pas cela.
M. PASTOUREAU
Voyez jusqu'au bout.
M. DE LOUREVILLE.
Je vous attends à l'enfer.
M, PASTOUREAU
Je n'ai point d'enfer.
M. DE LOUREVILLE.
Point d'enfer ! point d'enfer ! Et vous faites un opéra?
M. PASTOUREAU
Oui , monsieur.
M. DE LOUREVILLE.
Mais, monsieur, il faut des oppositions.
Je ne dis pas le contraire.