M. DE LOURE VILLE
J'entends bien 5 mais
Ne veux-tu régner dans mon cœur.
Vous n'y êtes pas.
Dans mon cœur ne veux-tu régner....
M. PASTOUREAU
Comme cela vous ne rimeriez plus à
M. DE LOUREVILLE.
Comment, je ne rimerais plus?
M. PASTOUREAU
Non, monsieur.
M. DE LOUREVILLE.
Pourquoi cela, monsieur?
M. PASTOUREAU
Parce que le premier vers dit :
Cruel destin , suspends ta rigueur.
Oui, mais le second.
M. PASTOUREAU
Le second est :
Charmant amour, dont je chéris la flamme.
M. DE LOUREVILLE.'
Oui , oui , vous avez raison , laissons ,
Ne veux-tu régner dans mon cœur....
M. PASTOUREAU
Que pour troubler mon Ame?
M. DE LOUREVILLE.
Non pas , s'il vous plaît 5 je ne veux pas de ce vers-là. Vous me trouvez difficile....
ET LAM1TEUR. 2q5
M. PASTOUREAU
Monsieur, je ne dis pas....
M. DE LOUREVILLE.
Mais je ne vous passerai pas cela. Je veux absolument que vous disiez....
M. PASTOUREAU
Voyons, monsieur, je m'en rapporte entièrement à vous.
M. DE LOUREVILLE.
Vous allez voir, vous allez voir. J'ai une idée. Dites-moi une rime à flamme. . .. Non , je le tiens.
Ne veux-tu régner dans mon cœur....
Dans mon cœur....
Eh , mon dieu!....
Dans mon cœur....
M. PASTOUREAU
Que pour troubler mon âme?
M. DE LOUREVILLE.
Que pour?
M. PASTOUREAU
Troubler mon âme?
M. DE LOUREVILLE.
Troubler mon âme?
N'est pas mal.
Que pour troubler mon âme?
J'en suis très- content! Vous voyez bien qu'à force de chercher on trouve.
Que pour troubler mon âme?
Le voilà , il faut l'écrire.
M. PASTOUREAU
Mais c'est écrit ; voilà comme il était fait.
M. DE LOUREVILLE.
Oui? (il lit.) Ah! c'est vrai. Cela ne fait rien. Je suis trèscontent à présent de ce monologue.
2y4- l'auteur et l'amateur.
Monsieur, j'espère que pir la suite , aidé de vos lumières...
M. DE LOUREVILLE.
Vous y pouvez compter ; je me ferai uu plaisir de vous dire naturellement ce que je pense.
M. PASTOUREAU
Je vous en serai très-obligé.
M. DE LOUREVILLE.
II n'v a que ce moyen-là de former les jeunes gens. Ali çà, je suis très-aise d'avoir fait connaissance avec vous.
M. PASTOUREAU
C'est moi , monsieur....
M. DE LOUREVILLE.
Je verrai ces messieurs ; mais dites-leur toujours que je suis très-content de votre poème , parce qu'avec les petites corrections que j'y ferai comme cela , je compte qu'il ira.
M. PASTOUREAU
Monsieur, je le leur dirai; et si vous me le permettez, quelquefois j'aurai l'honneur....
M. DE LOUREVILLE.
Oui, le matin surtout, parce qu'on travaille mieux. Adieu, monsieur Pastoureau. Charmé de vous avoir vu.
M. PASTOUREAU
Où allez-vous donc , monsieur?
M. DE LOUREVILLE.
Adieu. Je passe de l'autre côté, puisque vous le voulez.