‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 128 sur 236 · M»« DE RUPERT, M. DU BOULOIR · texte numérisé non relu

M»« DE RUPERT, M. DU BOULOIR

Mme DE RUPERT.

Je ne sais, monsieur, si j'ai l'honneur d'être connue de vous?

M. DU BOULOIR.

Oui, madame, sûrement, j'ai cet honueur-Ià. Voulezvous bien vous asseoir?

Mme DE RUPFRT, s'asseyant.

Monsieur, je n'entends point du tout les affaires; j'ai trèspeu de bien, je suis une pauvre veuve, bien à plaindre; te peu que j'avais , mon mari l'a mangé.

M. DU EOULOIR.

C'est très-faebeux, madame, il ne fallait pas y consentir. Pour une femme raisonnable comme vous, il est donnant que vous ne l'ayez pas empêché.

Mme DE RUPERT.

Monsieur, il est vrai, je l'aurais dû; mais un mari que l'on aime est toujours le maître. Je lui avais apporte eu mariage deux, cent mille francs.

m. du vouloir.

Et il ne vous reste plus rien ?

Mme DE RUPERT.

Monsieur, je n'ai eu ni mes reprises , ui mon douaire , et je suis réduite à vivre de très -peu de chose.

LA VEUVE AVARE. 5o5

M. DU BOULOIR.

Mais il n'était pas dissipateur?

Mme DE RUPERT.

Monsieur, non ; du moins on ne le croyait pas ; et il est vrai que ce n'est pas le luxe qui nous a ruin; s , niais de mauvaises affaires qu'H a faites toute sa vie , parce qu'il n'y entendait rien , et qu il a toujours été trompé par des fripons.

M. DU EOULOIR.

C'est très-malheureux.

Mme DE RUPERT.

Sa dernière passion , qui a achevé de nous ruiner, a été sa chimie. On lui avait fait accroire qu'il ferait de l'or, et Ton a mangé tout ce qu'il avait en opérations réitérées ; et quand on a vu quil n'avait plus rien, on Ta abandonné.

M. DU BOULOIR.

Que vous reste-t-il donc?

Mme DE RUPERT.

Environ deux mille francs de rente viagère ; et voyez , monsieur, comment avec cela répondre à un neveu qui prétend que son oncle est fort riche. On dit qu'il va arriver. Je n'entends point les affaires , et je suis très-inquiète.

M. DU BOULOIR.

Mais le bieu de votre mari était en contrats , en terres sans doute , ainsi que le vôtre?

Mme DE RUPERT.

Oui , monsieur • mais tout cela a été vendu.

M. DU BOULOIR.

S'il ne reste rien en nature absolument , son neveu ne peut rien avoir.

Mrae DE RUPERT.

Non?

Sûrement.

On m'avait dit.

M. DU BOULOIR.

Mme DE RUPERT.

3o6 LA VEUVE AVARE.

M. DU BOULOIR.

Sur quoi voulez-vous qu'il vous attaque, si vous êtes en règle? Si vous avez fait un inventaire , vous le lui présenterez; et s'il veut se porter héritier, il faudra qu'il commence par vous donner tout ce qui vous revient.

Mme DE EUPERT.

Vous avez bien de la bonté de me tranquilliser; mais ne me fera-l-il pas des frais toujours? S'il va me faire un procès sur ce qu'il me croit plus riche que je ne suis?

M. DU BOULOIR.

Quand il le gagnerait , si vous n'avez rien , il n'aura rien.

Mme DE RUPERT.

En ce cas-là je ne le crains pas.

M. DU BOULOIR.

Et VOUS avez raison. (Ilfrappedu pied.) Mme DE RUPERT.

Monsieur, je vous ai bien de l'obligation dem'avoir tranquillisée. Je sens que j'ai bien fait de venir vous consulter.

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