SCENE VI
M. DE SAINT-FIRMIN, PAULINE
PAULINE, se retournant, et ne voyant plus que delà paille,
O Dieu ! voilà donc tout ce qui nous reste pour meubles et pour aliment!
M. DE SAINT-FIRMIN
Chère Pauline , que dis-tu?
Mes forces m'abandonnent ; les derniers efforts du courage
épuisent ma Constance. (Elle tombe sur la paille, et elle s'évanouit dans les bras de M. de Saint-Firmin.}
M. DE SAINT- FI RMIN
Elle perd connaissance! Malheureux que je suis! Pauline, nia chère Pauline, attends encore, ne meurs pas sans moi! Quel affreux moment! et quel secours lui donner! (il tire un flacon de sa poche. Pauline fait un mouvement sans reveuii tout-à-fait. M. de Sainl- Firmiu regarde l'or de la garniture du flacon avec une espèce de joie.) IVluiS ,
Dieu! que vois-je? Est-ce vous qui m'inspirez? L'or de ce flacon m'oflre-t-il une ressource? Il est peut-être temps encore, (il P^r-
teuneseconHefoisleflacon au nez de Paulii.e.j PaU-IUL'. (Elle se ranime , regarde autour d'elle, et elle est près de retomber ) Ma chère Pauline , rappelle
ton courage ; l'espoir renaît dans mon ame ; h a te- toi de le partager. (Elle se relève et s'appuie sur M. de S.unl-Fnniin.) PAUL1NF.
Hélas ! d'où peut-il te venir, après ce eue nous avons perdu?
M. DE SAINT-FIRMIN
Tu le sauras ; le temps me presse.
PAULINE
Explique-toi.
M. DE SAINT-FIRMIN
Permets que je te quitte , et sois sans crainte ; je ne peux ni vivre ni mourir sans toi.
Je ne crains pas que tu m'abandonnes.
M. DE SAINT-FIRMIN
Pourquoi donc prononcer ce mot? Mais ne me retiens
pas davantage. Adieu, (ils en va.)
PAULINE
Ociel!
M. DE SAINT-FIRMIN, revenant.
Écoute. Voilà le signe où tu reconnaîtras si notre malheur s'adoucit. Si tu me vois revenir eu carrosse, v< nîant perdre moins de temps pour te rejoindre , rassure- toi , et jette dans la rivière qui passe sous cette fenêtre, cette paile, image affreuse de notre misère ; qu'il ne nous reste pius rien qui nous la retrace. Adieu.
ma luel lieux. 067
PAULINE
Je t'obéirai; mai$ à quelles inquiétudes me iaisses-tu eu proie !
M. DE SAINT-FIRMIN
Je pourrais perdre l'instant favorable. Laisse-moi aller, je te prie.
PAULINE
Va donc. Puisse le ciel favoriser tes desseins!