LE BARON, LE COMTE
LE COMTE
Ab , Baron ! tu ne saurais concevoir tout ce que j'éprouve en me retrouvant ici.
3j8 LE SUISSE DE PORTE
LE BARON. Je le crois , puisque tu aimes encore la Marquise.
LE COMTE
Et elle ne veut pas consentir à me voir !
Il est vrai ; mais je ne saurais croire qu'elle ait cessé de t'aimer. Il est vrai que toutes les fois que je lui ai parlé de toi, elle m'a fait taire , ou elle ne m'a jamais écouté sans une espèce d'indignation.
LE COMTE
Je ne puis la blâmer 5 mais le temps doit tout adoucir.
Je ne saurais te rien faire espérer encore , et je crains que l'épreuve que tu veux faire ne te réussisse pas.
LE COMTE
Je le crains comme toi ; mais je n'ai point d'autre ressource que celle de tomber à ses pieds. Si elle me rebute, je me retire pour jamais dans mes terres de Dauphiné ; oui ? je pars dans l'instant.
Je te demande au moins huit jours.
LE COMTE
Que n'ai-je pas fait pour expier ma faute? Hélas , tu le sais. Combien de fois ne me suis-je pas présenté à sa porte , que de lettres elle m'a renvoyées sans vouloir les lire !
Tout cela devait être.
Et pourquoi?
Comment veux-tu qu'après une rupture aussi éclatante elle puisse te recevoir? après avoir donné ton portrait à son suisse, afin qu'il ne s'y trompe pas , et qu'il ne te laisse plus entrer?
LE COMTE
Peux-tu me rappeler ce comble d'humiliation?
ET LE PORTRAIT. 3j9
Il est vrai que ce même suisse a été renvoyé depuis un mois, et que sans cela tu ne serais pas entré ici aujourd'hui , que même tu ne l'aurais pas essayé.
LE COMTE
Non sûrement.
Je vais donc parler à la Marquise encore en ta faveur : cache-toi , et si tu trouves un instant où tu puisses espérer de la toucher, tu feras tout ce que tu voudras , je te seconderai autant qu'il me sera possible.
LE COMTE
Je te devrai le bonheur de ma vie.
Entre dans ce cabinet -, aussi bien j'entends quelqu'un , et
c'est peut-être elle. (Le comte entre dans le cabinet.)