LA MARQUISE, LE BARON, LE COMTE
Madame, le suisse n'a pas tort, il aurait connu le Comte autrefois , qu'il aurait pu ne pas le reconnaître aujourd'hui.
LE COMTE
Non, madame, je ne su^ plus le même, mes remords m'ont bien changé , mon cœur n'a jamais cessé de vous adorer ; au milieu de mon égarement je me suis abhorré moimême , les premiers reproches que j'ai éprouvés ce sont les miens. Je mérite une haine éternelle , mais si vous m'avez aimé
LA MARQUISE
Pse prononcez pas ce mot là.
LE COMTE
Le malheur peut nous entraîner une fois ; mais après cela, le flambeau de la raison vous répond de la conduite du reste de la vie. Qui n'a rien éprouvé ne saurait répondre de soi.
LA MARQUISE
Et si vous m'aviez véritablement aimée , comment auriezvous pu consentir à me trahir?
LE COMTE
Je vous l'ai dit, madame , mon cœur n'a point eu de part à ce délire : oubliez cette faute , c'est toute la grâce que je vous demande ; si je continue à être privé de voire estime, je ne réponds pas de mon désespoir.
384 LE SUJSSE DE PORTE
LA MARQUISE
Dépend-il de moi de vous la rendre? la contrariété peut irriter votre amour et vous faire croire que vous ne seriez plus coupable ; voilà tout le changement qui s'est fait en vous.
LE COMTE
Ah , madame ; ne croyez pas
LA MARQUISE
Je sais sur quoi je pourrai compter.
Madame, je réponds de lui.
LA MARQUISE
Eh , croyez-vous , si Ton pouvait répondre des hommes , que j'aurais besoin de caution dans ce moment-ci. Reprenez
Ce portrait, Comte. (Elle le lui donne.)
LE COMTE
Comment, madame?
LA MARQUISE
L'image du bonheur m'avait trompée. Puisse celle du repentir que je vois dans cet instant , ne m'abuser jamais !
LE COMTE
Qu'entends je?....
LA MARQUISE
Je viens de chasser mon suisse , je veux que vous le repreniez.
LE COMTE
Je ne sais que penser
LA MARQUISE
Ce ne sera plus à vous que je m'en prendrai s'il vous arrive une seconde fois
LE COMTE
Bannissez pour jamais cette pensée.
LA MARQUISE
Ce sera à moi , à ma faiblesse, à mon amour, que tous vos torts n'ont pu détruire.