SCENE II
M. DUBUT, DAME JAQUELIÏNE.
DAME JAQUELINE
Qu'est-ce que vous voulez, monsieur l'Avocat?
Donnez-moi mes souliers.
DAME JAQUELINE
Quoi, vous voulez sortir? il ne fait pas trop beau.
M. DUBUT
Cela ne fait rien.
DAME JAQUELINE, donnant les souliers
Les voilà, ils sont tout prêts.
M. DUBUT
Et mon habit, ma perruque? (Il se chausse.)
DAME JAQUELINE
Tout est ici. Mais pourquoi ne pas rester chez vous plutôt ?
M. DUBUT
Parce que je veux m 'aller promener un peu , pour me dr lasser de mon travail.
DAME JAQUELINE
De votre travail, et pourquoi tant travailler?
H. DUBUT
Il faut bien être utile au public, tant qu'on le peut.
DAME JAQUELINE
Et vous vous tuez presque toujours pour rien • à votre place je ne travaillerais que pour ceux qui nie payeraient bien.
Mais, dame Jaqueline, il faut aider les malbeureuxqui n'ont pas de quoi.
DAME JAQUELINE
Oui ceux-là; mais il vous vient tous les jours des paysans qui font les pauvres, pour ne vous rien donner, et vous êtes la dupe de cela, vous.
M. DUBUT
On n'est jamais dupe en faisant le bien.
DAME JAQUELINE
C'est peut-être beau ce que vous dites là; mais cela ne rapporte rien. Pourquoi ne pas faire comme vos confrères? Toutes les fois qu'on vient les consulter , ils attrapent toujours quelque cbose, pied ou aile, n'importe, et voilà comme on fait une bonne maison.
M. DUBUT
Mais j'ai assez de bien pour moi.
DAME JAQUELINE
On n'eu a jamais trop ; il faut amasser, on ne sait pas ce qui peut arriTer.
M. DUBUT
Il ne faut pas se méfier de la Providence , dame Jaqueline.
DAME JAQUELINE
Je sais bien qu'on dit cela ; mais il ne faut pas refuser non plus ce qu'elle nous envoie; il ne faut pas jeter à ses pieds ce qu'on tient dans ses mains.
Oui, oui, vous avez raison. Donnez-moi mon habit.
DAME JAQUELINE
Le voilà, le voilà. Vous ne ferez rien de tout ce que je vous dis là?
M. DUBUT mettant son habit.
Si, si , ne vous embarrassez pas. Ma cravate.
DAME JAQUELINE
La voilà. Dame, c'est que si vous vouliez y penser, je vous ferais faire meilleure chère.
M. DUBUT
Si c'était aux dépens du pauvre, cela ne vaudrait pas la peine.
DAME JAQUELINE
Du pauvre? non pas du pauvre, mais de ceux à qui vous faites gagner des procès.
M. DUBUT
Il leur CU COÛte toujours assez. (U met sa cravate.) DAME JAQUELINE.
Oui, voilà comme vous êtes; vous nen ferez rien.
M. DUBUT
Je vous dis que si.
DAME JAQUELINE
Mais quand?
Nous verrons.
DAME JAQUELINE
Oui, oui, nous verrons.
M. DUBUT
Ma perruque?
DAME JAQUELINE
La voilà. Promettez-moi donc.
M. DUBUT
Hé bien, je vous le promets, (il met sa perruque .) Ma canne, mon chapeau.
DAME JAQUELINE
Je vous le promets, je vous le promets! Je crains bien que ce ne soit à beau prêcher qui n'a cœur de bien faire. Où allez-vous?
M. DUBUT
Sur la place, savoir s'il y a quelques nouvelles.
DAME JAQUELINE
Revenez bientôt, et n'allez pas vous enrhumer toujours.
M. DUBUT
3Non, non. S'il vient quelqu'un, faites attendre, je ne serai pas long-temps.