‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 187 sur 236 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M. DUBUT, DAME JAQUELIÏNE.

DAME JAQUELINE

Qu'est-ce que vous voulez, monsieur l'Avocat?

Donnez-moi mes souliers.

DAME JAQUELINE

Quoi, vous voulez sortir? il ne fait pas trop beau.

M. DUBUT

Cela ne fait rien.

DAME JAQUELINE, donnant les souliers

Les voilà, ils sont tout prêts.

M. DUBUT

Et mon habit, ma perruque? (Il se chausse.)

DAME JAQUELINE

Tout est ici. Mais pourquoi ne pas rester chez vous plutôt ?

M. DUBUT

Parce que je veux m 'aller promener un peu , pour me dr lasser de mon travail.

DAME JAQUELINE

De votre travail, et pourquoi tant travailler?

H. DUBUT

Il faut bien être utile au public, tant qu'on le peut.

DAME JAQUELINE

Et vous vous tuez presque toujours pour rien • à votre place je ne travaillerais que pour ceux qui nie payeraient bien.

Mais, dame Jaqueline, il faut aider les malbeureuxqui n'ont pas de quoi.

DAME JAQUELINE

Oui ceux-là; mais il vous vient tous les jours des paysans qui font les pauvres, pour ne vous rien donner, et vous êtes la dupe de cela, vous.

M. DUBUT

On n'est jamais dupe en faisant le bien.

DAME JAQUELINE

C'est peut-être beau ce que vous dites là; mais cela ne rapporte rien. Pourquoi ne pas faire comme vos confrères? Toutes les fois qu'on vient les consulter , ils attrapent toujours quelque cbose, pied ou aile, n'importe, et voilà comme on fait une bonne maison.

M. DUBUT

Mais j'ai assez de bien pour moi.

DAME JAQUELINE

On n'eu a jamais trop ; il faut amasser, on ne sait pas ce qui peut arriTer.

M. DUBUT

Il ne faut pas se méfier de la Providence , dame Jaqueline.

DAME JAQUELINE

Je sais bien qu'on dit cela ; mais il ne faut pas refuser non plus ce qu'elle nous envoie; il ne faut pas jeter à ses pieds ce qu'on tient dans ses mains.

Oui, oui, vous avez raison. Donnez-moi mon habit.

DAME JAQUELINE

Le voilà, le voilà. Vous ne ferez rien de tout ce que je vous dis là?

M. DUBUT mettant son habit.

Si, si , ne vous embarrassez pas. Ma cravate.

DAME JAQUELINE

La voilà. Dame, c'est que si vous vouliez y penser, je vous ferais faire meilleure chère.

M. DUBUT

Si c'était aux dépens du pauvre, cela ne vaudrait pas la peine.

DAME JAQUELINE

Du pauvre? non pas du pauvre, mais de ceux à qui vous faites gagner des procès.

M. DUBUT

Il leur CU COÛte toujours assez. (U met sa cravate.) DAME JAQUELINE.

Oui, voilà comme vous êtes; vous nen ferez rien.

M. DUBUT

Je vous dis que si.

DAME JAQUELINE

Mais quand?

Nous verrons.

DAME JAQUELINE

Oui, oui, nous verrons.

M. DUBUT

Ma perruque?

DAME JAQUELINE

La voilà. Promettez-moi donc.

M. DUBUT

Hé bien, je vous le promets, (il met sa perruque .) Ma canne, mon chapeau.

DAME JAQUELINE

Je vous le promets, je vous le promets! Je crains bien que ce ne soit à beau prêcher qui n'a cœur de bien faire. Où allez-vous?

M. DUBUT

Sur la place, savoir s'il y a quelques nouvelles.

DAME JAQUELINE

Revenez bientôt, et n'allez pas vous enrhumer toujours.

M. DUBUT

3Non, non. S'il vient quelqu'un, faites attendre, je ne serai pas long-temps.

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