GROS-PIERRE, VINCENT
VINCENT
Eh , dis donc , Gros-Pierre , est-ce que tu as un procès?
GROS-PIERRE
Non, mais je veux en faire un à la veuve Mignot; tu sais bian qu'aile a un pré tout près du nôtre?
VINCENT
Oui j mais ça n'est pas bian de vouloir l'avoir.
GROS-PIERRE
Et son père n'a-t-il pas eu comme ça un quartier de nos
vignes?
VINCENT
Mais c'est différent.
Je le sais bien ; mais si monsieur l'avocat me le conseille?
VINCENT
Il ne te conseillera pas de dépouiller une veuve.
GROS-PIERRE
Une veuve ne me fait pas plus de pitié qu'une autre ; aile n'a qu'à se remarier, aile ne sera plus veuve.
VINCENT
C'est vrai ça ; mais il ne faut pas prendre le bian de son voisin.
GROS-PIERRE
Je ne le prendrai pas non p:us , c'est la justice qui me le donnera.
VINCENT
Mais aile ne serait plus une justice dans ce cas-là.
GROS-PIERRE
Mais n'est-ce pas les avocats et ies procureur , qui font la justice? hé bien , est-ce qu'ils ne pouvont pas vous laire avoir le bian que vous voulez?
VINCENT
Dame , je ne savons pas.
GROS-PIERRE
Il ne faut donc pas parler. Enfin je veux que monsieur l'avocat me baille cet avis-là, vois-tu; et s'il me ie baille , je lui baillerai un lièvre que j'ai apporté par exprès pour cela. Mais s'il me baille un autre avis , il n'aura pas le lièvre , et je le mangerons, nous. Je le vois qui vient, je crois. Oui, c'est lui-même.
Je ne sais plus que te conseiller à présent.
/ GROS-PIERRE
Oh , laisse-moi faire ; tu vas voir, tu vas voir.
LE LIÈVRE. 4l7