DUBUT
Mais , Gros-Pierre , cela n'est pas bien de vouloir avoir eomme cela l'héritage de son voisin.
GROS -PIERRE
Je savons bien qu'on dira cela, mais si la justice nie le ({(inné , qu'est-ce qu'il y aura à dire?
M. DUEUT.
La justice ne te le donnera pas.
GHOS-PFERRE.
Pardonnez-moi, il n'y a qu à embrouiller tout cela de façon que cela finisse comme je le voulons ; vous comprenez bian ? monsieur l'avocat.
M. DUBUT
Je ne te conseillerai jamais d'intenter un procès injuste.
Mais pourquoi?
M. DUBUT
Parce qu'il faut être honnête homme d'abord.
GROS-PIERRE
Mais de tous les gens qui ont des procès , il y en a toujours un qui perd.
M. DUBUT
Sans doute.
GROS-PIERRE
Hé bien , si la veuve Mignot perd , c'est tout ce que je veux.
M. DUBUT
Oui ; mais si tu perds toi , comme cela arrivera , tu paieras les tra.s et tu diras que je t'ai mal conseillé.
GROS-PIERRE
Je dirai je dirai que vous n'avez pas bian embrouillé
l'affaire comme je le voulais, parce que je suis sûr qu'on pourrait me faire avoir ce pré-là.
M. DUBUT
Mais je te dis que la loi est contre toi.
GROS-PIERRE
Mais il n'y a qu'à la retourner, elle sera pour moi.
M. DUBUT
Tu n'y entends rien , je ne te veux pas embarquer dans une mauvaise affaire: je crois que c'est te donner uu bon conseil,
Oui , un bon conseil qui ne rapporte rien ; à quoi est-il bon?
M. DUBUT
À empêcher qu'on ne le mange inutilement.
GROS-PIERRE
Voilà donc votre dernier mot, monsieur l'avocat?
M. DUBUT
Oui, et celui que tu dois suivre.
GROS-PIERRE
Si vous aviez voulu , vous auriez pu m'en donner un autre; tant pis pour vous .
M. DUBUT
Je ne veux pas te tromper. Jusqu'à présent ne t'ai-je pas bien conduit dans tes affaires?
GROS-PIERRE
Cela est vrai.
M. DUBUT
Eh bien , de quoi te plains -tu?
GROS-PIERRE
Oh de rien. Vous n'avez rien à mander chez nous , monsieur l'avocat?
M. DUBUT
Non, non, mon ami. Porte-toi bien .
Je vous baille bian le bonjour.