M. DEBUT, DAME JAQUELINE , GROS-PIERRE , VINCENT
Tenez , monsieur l'avocat, le voilà Gros-Pierre; il n'était pas encore parti.
GROS-PIERRE
Est-ce que vous avez quelque chose à me dire, monsieur l'avocat?
M. DUBUT
Eh, oui vraiment, j'ai songé à ton affaire, et j'ai trouvé
GROS-PIERRE
Quoi, monsieur l'avocat?
M. DUBUT
Que tu pourrais hien
GROS -PIERRE
Avoir mon pré?
M, DUBUT
Oui, s'il n'y a jamais eu de haie qui ait séparé ces deux héritages.
GROS-PIERRE
Non , monsieur l'avocat , je suis bien sûr qu'il n'y en a jamais eu , parce que le tout appartenait au même maître ; c'est pourquoi je pourrions demander ce qui est à la veuve Mignot, mon pre étant plus grand que le sien.
M. DUBUT
Le tien est plus grand?
Oui.
M. DUBUT
Il n'y a plus de difficultés.
GROS-PIERRE
Tout de bon, monsieur l'avocat, vous le croyez?
M. DUBUT
Sans doute, et le procès se gagnera , parce que le fort emporte le faible.
GROS-PIERRE
C'est vrai, cela ; vous êtes un bian babile homme.
M. DUBUT
On ne voit pas tout d un coup ie pour et le contre.
GROS-PIERRE
Vincent, je t'avais bian dit que ma cause était bonne : tu n'entends rien aux affaires, toi.
VINCENT
Eh bian , je ne le crois pas encore.
GROS-PIERRE
Tu es bian obstiné J tu ne mangeras pas de mon lièvre ; car je m'en vais le donner à monsieur l'avocat.
DAME JAQUELINE
Qu'est-ce que vous dites, Gros-Pierre?
GROS-PIERRE
Je dis que je donne ce lièvre à monsieur l'avocat. Prenez-le, dame Jaqueline . (Il Je lui dounc.)
DAME JAQUELINE
Donnez, donnez. (Elle l'emporte, puis elle revient^
LE LIÈVRE. l\2$
M. DUBUT
Ah cà , écoutez-moi, Gros-Pierre; je vois que vous aimez les bous conseils.
GROS-PIERRE
Eh pardi, je vous le demande? Il n'y a que ceux-là.
M. DUBUT
C'est donc ceux-là qu'il faut payer, et non pas les autres.
GROS-PIERRE
C'est ce que je vous disons.
M. DUBUT
Eh bien , c'est le premier que je vous ai donné qui était le bon et non pas le second.
GROS -PIERRE
Quoi! ceiui de ne pas plaider.
M. DUBUT
Sans doute.
GROS-PIERRE
Quoi , le plus fort. . . .
M. DUBUT
Est souvent le plus injuste.
Mais l'adresse, l'habileté, la ruse
M. DUBUT
Fait des dupes.
VINCENT
Je te l'avais bian dit , Gros-Pierre.
GROS-PTERRE.
Tais-toi.
DAME JAQUFLINE.
Si in ne t'étais pas moqué de moi tantôt avec ton lièvre, nous ne nous moquerions pas de toi à présent.
GROS-PIERRE
Je parie que c'est vous , dame Jaqueline . qui avez couseillé à monsieur l'avocat de me faire ce tour-là?
DAME JAQUELINE
Eh bien , c'est vrai , Gros-Pierre.
M. DUBUT
Tu en es quitte à meilleur marché que si tu plaidais.
GROS-PIERRE
Oh , je n'en suis pas fâché à cause de vous , mais à cause délie.
Moi , j'en suis Lien aise , parce que tu n'as pas voulu me croire, Allons , allons-nous-en.
M. DUBUT
Adieu, mes amis , votre serviteur.
GROS-PIERRE
Adieu , monsieur l'avocat , je ne croirons plus jamais que votre première parole.
(Us sortent.)
DAME JAQUELINE
Vous voyez bien que j'avais raison, monsieur l'avocat?
M. DUBUT
Oni; mais vous m'avez fait mentir, je n'aime pas cela. Allons souper.
(Us sortent.)