‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 198 sur 236 · M. DEBUT, DAME JAQUELINE , GROS-PIERRE , VINCENT · texte numérisé non relu

M. DEBUT, DAME JAQUELINE , GROS-PIERRE , VINCENT

Tenez , monsieur l'avocat, le voilà Gros-Pierre; il n'était pas encore parti.

GROS-PIERRE

Est-ce que vous avez quelque chose à me dire, monsieur l'avocat?

M. DUBUT

Eh, oui vraiment, j'ai songé à ton affaire, et j'ai trouvé

GROS-PIERRE

Quoi, monsieur l'avocat?

M. DUBUT

Que tu pourrais hien

GROS -PIERRE

Avoir mon pré?

M, DUBUT

Oui, s'il n'y a jamais eu de haie qui ait séparé ces deux héritages.

GROS-PIERRE

Non , monsieur l'avocat , je suis bien sûr qu'il n'y en a jamais eu , parce que le tout appartenait au même maître ; c'est pourquoi je pourrions demander ce qui est à la veuve Mignot, mon pre étant plus grand que le sien.

M. DUBUT

Le tien est plus grand?

Oui.

M. DUBUT

Il n'y a plus de difficultés.

GROS-PIERRE

Tout de bon, monsieur l'avocat, vous le croyez?

M. DUBUT

Sans doute, et le procès se gagnera , parce que le fort emporte le faible.

GROS-PIERRE

C'est vrai, cela ; vous êtes un bian babile homme.

M. DUBUT

On ne voit pas tout d un coup ie pour et le contre.

GROS-PIERRE

Vincent, je t'avais bian dit que ma cause était bonne : tu n'entends rien aux affaires, toi.

VINCENT

Eh bian , je ne le crois pas encore.

GROS-PIERRE

Tu es bian obstiné J tu ne mangeras pas de mon lièvre ; car je m'en vais le donner à monsieur l'avocat.

DAME JAQUELINE

Qu'est-ce que vous dites, Gros-Pierre?

GROS-PIERRE

Je dis que je donne ce lièvre à monsieur l'avocat. Prenez-le, dame Jaqueline . (Il Je lui dounc.)

DAME JAQUELINE

Donnez, donnez. (Elle l'emporte, puis elle revient^

LE LIÈVRE. l\2$

M. DUBUT

Ah cà , écoutez-moi, Gros-Pierre; je vois que vous aimez les bous conseils.

GROS-PIERRE

Eh pardi, je vous le demande? Il n'y a que ceux-là.

M. DUBUT

C'est donc ceux-là qu'il faut payer, et non pas les autres.

GROS-PIERRE

C'est ce que je vous disons.

M. DUBUT

Eh bien , c'est le premier que je vous ai donné qui était le bon et non pas le second.

GROS -PIERRE

Quoi! ceiui de ne pas plaider.

M. DUBUT

Sans doute.

GROS-PIERRE

Quoi , le plus fort. . . .

M. DUBUT

Est souvent le plus injuste.

Mais l'adresse, l'habileté, la ruse

M. DUBUT

Fait des dupes.

VINCENT

Je te l'avais bian dit , Gros-Pierre.

GROS-PTERRE.

Tais-toi.

DAME JAQUFLINE.

Si in ne t'étais pas moqué de moi tantôt avec ton lièvre, nous ne nous moquerions pas de toi à présent.

GROS-PIERRE

Je parie que c'est vous , dame Jaqueline . qui avez couseillé à monsieur l'avocat de me faire ce tour-là?

DAME JAQUELINE

Eh bien , c'est vrai , Gros-Pierre.

M. DUBUT

Tu en es quitte à meilleur marché que si tu plaidais.

GROS-PIERRE

Oh , je n'en suis pas fâché à cause de vous , mais à cause délie.

Moi , j'en suis Lien aise , parce que tu n'as pas voulu me croire, Allons , allons-nous-en.

M. DUBUT

Adieu, mes amis , votre serviteur.

GROS-PIERRE

Adieu , monsieur l'avocat , je ne croirons plus jamais que votre première parole.

(Us sortent.)

DAME JAQUELINE

Vous voyez bien que j'avais raison, monsieur l'avocat?

M. DUBUT

Oni; mais vous m'avez fait mentir, je n'aime pas cela. Allons souper.

(Us sortent.)

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