LA VESTE BRODÉE
LE COMTE
Je m eu aperçois bien; mais plaisanterie à part....
LA MARQUISE
Je ne plaisante point, et je n'en ai nulle envie.
Tont comme il vous plaira; mais je vous prie, laissez-moi justifier cette satisfaction que vous avez cru apercevoir en moi. Je ne suis pas toujours si coupable que je vous le parais.
LA MARQUISE
Vous Tètes cent fois plus.
LE COMTE
Si cela vous amuse. . . .
LA MARQUISE
Voyons, voyons cette justification; cela doit être curieux.
LE COMTE
Non, madame, cela n'est pas si curieux; mais si vous ni'aimiez comme je vous aime, vous l'auriez déjà deviné.
LA MARQUISE
Sont-ce des reproches que vous ni'allez faire?
LE COMTE
Non, madame; chacun aime à sa manière; pour moi, qui ne vois que vous dans le monde à qui je veuille plaire, dont je puisse être occupa, si quelque oLose pouvait me distraire du plaisir que je sens à être avec vous, je m'en croirais indigne.
LA MARQUISE
Et vous auriez raison; mais il a en est pas de même de moi. Tout ce que je fais qui m'amuse, doit vous faire plaisir : voilà comme on pense, comme on sent, quand on aime réellement, avec délicatesse; mais les hommes veulent s'en piquer; et ils n'en connaissent que le nom, sans eu connaître les procédés.
Quoi, madame, je serai auprès de vous, et je serai le dernier que vous verrez, à qui vous penserez?
LA MARQUISE
(Ce n'est donc rien d'être auprès de moi?
LA VESTE BRODEE. Q
LE COMTE
Je ne dis pas cela; mais être Le témoin de cent mille choses flatteuses , agréables , que vous adressez à d'autres, c'est un supplice.
LA MARQUISE
Quoi, parce que vous dites que vous m'aimez, il faut que je renonce à causer avec les gens que je rencontre; que je ne parle qu'à vous; que j'annonce qu'il n'y a que vous que je trouve digne de moi?
LE COMTE
Non, madame, non; mais puis-je m'empêcber de me trouver heureux d'être seul avec vous, et de ne pas regretter les mêmes choses que vous, de ne vous voir plus occupée de plaire à d'autres?
LA MARQUISE
Si je n'étais pas sûre de vous plaire, sûrement je ne m'occuperais pas d'autre chose; c'est ma confiance en vous qui me rend coupable. Vous fais-je des reproches quand vous paraissez si content des agaceries des autres femmes? le comte. •
Non, sûrement, vous ne m'en faites pas; je ne suis pas assez heureux pour cela.
LA MARQUISE
Vous n'êtes pas assez heureux pour cela?
Non , madame , et je sais d'où cela vient.
LA MARQUISE
Me ferez-vous l'honneur de me le dire?
LE COMTE
Ce ton ironique me le confirme.
LA MARQUISE
Mais expliquez-vous.
LE COMTE
Ah , madame! vous devez savoir ce que je veux dire ; depuis long-temps je me tais ; je crains que mes reproches ne vous déplaisent : mais tout me prouve que vous ne m'aimez plus.
ÎO LA VESTE BRODEE.
LA MARQUISE
Tout 5 c'est bientôt dit. Mais quoi encore?
LE COMTE
Oh , cent choses.
LA MARQUISE
Commencez par une
LE COMTE
Mais, ces regrets d'aujourd'hui, par exemple.
LA MARQUISE
Après j il vous en reste encore beaucoup. Eh bien?
Je sens que je vous déplairais.
LA MARQUISE
Mais voyons.
LE COMTE
Je ne finirais pas.
LA MARQUISE
Commencez seulement.
LE COMTE , cherchant.
Mais, par exemple...., si vous vous occupiez de moi....
LA MARQUISE
Dites donc.
LE COMTE
Cette veste qu'il y a si long-temps que vous avez commencée?
LA MARQUISE
Et si je vous disais qu'elle est finie, que diriez-vous?
LE COMTE
Je dirais Permettez que je la voie -, je m'en vais sonner.
(Il sonne.)
LA MARQUISE
Non, je ne le veux pas.
LA VESTE BRODEE. 11