‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 21 sur 236 · SCENE XL JUSTINE, ROSALIE, GRAND-PIERRE , M"« JAVOTTE · texte numérisé non relu

SCENE XL JUSTINE, ROSALIE, GRAND-PIERRE , M"« JAVOTTE

DE L AUNE, toujours embarrassé vis-à-vis Je mademoiselle Javotte. GRAND-PIERRE, à Justine et à Rosalie.

Madame Louvier est sortie; ainsi je ne m'éloignerai pas. Tenez, voilà ce que M. Raimond ma donné.

C'est bon -, nous allons voir.

ROSALIE

Tu peux être tranquille; je ne crois pas quil ait envie de rencontrer une seconde fois madame Louvier.

GRAND-PIERRE

Je vais toujours m'asseoir au coin de la rue, pour le voir venir.

JUSTINE

Nous t'avertirons.

(Elles lisent la lettre Je M. Rairnond , et elles rient tout bas. Grand-Pierre se couche à terre et s'eudort.)

M1,e JAVOTTE, à de l'Aune, après avoir hésité.

Monsieur de l'Aune, vous avez donc un oncle?

DE L'AUNE

Oui , mademoiselle.

M,le JAVOTTE.

Et il esta Paris?

DE LAUNE

On me l'a dit -, mais je ne rai jamais vu.

M1Ie JAVOTTE.

Pourquoi cela?

de l'aune.

C'est qu'il est fâché contre moi.

M1Ie JAVOTTE.

Mais tant pis. Et à cause de quoi?

de l'aune.

Parce qu'il avait décidé que je serais médecin.

Mlle JAVOTTE.

Et vous n'avez pas voulu l'être?

DE L'AUNE

Je vous demande pardon, mademoiselle.

M1,e JAVOTTE.

Et pourquoi donc ne Tavez-vous pas été ?

DE L AUNE ? avec embarras.

Parce que...., tout d'un coup il m'a pris envie de me l'aire marchand de draps.

MIle JAVOTTE , soupirant.

Marchaud de draps?

DE L'AUNE , soupirant.

Oui, marchand de draps?

Mlle JAVOTTE.

C'est bien penser Et en avez-vous encore envie?

de l'aune.

Toujours ; je ne changerai jamais.

Mlle JAVOTTE.

Jamais?

Non , mademoiselle.

Mlle JAVOTTE.

Et comment s'appelle M. votre oncle?

de l'aune.

M. le Roux ; il est receveur des gabelles à Melun.

M,,tf JAVOTTE.

Cest-il bien loin Melun ?

de l'aune.

Oh ! oui , mademoiselle.

Mlle JAVOTTE.

Bien loin , bien loin?

DE LAUNE

Il v a ; je crois , plus de treize lieues.

MUa JAVOTTE.

Treize lieues ! Je n'irai jamais dans ce pavs-Li .

de l'aune.

Oh ! ni moi non plus , j'en suis bien sûr.

Mlle JAVOTTE.

Il ne faut jurer de rien .

de l'aune.

Ah , mon dieu . mademoiselle, vous me faites trembler !

M3,e JAVOTTE. i

On ne sait pas ce qui peut arriver.

DE L'AUNE

Comment , sauriez- vous ?

M,,e JAVOTTE.

Non ; mais c'est qu'un malheur vient tout d'un coup quelquefois .

de l'aune.

Est-ce que vous en avez jamais vu arriver des malheurs?

Mlle JAVOTTE.

Non ; mais j'en ai lu : et quoiqu'on dise que les livres ne sont pas vrais , je ne sais pourquoi ? mais je crains toujours ce qu'ils prédisent.

de l'aune.

Ah! ils disent quelquefois des choses hien heureuses.

Mlle JAVOTTE.

C'est que vous en connaissez de hons , apparemment?

DE L'AUNE , s'asseyant.

Si vous aviez lu Hippolyte comte de Douglas, par exemple...

Mlle JAVOTTE.

Mais je l'ai lu.

DE L'AUNE

Il y a là une Julie.... (il soupire.) Je sais bien à qui elle ressemble.

MUe JAVOTTE.

Et Hippolyte , il me semble que je le vois tous les jours.

Comme Hippolyte aime Julie !

Mlle JAVOTTE.

Et comme Julie aime Hippolyte .' de l'aune.

C'est un grand bonheur de s'aimer comme cela.

MUe JAVOTTE.

Oui; c'est un grand bonheur...., quand il n'arrive pas de malheur.

DE L'AUNE

Mais, dans le malheur on pense toujours à ce qu'on aime.

Mi,e JAVOTTE.

Ah ! toujours , toujours. C'est bien dommage qu'on ne puisse pas être comme les personnages des livres ! de l'aune.

Je vous assure qu'il y a des gens comme cela.

Mlle JAVOTTE.

Oh ! guère , je crois.

de l'aune.

J'en connais qui sont à moitié tout de même.

M1Ie JAVOTTE.

A moitié?.... Qu'est-ce que cela veut dire?

DE LAUNE

Cela veut dire Je n'oserai jamais vous l'expliquer.

M1Ie JAVOTTE.

Pourquoi? Ah.' je vous en prie , monsieur de l'Aune , dites , dites donc?

DE L'AUNE

Eh bien, ne me regardez pas.

Mlle JAVOTTE , le regardant.

Je ne vous regarderai pas.

de l'aune.

C'est-à-dire , qui aiment , et qui voudraient

Mlle JAVOTTE.

Et qui voudraient?

de l'aune.

Et qui voudraient bien être aimés.

Mlle JAVOTTE.

Ah! oui, je comprends bien cela. Vous série/ donc bien aise d'être Hippolyte?

de l'aune.

Et vous, voudriez-vous être Julie?

Mlle JAVOTTE.

Mais cela ne se peut pas.

DE L'AUNE

Non ; mais nous pourrions être comme eux.

M1,e JAVOTTE.

Avoir de l'amour?

Mais

M,Ie JAVOTTE.

Si c'était de l'amitié , encore passe.

DE L'AUNE

De l'amitié? ce n'était pas de l'amitié que Julie avait pour Hippoîyte.

M!le JAVOTTE.

C'est vrai.

DE L'AUNE

J'imite bien plus en cela Hippoîyte que vous n'imitez Julie -, et voilà mon malheur à moi.

MUe JAVOTTE.

Sans cet amour, je vous aimerais bien; ayez de l'amitié.

DE L AUNE, soupirant.

Julie ne disait pas cela à Hippoîyte.

M1Ie JAVOTTE.

Comment voulez-vous donc que je fasse?

de l'aune.

Comme moi.

M11* JAVOTTE

Comme vous? (Rêvant.) Si personne que nous ne le savait encore !

DE L'AUNE

Oh! je vous réponds de vous bien garder le secret.

M1,e JAVOTTE.

C'est que ma mère votre oncle peut-être....

de l'aune.

Ils n'en sauront rien .

M1Ie JAVOTTE.

Il faudra que nous lisions ensemble le livre d'Hippolyte.

de l'aune.

C est bien penser.

Mile JAVOTTE.

Et nous nous dirons tout ce quils se disaient.

DE LAUNE

Je vous dirais bien encore autre chose, si vous vouliez m'airatr 9& jours.

3M1Ie JAVOTTE.

Eh bien, monsieur de l'Aune, dites ; je vous le promets ; qu-est-ce que c'est?

DE L'AUNE

Je voudrais bien que vous voulussiez lire ce que... je vous ai écrit, ii y a déjà long-temps.

Mlle JAVOTTE.

Donnez.

Je vais le chercher.

MIIe JAVOTTE.

Attendez, il me vient une idée.

de l'aune.

Qu est-ce que c'est?

M,le JAVOTTE.

Si nous disions notre secret à votre oncle, peut-eU'e qu'il en parlerait à ma mère; et puis —

de l'aune.

On pourrait nous marier ensemble! Ah, quel bonheur!

Mlle JAVOTTE.

Vous en seriez donc bien aise?

de l'aune.

Bien aise? Ah! Vous allez le voir dans ce que je vous ai

écrit. Laissez, laissez-moi Taire. Je vais vous le chercher, et puis j'apporterai aussi le livre d'Hippolyte.

M1Ic JAVOTTE.

Si M. le Roux venait avant ma mère —

de l'aune.

Cela serait bien heureux. Nous verrons : je vais revenir.

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