‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 24 sur 236 · M. RAIMOND, DE L'AUNE, GRAND-PIERRE · texte numérisé non relu

M. RAIMOND, DE L'AUNE, GRAND-PIERRE

Mme LOUVIER , à M. Raimond.

Monsieur, je vous demande bien pardon de vous avoir fait r.ttendre.

M. RAIMOND

Ah ! madame, prenez pitié de l'homme du monde le plus malheureux.

Mme LOUVIER.

Il n'y a point de malheur à cela , monsieur : je m'en étai< bien doutée.

M. RAIMOND

Quoi, madame, réellement?

Mme LOUVIER.

Oui , vraiment ; et quand on se convient

M. RATMOND , avec joie.

Ah , madame , vous me rendez la vie !

Mme LOUVIER.

Il y a long-temps que j'ai pensé que M. de l Aune et ma fille s'aimaient, quoiqu'elle n'en ait pas voulu convenir avec moi ; et voilà pourquoi je vous ai fait prier de venir me voir.

M. RAIMOND

Vous m'avez fait prier de venir vous voir?

M. RAIMOND

Et pour me dire cela ?

Mme LOUVIER.

Sans doute ?- et je ne vois pas que nous ayons rien de mieux à faire que de les marier ensemble.

M. RAIMOND

Quoi, mademoiselle ! vous y consentiriez?

MIIe JAVOTTE.

Oui, monsieur, puisque c'est la volonté de maman.

Mme LOUVIER.

Pourquoi n'y consentiriez-vous pas aussi?

M. RAIMOND

Peut-on être trompé aussi cruellement !

Mme LOUVIER.

Répondez-moi donc.

GRAND-PIERRE , àM.Raimond.

Allons , monsieur, croyez-moi , allez-vous-en.

M. RAIMOND

Non, madame ; ce mariage^là ne se fera pas , si vous voulez m'en tendre, j

Mme LOUVIER.

Je ne vous comprends pas.

Je m'en vais m'expliquer. Je vois que vous me croyez l'oncle de M. de l'Aune, et je ne le suis pas ; mais j'aime aussi mademoiselle Javotte.

Mme LOUVIER.

Monsieur, je suis fâchée qu'elle en aime un autre : mais je ne puis pas la rendre malheureuse pour vous forte plaisir.

r M. RAIMOND.

Apprenez du moins comme elle s'est jouée de ma foiblessc.

Mme LOUVIER.

Ma fille?

M. RAIMOND

Oui, madame.

JUSTINE y à R.osaIie, en venant écouter.

Je m'en vais écouter ; cela me parait long.

M. RAIMOND

J'ai aimé mademoiselle Javotte dès que je l'ai vue. J'ai du bien j mais j'ai voulu avoir son consentement avant de vous la demander. J'ai chargé Grand-Pierre de lui remettre une lettre de ma part. Il m'a rapporté une réponse favorable. Je lui en ai écrit encore beaucoup d'autres 5 eiie m'a toujours mandé quelle me dirait quand il serait temps de vous parler.

M1,e JAVOTTE.

Ah ! maman , il n'y a pas un mot de vrai.

Ce que vous me dites là , monsieur, m'étonne ; qu'elle réponde elle-même.

M,le JAVOTTE.

Non, non, maman , ne le croyez pas. C'est un procédé dont je suis incapable, monsieur de TAune.

Mme LOUVIER.

Eh bien , monsieur ?

M. RAIMOND

Madame, je n'ai rien avancé qui ne soit très-vrai ; en voilà

la preuve. Lisez Ces lettres. (Il donne des lettres à madame Louvier.) Mlle JAVOTTE.

De moi, monsieur?

M. RAIMOND

Oui , mademoiselle ; il n'est plus temps de dissimuler : vous savez comme je vousaime 5 je vous donne tout mon bien si. ...

Mrae LOUVIER.

Mais, monsieur, ce n'est pas là l'écriture de ma fille.

M. RAIMOND

Comment , madame !

IUme LOUVIER.

Non, monsieur ; et je vous crois trop bounête homme, pour vouloir employer des moyens aussi grossiers pour avoir une filie malgré elle et ses parents.

Mlle JAVOTTE.

Ah , je respire !

M. RAIMOND

Je n'y comprends rien -, mais Grand-Pierre peut vous certifier ce que j'avance.

DE L'AUNE

Grand-Pierre, dis ce que tu sais tout-à-I'heure.

GRAND-PIERRE

Mais , monsieur

Mme LOUVIER.

Il n'y a qu'à le mener chez le commissaire.

GRAND-PIERRE , à genoux.

Eh hien , monsieur, je vais tout avouer.

JUSTINE , effrayée.

Rosalie, viens vite ici.

Mme LOUVIER.

Parle donc.

GRAND-PIERRE

Eh bien, madame, tout ce qu'a dit monsieur est très-vrai.

Mme LOUVIER.

Quoi, ma fille?....

GRAND-PIERRE

Non , madame, les lettres ne sont pas délie; mais comme cela me valait de l'argent , je les ai fait faire.

M. RAIMOND

Et par qui , coquin?

GRAND-PIERRE

Ah, monsieur, par d'aimables demoiselles que cela divertissait beaucoup, nos voisines d'ici à coté, et qui ne vous demanderont rien pour cela ; car vous les avez bien payées.

LE BOITEUX. 5q

M. RAIMOND

Tais-toi J'ai donc été la dupe de ma bonne foi!

JUSTINE , à Rosalie, en s'en allant.

Allons-nous cacher jusqu'à ce qu'il soit parti.

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