Z|8 LE PETIT-MAÎTRE
LA COMTESSE
Vous avez l'air inquiet?
LE CHEVALIER, voulant se rassurer.
Moi?.... Ah! point du tout.
LA COMTESSE, lisant.
Voyons.
LE CHEVALIER, à part.
Le Marquis me perd.
LA COMTESSE
Je connais cette écriture.
LE CHEVALIER
Cela se peut.
LE COMTESSE
C'est de madame de Clercy.
LE CHEVALIER
I! est vrai.
LA COMTESSE, émue.
Vous êtes sur ce ton-là avec elle?
LE CHEVALIER
Vous voyez que je n'ai pas voulu y aller souper.
LA COMTESSE
Mais vous irez ?
LE CHEVALIER
Je ne crois pas que vous me le permettiez.
LA COMTESSE, sériensement, affectant l'air tranquille.
Pardonnez-moi, parce que demain je ne vous verrai pas de la journée j et je suis bien aise que vous vous amusiez quelquefois, quand vous ne me voyez pas.
LE CHEVALIER
Je vous assure que je n'ai jamais eu le dessein d'y souper, et je ne sais pas pourquoi elle se Test mis dans la tète sérieusement.
LA COMTESSE
Qu'est-ce que cela fait? Je ne suis pas jalouse.
LE CHEVALIER, très-inquiet.
Je le sais bien.
PAR PHILOSOPHIE. l/^Ç)
LA COMTESSE
J'avais oublié de vous dire que j'allais à la campagne, cliez ma sœur.
Pardonnez-moi, puisque vous m'avez même promis de m'y mener.
LA COMTESSE
Je ne le peux pas -y j'y vais pour deux jours , et l'on me mène.
LE CHEVALIER
J'irai démon côté.
LA COMTESSE
Non; j'ai réfléchi que cela ne serait pas décent.
LE CHEVALIER
Mais j'y ai déjà été avec vous mille fois.
LA COMTESSE
C'est à cause de cela que je ne veux plus que vous y veniez.
LE CHEVALIER
Je ne vous comprends point. Etes-vous fâchée contre moi?
LA COMTESSE
Non, Chevalier, du tout.
LE CHEVALIER
Vous dissimulez.
LA COMTESSE
Je vous jure que non. Pourquoi serais-je fâchée? Je n'ai pas à me plaindre de vous; je n'ai pas prétendu qu'absolument vous ne voyiez que moi. D'ailleurs madame de Clercy est mon amie. (
Vous me déchirez le cœur avec cette froideur.
LA COMTESSE
Mais vous êtes devenu fou, je crois, aujourd'hui.
LE CHEVALIER
Votre indifférence me tue.