II
178 le petit poucet.
l'ogre.
As-tu tiré du vin?
LA MÈRE BONNETTE
Oui, mou maître.
l'ogre.
Tu dis qu'il n'est venu personne?
LA MÈRE BONNETTE
Qui voulez-vous qui soit venu?
l'ogre, Je sens pourtant la chair fraîche.
LA MÈRE BONNETTE
Bon ! c'est ce veau que j'ai habillé pour votre dîner de demain.
l'ogre.
Je sens la chair fraîche, te dis-je.
LA MÈRE BONNETTE
Je ne sais pas d'où cela vient.
l'ogre .
Donnez-moi la lampe. (Il cherche, et découvre les enfants qui meurent
de peur.) Ah, maudite chienne! voilà donc comme tu me trompais! Je ne sais qui me tient que je ne te mange. Tu es bienheureuse d'être trop vieille, et de ce que je n'ai plus que quarante-neuf dents .
LA MÈRE BONNETTE
Mais , mou maître , je n'ai pas le nez si bon que vous ; je ne savais pas que ces enfants fussent là, si près de notre maison. l'ogre.
Tu ne le savais pas, chienne? Je t'apprendrai à mentir. Voilà du gibier qui vient bien à propos pour régaler trois Ogres de mes amis, qui viennent demain dîner avec moi.
LA MÈRE BONNETTE
Les malheureux enfants ! comment les sauver?
l'ogre.
Qu est-ce que tu marmottes là?
LE PETIT POUCET. 179
LA MÈRE BONNETTE
Moi ? Je ne dis rien , je ne dis rien. l'ogre.
Tiens Cette lampe. (Tl tire les enfants, qui se tienuent tous ensemble, et se jettent à genoux.)