SCENE IL
Mme GOURSAIN, Mme MERIGON, M. MERIGON, M. MORANDAL, M. RENARD.
Mme MERIGON.
Eh bien , mon chou, où étais-tu donc? Nous t'attendions.
M. MERIGON.
Allons, allons, me voilà. Madame Goursain est-elle un peu contente î
Mm»: GOURSAIN.
Oh ! pour cela oui .
LE DIMANCHE. 25g
M. aiERIGON.
Vous me croirez une autre fois , madame j vous voyez que je me connais en musique, moi.
M™e GOURSAI]^.
Oui j mais M. Goursain m'avait dit que j'entendrais Tair que chante ma fille : j'ai toujours écouté, et on ne l'a pas chanté.
M. RENARD
C'est qu'on ne savait pas que vous étiez ici ; mais une autre fois cela n'arrivera plus.
M. MERIGON.
Renard se moque de vous , madame Goursain ^ je vous en avertis.
M™« GOURSAIN.
Bon, je ne l'écoute ni plus ni moins que s'il ne parlait pas.
M™e MERIGON.
Si tu savais , mon chou , tout ce qu'il nous a dit ! Il a pensé nous faire crever de rire j il nous a fait des contes...
M. RENARD
Sans les barons.
Mrae GOURSAIN.
Il n'a jamais été si fou.
M. MORANDAL.
C'est vous , mesdames , qui lui tournez la tête.
Mi^e MERIGON.
Ail, c'est bien lionnête cela, monsieur Morandal! Il ne nous a pas dit de ces choses-là , par exemple.
M. RENARD
Comment ! mais c'est que je ne parle jamais de choses , moi : pour qui me prenez-vous?
M. MERIGON.
Voilà votre paquet , mesdames ; pourquoi Tattaquez-vous aussi? Il ne restera jamais court.
M. RENARD
Oh , ces dames savent bien que ce n'est pas mon défaut.
2 jO LES SECONDES LOGES DE L OPÉRA,
M™e MERIGON.
Comment, nous le savons bien? Ceiul-là est assez impertinent. (A madame Goursain) Estce quc VOUS en savez quclquc chose, madame?
I\I™e GOURSAIN.
Il faut lui pardonner, il ne sait ce qu'il dit. Où est donc M. Goursain? Je l'ai vu dans le parterre, qui se donnait des airs de lorgner. Dame, il fallait voir ! Est-ce quil ne nous a pas lorgnées aussi nous?
M. MORANDAL.
C'était avec ma lorgnette , que je lui avais prêtée. Elle est fort bonne.
M"« GOURSAIN.
Il n'avait donc pas la sienne ; car il en a une garnie en argent , qui est fort belle : c'est un milord anglais qui la lui a donnée. Et tenez, monsieur Mérigon, vous savez bieuj c'est celui à qui nous avons fait ce gros envoi pour un grand mariage... Vous souvenez-vous?
M. MERIGON.
Oui, oui, je me rappelle cela, j'ai quelque idée confuse...
M. RENARD
On ne dit plus confuse ; on dit honteuse , n'est-ce pas, mesdames, que c'est plus honnête?
M^e GOURSAIN.
Ah , mon dieu , le drôle de corps ! Ne finirez -vous donc jamais?
M. RENARD
Je n'ai pas encore commencé.
M""^ GOURSAIN.
Tenez . tenez , voilà M. Goursain.