M. MGR AND AL
ISe vous a-t-il pas demandé si j'étais ici l
M. GOURSAIN.
Non , il ne m'a pas parlé ; mais il m'a fait l'honneur de me saluer bien poliment.
2^2 IKS SECO:fDES LOGES DE l'oPÉRAj
M. MORANDAL.
Il me demaiide quelquefois : eh bien , mousieur Morandal , comment avez-vous (rouvé l'opéra dimanche , et les dames avec qui vous étiez? Ah , ah, monsieur le drôle, vous n'êtes pas de mauvais goût!
M. GOURSAIN.
Tout de bon?... Ecoute donc cela , madame Goursain.
M'°e MERIGON.
Qu'est-ce que c'est? Nous n'avons pas entendu.
M. MORANDAL.
Je disais à M. Goursain, que M. le Duc vous trouvait fort jolies toutes les deux.
M°i^ GOURSAIN.
Quoi, tout de bon, il vous a parlé de nous?
M. MORANDAL. >
Oui, en vérité.
M™e MERIGON.
C'est bien honnête à lui, et il nous fait bien de l'honneur.
Mme GOURSAIN.
Il faudrait le prier de venir un jour à notre maison de Passy .
M'"^ BIERIGON.
Àb, que c'est bien dit!
M. MORANDAL.
Il ne demanderait pas mieux..
M^ie GOURSAIN.
Comme cela ferait enrager madame Augrand, avec sa vieille croix de Saint-I.ouis, elle qui dit toujours qu'elle n'aime que les gens de condition! Il faudra arranger cela, eu tendez- vous, monsieur Morandal ?
M. MORANDAL.
Oui, oui, laissez-moi faire.
M. MERIGON.
Dites donc un peu, vous autres, qu'est-ce que vous avez fait de l'abbé?
M'"»' MERIGON.
Il est allé à son concert de la rue de la Verrerie.
M. GOURSAIN.
Et viendra-t-il souper 7
M™<^ GOURSAIN.
Il nous a promis sans faute de n'y pas manquer. .,
M. MERIGON.
c'est que je serais bien aise que M. Moraiidal qui passe sa vie avec dés gens de condition, l'entendît chanter. Vous verriez comme c'est une belle voix; il fait toujours trembler toutes les vitres de la maison quand il chante.
]>Iine MERIGON.
Ah, c'est vrai! mon chou a raison; il faut se boucher les oreilles pour Tentendre.
M. GOURSAIN.
Ah, oui, c'est le plus beau creux du monde! N'est-ce pas comme cela qu'il faut dire?
M. RENARD
Oui, mais pas devant des dames; il ne faut pas parler de corde dans la maison d'un pendu. (lirit.) Ah^ ah, ah, ah.
M. MORANDAL.
Celui-là est un peu fort de café, mesdames, qu'en ditesvous?
M™e GOURSAIN.
Allons, allons-nous-en. Madame Merigon , je vous conseille de vous trousser un peu ; car dans ces temps humides-la , on abîme ici toutes ses robes.
M™« MERIGON.
Vous avez bien raison. Monsieur Goursain, aidez-moi un peu à sortir d'ici ; mais ne me lâchez pas , car je ne suis pas légère.
M. GOURSAIN.
Appuyez , appuyez-vous ; là , vous y voilà.
3ime GOURSAIN.
Monsieur Gom^sain, Bertrand est-il là-baâ?
M. GOURSAIN.
Oui , oui , il est avec le carrosse ; mais j'ai renvoyé I^apierre.
244 LES SECONDES LOGES DE l'oPÉRA, etC.
M.™« GOURSAIN.
Et pourquoi donc cela 7
M. GOURSAIN.
Il faut bien quil aille mettre le couvert. Vous ne pensez à rien j vous autres.
jyjme MERIGON.
Ah, oui, les hommes s'entendent beaucoup au ménage! N'est-il pas vrai , madame? Je crois que sans nous ils seraient bien embarrassés... Ah , monsieur Renard, prenez donc garde, vous allez me faire tomber.
M. RENARD
Ne craignez rien. Allez, allez , ce que je tiens je le tiens bien.
M. BIORANDAL.
Il n'est pas procureur pour rien ^ il a la serre bonne.
M. GOURSAIN.
Ah çà, monsieur Morandal, allez-vous-en, vous et Renard, avec ces dames.
M. MERIGON.
Oui, oui^ nous nous en irons Goursain et moi de notre côté.
Mme MERIGON.
OÙ vont-ils donc comme cela?
M. RENARD
Ils ont une petite fdle en ville. Laissez-les faire j il ne faut pas que les femmes se mêlent de cela.
M™« MERIGON.
Adieu, mon chou^ ne sois donc pas long-temps.
M. MERIGON.
Ne vous inquiétez pas , nous arriverons avant vous.
M. RENARD
Si vous ne revenez pas, vous nous écrirez j mais prenez garde au cornet où vous jremperez voire plume , entendezvous?
LES