SCENE IV
M. DE CLERVAUT, M^^e DE CLERVAUT.
M. DE CLERVAUT
Je crains bieu qu'un autre ne m'ait prévenu, et que, plus heureux que moi. . .
M°»e DE CLERVAUT.
Ah , VOUS voilà jaloux déjà ! Cest une preuve d'amour que vous voulez me donner apparemment : mais je vous avertis que c'est très-mal commencer j car je hais les jaloux à la mort.
M. DE CLERVAUT
Quittez, je vous prie, le ton de la plaisanterie, quand il s'agit de l'affaire la plus sérieuse que je pense avoir de ma vie.
M™e DE CLERVAUT.
Dites-moi si vous êtes réellement jaloux de madame de Clervaut.
M. DE CLERVAUT
Eh , madame ! que vous importe? Laissez-moi vous parler, et ne m'occuper que de vous^ je vous en supplie, répondezmoi.
M"!® DE CLERVAUT
Mais, répondez-moi vous-même.
Madame , jestime madame de Clervaut : je l'ai aimée à la fureur 3 mais je vous ai vue , puis-je l'aimer encore ?
M°ie DE CLERVAUT.
Pourquoi pas? Est-elle moins aimable? ^
M. DE CLERVAUT
Je n'en sais rien ; mais vous me le paraissez davantage. Je ne peux plus m'occuper que de vous ; je vous consacre ma vie 5 mon bonheur est entre vos mains 5 décidez de mon sort.
BI»"* DE CLERVAUT
Ce ton devient bien grave au moins , pour un bal j et si l'on attaquait aussi vivement madame de Clervaut ici , je crois que cela ne vous plairait pas , si vous le saviez.
M. DE CLERVAUT
Mais, madame, pourquoi vouloir toujours me parler d'une autre chose que de vous 1
M™e DE CLERVAUT.
Vous ne le devinez pas ? Allez , je ne vous parle que de moi et de mes intérêts.
M. DE CLERVAUT
Que de vous et de vos intérêts? Je ne vous comprends point O ciel ! s'il était vrai ! si ce que j'ose penser
m^^ DE CLERVAUT.
Quoi?
M. DE CLERVAUT
5e n'ose vous le dire.
Mine J3P CLERVAUT.
Je le veitx absolument.
M. DE CLERVAUT
Vous me trouveriez trop vain.
M™e DE CLERVAUT.
Pourquoi?
M. DE CLERVAUT
L'on est toujours porté à se flatter j c'est sûrement une erreur .
M^ic DE CLERVAUT.
Mais quoi? Dites donc.
M. DE CLERVAUT
J'imagine que vous êtes jalouse
M"'^ DE CLERVAUT
De qui?
M. DE CLERVAUT
De ma femme.
-Vime j^ip CLERVAUT.
Mais....
Achevez de me rendre heureux
M™e DE CLERVAUT.
Mais si cela était, que feriez-vous pour nie rassurer?
M. DE CLERVAUT
Tout , tout ', vous n'avez qu à ordonner.
M™e DE CLERVAUT.
Tout , c'est bientôt dit.
M. DE CLERVAUT
Commandez , je vous en supplie.
m^^ DE CLERVAUT.
Eh bien , vous avez son portrait , je veux que vous me le sacrifiiez.
M. DE CLERVAUT
Ah , que ne me demandez-vous quelque chose de plus difficile I
IVinie DE CLERVAUT.
Cela me suffira.
M. DE CLERVAUT
Le voici. (Lui donnant le portrait.) Maîs qucl scra mon sorl?
M™e DE CLERVAUT.
Vous le décidez dans ce moment. (Seievani )
M. DE CLERVAUT
Mais du moins dites-moi....
]WF« DE CLERVAUT.
Nous nous retrouverons.