‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 196 sur 206 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

M. DE CLERVAUT, M^^e DE CLERVAUT.

M. DE CLERVAUT

Je crains bieu qu'un autre ne m'ait prévenu, et que, plus heureux que moi. . .

M°»e DE CLERVAUT.

Ah , VOUS voilà jaloux déjà ! Cest une preuve d'amour que vous voulez me donner apparemment : mais je vous avertis que c'est très-mal commencer j car je hais les jaloux à la mort.

M. DE CLERVAUT

Quittez, je vous prie, le ton de la plaisanterie, quand il s'agit de l'affaire la plus sérieuse que je pense avoir de ma vie.

M™e DE CLERVAUT.

Dites-moi si vous êtes réellement jaloux de madame de Clervaut.

M. DE CLERVAUT

Eh , madame ! que vous importe? Laissez-moi vous parler, et ne m'occuper que de vous^ je vous en supplie, répondezmoi.

M"!® DE CLERVAUT

Mais, répondez-moi vous-même.

Madame , jestime madame de Clervaut : je l'ai aimée à la fureur 3 mais je vous ai vue , puis-je l'aimer encore ?

M°ie DE CLERVAUT.

Pourquoi pas? Est-elle moins aimable? ^

M. DE CLERVAUT

Je n'en sais rien ; mais vous me le paraissez davantage. Je ne peux plus m'occuper que de vous ; je vous consacre ma vie 5 mon bonheur est entre vos mains 5 décidez de mon sort.

BI»"* DE CLERVAUT

Ce ton devient bien grave au moins , pour un bal j et si l'on attaquait aussi vivement madame de Clervaut ici , je crois que cela ne vous plairait pas , si vous le saviez.

M. DE CLERVAUT

Mais, madame, pourquoi vouloir toujours me parler d'une autre chose que de vous 1

M™e DE CLERVAUT.

Vous ne le devinez pas ? Allez , je ne vous parle que de moi et de mes intérêts.

M. DE CLERVAUT

Que de vous et de vos intérêts? Je ne vous comprends point O ciel ! s'il était vrai ! si ce que j'ose penser

m^^ DE CLERVAUT.

Quoi?

M. DE CLERVAUT

5e n'ose vous le dire.

Mine J3P CLERVAUT.

Je le veitx absolument.

M. DE CLERVAUT

Vous me trouveriez trop vain.

M™e DE CLERVAUT.

Pourquoi?

M. DE CLERVAUT

L'on est toujours porté à se flatter j c'est sûrement une erreur .

M^ic DE CLERVAUT.

Mais quoi? Dites donc.

M. DE CLERVAUT

J'imagine que vous êtes jalouse

M"'^ DE CLERVAUT

De qui?

M. DE CLERVAUT

De ma femme.

-Vime j^ip CLERVAUT.

Mais....

Achevez de me rendre heureux

M™e DE CLERVAUT.

Mais si cela était, que feriez-vous pour nie rassurer?

M. DE CLERVAUT

Tout , tout ', vous n'avez qu à ordonner.

M™e DE CLERVAUT.

Tout , c'est bientôt dit.

M. DE CLERVAUT

Commandez , je vous en supplie.

m^^ DE CLERVAUT.

Eh bien , vous avez son portrait , je veux que vous me le sacrifiiez.

M. DE CLERVAUT

Ah , que ne me demandez-vous quelque chose de plus difficile I

IVinie DE CLERVAUT.

Cela me suffira.

M. DE CLERVAUT

Le voici. (Lui donnant le portrait.) Maîs qucl scra mon sorl?

M™e DE CLERVAUT.

Vous le décidez dans ce moment. (Seievani )

M. DE CLERVAUT

Mais du moins dites-moi....

]WF« DE CLERVAUT.

Nous nous retrouverons.

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