M. D URBAIN
Ab , qu'ils s'accommodent !
M. BERNARD
Cela vous est bien aisé à dirCj on voit bien que vous ne peignez pas le portrait.
M. DURBAIN.
J'en ferais , si je voulais j mais je n'aurais jamais cette patience-là. Pourvu que je mette dans mes tètes l'expression que je veux qu'elles aient . c'est tout ce qu'il me faut.
M. BERNARD
Vous avez raison. Eh bien nous autres, nous mettrions toutes les expressions , les minauderies et les grimaces qu'une femme peut faire , je vous réponds qu'on ne serait pas encore content.
M. DURBAIN.
C'est aussi trop fort.
M. BERNARD
Tenez , vous vous souvenez bien de cette jeune mariée que vous trouvâtes ici un jour, qui vous parut si jolie et que vous disiez que vous voudriez bien avoir pour faire une tète de Vénus?
M. DURBAIN.
Ah! oui, oui, je me rappelle, charmante, fraîche^ on voit couler le sang sous la peau, la colorer, l'animer.
M. BERNARD
Eh bien , elle a le plus vilain mâtin de mari qu'on puisse rencontrer.
l M. DURBAIN.
Cette femme-là?
IM. BERNARD
Oui, celte femme-là. J'euai faille portrait, de ce mari, et très-ressemblant, même trop en beau. Celle diable de femme d'abord en paraissait enchantée j cependant, à force de réflexions elle se refroidil sur ce portrait : je le regarde^ je n'y vois rien de cliangé^ je la presse de me dire ce qu elle y trouve; elle hésite, regarde sou mari tendrement; il riposte par la plus hideuse grimace, se croyant charmant, et elle s'écrie tout d'un coup, non, ce ne sont pas là les petits yeux de mon mari quand il me regarde.
M. DURBAIN.
Ah, quel peste de conte!
M. BERNARD
D honneur, rien n'est plus vrai : le portrait m'est resté.