LA COMTESSE, LA PRÉSIDENTE, L'ABBÉ, M. BERNARD
LA PRÉSIDENTE
Ah, mon dieu î on étoufle ici.
LA COMTESSE
Bonjour , madame.
qG le portrait.
LA PRÉSIDENTE
Savez-vous, madame , qu'il y a une heure que je vous clierche dans ce quartier-ci? L'abbé , vous auriez bien dû me venir prendre.
Il m'a été absolument impossible.
LA PRÉSIDENTE
Ah , mon dieu , que de portraits! Voilà madame de Clerfont, très-ressemblante, mais bien flattée. Et madame de Grandin 7 Mais , monsieur, savez-vous que vous en avez fait la plus jolie personne du monde, et quelle n'est rien moins que tout cela? Quoi , voilà aussi ce grand blafard de Durcin I Mais , madame , regardez donc , il semble qu'il aille vous dire une fadeur. Ob , mais... c'est que tout cela est le plus agréable du monde. Je vous assure bien, monsieur, que- je ne me ferai jamais peindre que par vous.
M. BERNARD
Madame, je serai très-flatté d'avoir cet honneur-là.
LA COMTESSE , montrant son portrait.
Madame, voyez un peu ceci.
LA PRÉSIDENTE
Ahl qu'est-ce là? Attendez... je cherche... ne me dites rien. Ce n est pas vous toujours: mais je connais quelquuu qui ressemble à cela. Et tenez , l'intendante de.. .
LA COMTESSE
Madame d'Ancere? Fi donc î
LA PRÉSIDENTE
Elle est mieux que cela.
LA COMTESSE
Je vous dis que ce n'est pas elle , regardez bien.
LA PRÉSIDENTE
En ce cas-là , je ne sais pas qui c'est. Voyons le votie.
Eh , le voilà.
LA PRÉSIDENTE
Vous , cela ?
LA COMTESSE.'
Assurément.
LA PRÉSIDENTE
AUpns , jamais cela ne vous a ressemblé.
LA COMTESSE
Moi , je le trouve fort bien , et tout le monde le trouve à merveille.
LA PRÉSIDENTE
Mais point du tout. (A m. Bernard.) MonsIcur , qu'en ditesvous? N'est-il pas vrai qu'il n'est pas ressemblant?
M. BERNARD
Je ne peux pas dire cela moi, madame.
LA PRESIDENTE
Mais vous conviendrez bien que ce n'est pas là son nez , il est moins long que cela 5 ni la bouche, ni les yeux: il a bien quelque chose du front ', encore ses cheveux sont mieux plantés. En un mot, elle est plus blanche; et puis comme c'est peint î Le rouge est inégal ; c'est un portrait affreux.
M. BERNARD
Mais, madame, considérez....
LA PRÉSIDENTE
Je dis hideux... Et vous en êtes contente , vous , madame?
LA COMTESSE
Il est vrai que...
LA PRÉSIDENTE
Que vous êtes cent fois mieux que cela. En vérité , vous n'avez guère d'amour-propre, si vous prenez ce portrait-là.
LA COMTESSE
M. de Mirville dit pourtant qu'il est trop joli.
LA PRESIDENTE
Ecoutez-vôus les maris? Tenez , regardez, avez- vous comme cela le dessous du nez barbouillé ?
qS le portrait.
M. BERNARD
Eh , madame , c'est l'ombre.
LA PRÉSIDENTE
Oui -y on dit toujours Fombre , Tombre ! Moi je ne vois point d'ombre.
LA COMTESSE
Monsieur , ne pourriez-vons pas ôter cela?
M. BERNARD
Non, madame.
LA PRÉSIDENTE
C'est inutile, il ne sera jamais bien.
Comme on voit I C'est étonnant. li m'avait paru assez bien : à présent que je regarde... Tenez, je ne l'avais pas vu comme cela , de côté -, il est horrible !
M. BERNARD
Eh , madame I vous ne le voyez pas dans son jour.
LA COMTESSE
Monsieur , je le vois très-bien ; mais je suis à présent comme la présidente, et je regrette bien le temps que jai perdu à me tenir.
M. BERNARD
C'est-à-dire , madame , qu'il n'est plus ressemblant !
LA COMTESSE
Oui , monsieur.
l'abbé.
Mais, madame, si vous vouliez, M. Bernard y rcloucheiail.
LA PRÉSIDENTE
Je vous dis encore une l'ois que c'est inutile, l'abbé^ vous ne vous connaissez à rien. (Ata Comicàsc) Je ne vous conseille pas de le prendre,
LA COMTESSE
Moi , û donc !
LA PRfsiDENTE.
Eh bien , madame , nous perdons ici dii temps. IS'allonsnous pas à Topera 7
Je le veux bien.
M. BERNARD
Madame, que décidez -vous 7
LA COMTESSE
Monsieur , je croyois qu il serait mieux.
M. BERNARD
Cest-à-dire que vous ne le prendrez pas?
LA COMTESSE
Nous verrons.
lA PRÉSIDENTE , s'en allant.
Allons , Tabbé. Madame , venez donc.
LA COMTESSE
Je vous suis , je vous suis.
(Elles s'en vont.)