‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 76 sur 206 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

LE BARON, M. BERNARD, GERMAIN nettoyant la palette LE BARON.

Monsieur Bernard, je viens vous dire une bonne nouvelle. Mais qu est-ce donc? qu avez-vous?

BI. BERNARD

Ohî rien, monsieur le baron.

LE BARON

Je Tai enfin.

M. BERNARD

Quoi donc?

LE BARON

Ce beau portrait de Reimbrand, la femme du bourgmestre d'Anvers.

M. BERNARD, avec distraction.

Oui?

LE BARON

Il est cbez moi. J'ai passé toute mon après-dînée à le regarder; je ne saurais m'en rassasier. Quelle légèreté de touche î quelle finesse de pinceau! quelle vérité J quelle chaleur! Cela me coûte deux cents louisj mais je ne le donnerais pas pour cinq cents.

M. BERNARD

Vous avez bien raison 3 c'est un tableau qui n'a point de prix.

LE POTITRAIT. 10 1

LE BARON

J'aime la vérité. Vous en mettez dans tout ce que vous faites, voilà pourquoi j'aime vos portraits.

M. BERNARD, soupirant.

Ah!

LE BARON

Vous avez du chagrin. Qu'est-ce qui vous est arrivé?

M. BERNARD

Tenez, voyez ce portralt-ià.

LE BARON, mettant ses lunettes.

C'est celui de ma nièce. Ah, charmant, mon ami! Vous n'avez jamais rien fait de mieux.

M. BERNARD

Eh bien, ces dames le trouvent affreux.

Quelles dames?

M. BERNARD

Madame votre nièce et une présidente de ses amies.

LE BARON

Ce sont des imbécilles. Je le trouve parfait moi^ laissez-les dire.

M. BERNARD

Si vous le trouvez bien, cela me console.

LE BARON

Je vous dis que... enfin, je sors de voir mon Reimbrand: eh bien, il ne vous fait point de tort du tout.

M. BERNARD, remerciant.

Ah, ah.

LE BARON

Nouj cela est vrai, il y a ici une entente de couleurs, un empâté. . .

M. BERNARD

Cependant elles n'en veulent point^ elles disent qu'il n'y a pas de ressemblance, elles le trouvent mal peint.

LE BARON

Est-ce que les femmes se connaissent en peinture? Ah, parbleu, j'en suis charmé! Je le prendrai moi^ et je vous réponds

bien qu'elle n en aura seulement pas ia copie. Laissez, laissezmoi faire. Cela sera-t-ilsec demain?

M. BERNARD

Oh oui, de ce temps-Iàj il faudra seulement attendre, pour le vernir, que les couleurs aient lait leur effet.

LE BARON

Sans doute, sans doute^ ne nous pressons pas. J'ai justement une bordure de cette grandeur-là. Faites-le apporter demain, et venez diner avec moi, nous finirons cela tout de suite.

M. BERNARD

J'aurai cet honneur-là.

LE BARON

Vous verrez mon Reimhrand, il vous fera plaisir. Que je voie encore, je vous prie. Délicieux I Allons, c'est bon. Sortezvous? \ oulez-vous que je vous mène quelque part.

M. BERNARD

Vous avez trop de bontëj je m'en vais prendre un peu l'air aux Tuileries.

LE BARON

Eh bien j'y vais aussi; nous causerons. Prenez votre épée et votre chapeau.

M. BERNARD, regardant le portrait en mettant son épée.

Les voici.

LE BARON

Je vous dis, je suis très-content de ce portrait j mais je veux que vous voyez mon Reimhrand. J'ai encore quelque chose de nouveau. Enfm, mon cabinet s'arrange.... Vous entendez?

M. BERNARD

C'est la plus belle collection!...

Je crois qu elle ne sera pas vilaine. J'ai encore certain bronze en vue, que je vous dirai en chemin. Allons, (ils eu va.)

M. BERNARD

Germain, vous direz que je ne souperai pas ici.

GERMAIN

Oui, monsieur. Eh bien, sans moi... Avais- je raison?

M. BERNARD

Sûrement.

Page 1