‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 92 sur 206 · M, RONFLANT^ M. DECOUSU · texte numérisé non relu

M, RONFLANT^ M. DECOUSU

Oh, toujours, toujours!

LE DUC

Parfois elles ont clés caprices^ comme vous savez.

M. DFCOUSU.

Vous ne les connaissez guère, je crois?

LE DUC

Comme un autre.

M. ROxVFLANT.

Monsieur le duc, j'ai Thonneur de vous apporter le cinquième acte de ma nouveiie tragédie. Si vous aviez un quart d'heure seulement à me donner...

M, DÉCOUSU

Moi, je ne veux faire voir à monsieur le duc que mon ariette de la Chaise de poste qui va se hriser et qui sonne la ferraille : ce sera encore plus court.

ai. RONFLANT.

Monsieur Décousu, un moment, s'il vous plaît: vous ne devez passer qu'après moi.

M. DÉCOUSU

Monsieur Ronflant, vous prenez là un ton...

LE DUC

Messieurs, vous vous disputerez une autre fois.

M. RONFLANT

Mais, monsieur le duc, jugez un peu si un poète d'op;'ra comique doit avoir le pas sur un poète tragique. Si quelqu'un doit protéger le ton des héros, je crois que c'est vous.

M. DÉCOUSU

Oui, le vrai ton des héros 3 mais celui qu'ils n'ont jamais eu et qu'ils n'auront jamais, cela est différent.

M. RONFLANT

Qu'ils n'auront jamais?

M. DÉCOUSU. W

Assurément^ au lieu que moi je peins la nature et la vérité.

M. RONFLANT

La nature et la vérité! Il va bleu du mérite à toujours copier! Où est cloue le génie?

M. DÉCOUSU

Molière manquait de mérite. Osez-vous dire cela?

M. RONFLA^ T

Molière!... Molière n'a point fait de tragédies.

LF duc; Eli, messieurs, ne disputez pas! je nai pas le temps.

M. RONFLANT

Monsieur le duc, suivant votre conseil, j'ai cherché pour i mon dénouement, et j ai imaginé, un tyran de plus.

M. DFCOUSU.

Moi J j'ai cru que ma Chaise de poste était une nouveauté dont vous seriez content.

LE duc.

Je vous ai déjà dit que j'étais occupé très-sérieusement.

M. RONFLANT

Si monsieur le duc voulait nous faire part de ses productions...

M. DFCOUSU.

jNous serions bien sûrs d'avoir de quoi admirer.

LE DUC

ISon, vous dls-je; j'ai passé toute la matinée à rêver, à barbouiller du papier, sans pouvoir rien faire.

M. RONFLANT

CVst qu'apparemment c'est un uouveaugenre que monsieur le duc a choisi?

LE DUC

Non , au contraire : c'est un couplet ; ainsi vous voyez bien...

M. DÉCOUSU

Personi^i'enfait assurément aussi facilement que monsieur le duc.

LE SEIGNEUR AUTEUR. iSj

LE DUC

Ordinairement cela ne me coûte rien ; mais aujourcVhui je ' ne sais ce que j'ai.

M. RONFLANT

Est-ce un sujet rare?

LE DUC

Non ; c'est un bouquet.

M. DÉCOUSU

Un bouquet 7

LE DUC

Oui , un bouquet , pour une femme que j'aime ; et vous sentez bien qu'il faut que cela soit neuf, qu'il faut de la pensée. Asseyez, asseyez-vous là.

M. RONFLANT

Mais la pensée, monsieur le duc l'a trouvée?

LE DUC

Moi!

M. DÉCOUSU

Oui , un bouquet.

LE DUC

C'est vrai ; c'est moi qui veux que ce soit un bouquet. Comme vous dites , voilà la pensée trouvée. Mais il faut la mettre en cbant, et voilà le difficile.

M. DÉCOUSU

Avez-vous cboisi un air?

Bon! j'en ai cent.

M. DÉCOUSU

Il faut s'arrêter à un seul.

LE DUC

C'est vrai , aussi j'avais envie de prendre...

M. RONFLANT

M. Décousu vous en dira, monsieur le duc.

l38 LE SEIGNEUR AUTEUR.

M. DÉCOUSU

Oui, prenez... (Il chante.)

C'est la filie à Simonette. (i)

LE DUC

C'étoit justement celui-là que j'avais en vue.

M. RONFLANT

Eh bien , votre couplet est fait.

LE DUC

Pas tout-à-fait.

' M. RONFLANT

Pardonnez-moi 5 tenez, écrivez.

LE DUC , prensnt sa plume.

Cest vrai , les choses viennent quelquefois comme cela sans peine.

BI. DÉCOUSU

Sans peine î Vous n'en avez sûrement pas.

M. RONFLANT

Vous commencez par dire : (U chante.) (2) Que de fleurs on va répandre.. .

LE DUC

Oh, pour ce vers-là , je Tai déjà écrit plus de vingt fois et je Tai effiacé de même.

M. RONFLANT

Pourquoi TefFacer? Il est bon ^ il annonce la fête.

LE DUC

C'est vrai. ( 11 écrit.)

Que de fleurs on va répandre ,

M. DÉCOUSU

Dans un jour aussi charmant !

LE DUC

Voilà ce que j'ai fait.

Que de fleurs on va répandre , Dans un jour aussi charmant?

(1) C'est un air d'AiiDclte et Lnbin. *

(2) Il chnnie, et l'on chante tous les vers à mcsme qu'on les fait.

LE SEIG^'EUn AUTEUR. iSq

M. RONFLANT

Vous allez d'un train î Altenclez ; voyons ce c|ue vous allez dire. Laissons faire monsieur le duc, ne le troublons pas.

LE DUC

Je dirais par exemple. .

M. DÉCOUSU

Que de chants se font entendre ,

M. RONFLANT

Pour exprimer ce qu on sent !

LE DUC

Oui, oui.

Que de chants... ^

M. Dr:cousu.

Se font entendre , l^n moment s'il vous plaît.

Pour....

M. RONFLANT

Exprimer ce qu'on sent !

LE DUC

Pour exprimer ce qu'on sent l Je ne trouve pas mal ces deux vers- là. Qu'en dites-vous? Ne me flattez pas j parlez-moi naturellement. Que de fleurs se font entendre ,

M. DÉCOUSU

Que de chants...

Oui, oui.

Que de chants se font entendre ,

Pour exprimer ce qu'on sent î Cela va bien.

M. RONFLANT

A merveilles ! •

LE DUC

Vovons un peu le reste. Je voudrais parler de ses grâces,

M. RONFLANT

Oui , de ses grâces 5 c'est très-bien vu.

l4o LE SEIGNEUR AUTEUL.

M. DÉCOUSU

Vos grâces , voire art de plaire.

LE DUC

Oui^ je dis :

Vos grâces, votre art de plaire.

Écrivons.

M. RONFLANT

Ce n est sûrement pas nous qui le faisons dire à monsieur le duc.

LE DUC

Vos grâces ;, votre art de plaire. . .

M. RONFLANT

Font répéter tous les jours...

LE DUC

Se répètent tous les jours

M. RONFLANT

Non , non , vous dites :

Font répéter tous les jours :

LE DUC

Ouij oui, je dis:

Font répéter tous les jours :

Font répéter , font répéter î II y a bien de quoi ; c'est qu'il faut peindre en chantant...

M. DÉCOUSU

Sans doute , et c'est là votre talent.

LE DUC

Oui j je n'y suis pas absolument maladroit. Font répéter tous les jours:

M. DÉCOUSU

c'est la fête de Cylhère.

LE DUC

Ob , pour celui-là , je me le vole à moi-même en le faisant ; je n'ai pas dit autre chose de la matinée. C'est la fête de Cvthèrc.

LE SEIGNEUR AUTEUR. l^i

M. RONFLANT

C'est la fêle des amours.

Cela va de soi-même^ fête de Cythère, fête des amonrs. Qui dit Tua^ dit l'autre.

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