‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 102 sur 339 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

CRIARDUS, SCANDÉE, TROTxVS.

CRIARDUS.

Dis , pourrons-nous partir?

Réponds , et promptemeut.

TROTAS.

Je suis tout hors d'haleine Vous m'avez fait courir^ et ce n'est pas sans peine ; Mais pour vous j'aurais fait un bien plus grand eCTort, Un arrêt, dans l'instant, ordonne eue du port On ne laisse sortir ni vaisseau ni galère. SCANDÉE.

O dlenxl quelle nouvelle!

CRIARDUS.

O ciell comment donc faire?

SCANDER

Comment iuir de ces lieux?

CRIARDUS.

Il n'y faut plus penser.

Grands dieux! secourez-nous.

TROTAS.

Il faut, sans balancer, Prendre un parti très-prompt , le seul qui soit à prendre , Et que je vous dirai , si vous voulez m'entendre. Il pourra vous paraître un tant soit peu fâcheux ; Mais c'est fort peu de chose , il n'est point dangereux : De l'inventif Ulysse il aurait le suffrage , Puisqu'il peut vous soustraire au tyran , à sa rage.

CRIARDUS.

Ah ! lu nous fais languir : apprends-nous ton dessein ; Je crains à tout moment de revoir Polgnardlnj S'il allait nous surprendre I

TROTAS.

Il est loin, je le quitte, Et sans perdre un instant, je suis venu fort vile. Ainsi ne craignez rien. Devinez mon projet j C'est pis qu'un logogryphe.

CRIARDUS.

Il est temps, en effet, De s'amuser ainsi.

SCANDÉE

Je crains et je désire De savoir les moyens....

TROTAS.

Je m'en vais vous les dire :

C'est un vaisseau marchand qui vous transportera

2 lu- CRIAKDLS El SCA^•DÉE,

Aux lieux que vous voudrez, et quand il vous plaira. Comme dans tous les ports on fait la contrebande, Malgré les soins actifs de celui qui commande, On vous embarquera dans ce vaisseau marchand, I,e capitaine, enfin, pour partir vous attend. Ce qui le détermine....

SCANDÉE

Eh bien?

TROTAS.

N'est pas le lucre.

CRIARDUS.

Mais comment nous cacher?

TROTAS.

Dans une tonne à sucre.

CRIARDUS.

Elle nous contiendrait ?

TROTAS.

Je m V tiens tout deboul.

CRIARDUS.

On ne peut pas mieux direj il a réponse à tout.

Ne dilTérons donc pas. Faut-il long-temps attendre?

Cher TrotaSj dis-le-nous.

TROTAS.

On est allé la prendre, Elle doit être ici.

SCANDÉE

Je crains les maux de cœur. Comment Tamène-t-on? la roule-t-on, seigneur?

CRIARDUS.

Je l'ignore.

TROTAS.

Non, non, c est sur une voiture Qu'on la transportera; c'est moi qui vous l'assure. Ne différez doue plus, tout va combler vos vœux.

SCAXDÉE.

Je ne puis me flalter qu'un espoir trop heureus..... TROTAS.

Le jour fuit à propos; mais il faut prendre garde....

CRIARDUS.

Achève, parle donc.

TROTAS.

Que Ion ne vous regarde.

Que quelque surveillant, caché près de ces h'eux, En vous voyant sortir ne vous suive des veux; Enfin, qu'on ne vous voie entrer dans cette tonne. Jusqu à présent ici je n'aperçois personne. Partez.

CRIARDUS.

Enfin, madame

SCANDÉE

Ahl point de compliment!

Je redoute, seigneur, tous les retardemenls.

CRIARDUS, tendant la jambe.

Donnez-moi donc la main. Dans ce moment prospère,

Je crois que letyran rugira de colère;

Que je voudrais le voir dans toute sa fureur]

SCANDÉE

Finissez ces discours, je crains quelque malheur.

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