‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 123 sur 339 · M. DE MÂLINVAL, LA FORÊT · texte numérisé non relu

M. DE MÂLINVAL, LA FORÊT

M. DE flIALINVAL.

Voilà donc nos amoureux, qui s'en vont ensemble j sont-ils contents au moins?

Il me paraît qu'ils espèrent que vous parlerez pour eux.

M. DE MALINVAL.

Je l'ai promis, et puis jaime Biuteau. Mon meunier, parce qu'il est trop riche, commence à faire l'insolent j à la fin de son bail je le renverrai.

LA FORÊT

Et vous donnerez votre moulin à Bluteau.

M. DE MALINVAL.

Voilà ce que je compte faire.

LA FORÊT

Il faudra le dire à notre monsieur ; car la mère Babolein craint qu'il ne veuille pas que sa fille se marie.

M. DE MALINVAL.

Les vieilles gens ont toujours peur, et ils veulent toujours se plaindre. Est-il chez lui Moutrichard?

LA FORÊT

INon, il est ici près à faire enclore plusieurs arpents qu'il vient d'acheter.

M. DE MALINVAL.

Il est donc toujours agriculteur?

LA FORÊT

Plus que jamais. Croyez-vous que depuis trois mois que vous ne Tavez vu il aura changé ?

Je ne le trouve plus si gai qu'il était.

LA FORÊT

Il fait pourtant toujours les mêmes choses, je ne sais pas pourquoi.

M. DE MALINVAL.

Nous nous sommes fait de bons tours, n'est-ce pas, La Forêt 7

LA FORÊT

Oui, cela n'allait pas mal, celui de il y a deux ans surtout.

M. DE MALINVAL.

Ah! de son chien Loulou? il m'en a coûté dix louis, mais je le méritais bien.

LA FORÊT

Vous le méritiez?

M. DE MALINVAL.

Oui, il l'a su, je crois; voilà pourquoi nous avons parié.

LA FORÊT

J'étais allé à mon pays dans ce temps-là, je n'ai pas su tout cela .

M. DE MALINVAL.

Tu ne sais pas que madame de Marisin, qui demeure ici tout près, nous avait donné à chacun un petit chien-loup?

LA FORÊT

Pardonnez-moi.

Il vint en fantaisie a Montricliord de parier contre moi que son chien aurait la queue plus belle que le mien.

LA FORÊT

Ouellc idée!

M. DE MALINVAL.

Je m'informai do ce que je pourrais faire pour empêcher le poil de la queue du sien de grandir, et je la fis frotter avec une drojiue qu on me donna ; ensuite je lui offris de parier dix louis que la queue du mien serait plus belle.

LA FORÊT

Cela nVtait pas de bonne foi.

M. DE MALIN VAL

On me dit que le poil tombait, et je m'en allai passer deux moisà Paris.

LA FORÊT

Lorsque tous revîntes, la queue de Loulou était superbe?

M. DE MALINVAL.

Je ne pus disconvenir au moins qu elle ne fût plus belle que celle du mien.

LA FORÊT

Ohl le tour de notre monsieur valait bien le vôtre.

M. DE MALIN VAL, à part.

Le tour !

J'en ai bien ri toujours, quand on m'a conté cela à mon retour. Ah, ah, ah, ahl je ne peux pas mempècher den rire encore; pardonnez-le moi. (U rit.)

M. DE MALINVAL.

J'en ris moi-même aussi quand j'y pense.(A part.)Tàchons de savoir. (Hant.) Cette idée était fort bonne.

LA FORÊT

Oui, mais le pari une fois gagné, je ne vois pas pourquoi ii a continué de faire toujours la même chose; c'est moi qui eu ai la peine, et c'est à recommencer quelquelbis deux ou trois fois par jour, et depuis un an et demi que jeu suis chargé, je m en ennuie.

M. DE MALINVAL.

Cela est un peu long.

LA FORET

Je ne sais pas où va se (burrer ce diable de cliien , on ne peut pas le lâcher que sa queue ne soit perduej il faut lui en remettre une tout de suite.

M. DE MALINVAL.

Oui. Il faut que vous en ayiez beaucoup de toutes prêtes? Vous les faites avec de la....

LA FORÊT

De la filasse; j'en ai plein ma chambre : quand je n'ai rien à faire, c'est à quoi je m'amuse, et personne n'en sait rien que TOUS et moi.

M. DE MALINVAL.

Je l'ai sa tout de suite.

Je le comprends bien. N'eu parlez à personne.

M. DE MALINVAL. .

Je n'ai pas dit à Montrichard que je le savais^ il ne s'en doute pas.

LA FORÊT

Non? il ne vous a donc pas rendu vos dix louis?

M. DE MALINVAL.

Pas encore, je ne suis pas pressé, je veux attendre le moment.

LA FORÊT

Le voici, ne dites pas que nous avons parlé de cela.

M. DE MALINVAL.

J'ai bien d'autres choses à lui dire.

LA FORÊT

Ah! oui, le mariage de Bluteau et de Geneviève.

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