‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 154 sur 339 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Mme TUBLEU, M'"^ FRANGEOT, M«"* LE ÎSOIR, M"» YARLOPE, M. TUBLEU, M. LE AGIR, M. VAR- LOPE, M. LE CREUX.

M. LE NOIR

Parbleu, tu te fais bien attendre, voisin.

M. TUBLÉtl.

Dame, ce n'est pas ma faute. Mes voisines, je vous souhaite bien le bonsoir.

M""' LE NOIR

Bonsoir, mon voisin.

M. TUBLEU

Allons, tenez, voilà comme on dit bonsoir, (il l'embrasse, ainsi

que madame Frangeol et mjlanic Varlope.)

ET LES VOISINES. 3x1

njme VARLOPE.

Finissez donc.

M. TUBLEU

Je ne fais que commencer.

I\l™e FRANGEOT.

En voilà assez.

3Vime TUBLEU.

Et moi, Chou-cliou, tu ne me dis rien?

M. TUBLEU

Allons, tiens, (il tend la joue.)

aime TUBLEU.

Est-ce comme cela?

M. TUBLEU

Allons, finis. (Madame TuWeu l'embrasse cinq ou six fois.) Eh î Voilà

le voisin Varlope!

M. LE NOIR

Oui, vraiment, qui me gagne deux parties.

M. TUBLEU

Monsieur le Creux, vous êtes un honnête homme de ne pas nous avoir manqué de parole.

M. LE CREUX

Monsieur, assurément, je n'avais garde.

M. TUBLEU

OÙ est donc le voisin Frangeot?

l^ime FRANGEOT.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu depuis quatre heures.

M. TUBLEU

Il vous abandonne, ma voisine, il ne faut pas souffrir cela; si vous voulez, je vous vengerai.

M™e FRANGEOT.

N'avez-vous pas votre épouse?

M. TUBLEU

Bon! c'est le pain quotidien,

mrae TUBLEU, l'embrassant.

Qu'est-ce que c'est donc que ce coquin-là? c'est fort joli, monsieur! Dis donc, Chou-chou, d'où viens-tu si tard?

M. TDBLED.

Si tard, si tard! je viens de faire une bonne affaire.

M. LE NOIR, se levant.

Qu'est-ce que c'est?

5ime XUBLEU.

Dis à moi, Cliou-cbou.

m. TUBLEU.

Tu sais bien ce procureur de Ménil- Montant, M. de la Grosse?

]\ime TUBLEO.

Eh bien?

m. TUBLETT.

Je vas repeindre sa maison en dehors à la manière italienne; elle est tort petite, et pour cela il me donne un bon cheval de cabriolet.

ajme TUBLE0.

Eh bien, c'est bon cela.

IM'"^ FRANGEOT.

Vous allez avoir un cabriolet, ma voisine?

IVjme TUBLEU, se redressant.

Oui, ma voisine.

M. TUBLEU

Oui, mais c'est moi qui m'en servirai^ parce que je vais avoir beaucoup d'atlaires.

jjme TUBLEU.

Oui , mais j'irai dedans les dimanches, n'est-ce pas, mon Chou-chou?

M. TUBLEU

Oui, oui,

mme TUBLEU.

Voilà pourquoi nous avons pris Saint-Jacques, parce qu il sait panser les chevaux.

M. LE NOIR

Eh! quelles affaires auras-tu donc tant, voisin?

M. TUBLEU

Premièrement, toutes les maisons que va faire bâtir M. d'Orson, voisin.

ET LES VOISINES. 3l3

Cet homme si riche?

M. TUBLEU

Oui, et puis beaucoup de pratiques quil doit me donner, dont il y en a beaucoup à la campagne.

jime VARLOPE, à madame Fiangeot.

Mais s'il va tant à la campagne, la voisine ne se servira pas du cabriolet.

Bime XUBLEU.

Pardonnez-moi, mes voisines; puisque nous avons Saint- Jacques , il pourra panser aussi bien deux chevaux qu'un seul.

IM™« FRANGEOT.

Vous avez raison, ma voisine; mais, en ce cas-là, j'aimerais autant avoir un carrosse, il ne vous en coûterait pas davantage.

Bime TUBLEU.

Que dis-tu à cela, Clion-chou7

M. TUBLEU

C'est assez bien dit.

M™^ LE NOIR

Et Saint-Jacques vous servirait de cocher, mon voisin.

M. TUBLEU

Il faudra donc que j'achète un carrosse, au lieu d'un cabriolet?

M. LE NOIR

Sans doute, voisin; il n'y a qu'à prendre un carrosse d'hasard, il ne coûtera pas davantage qu'un cabriolet tout neuf.

M. TUBLEU

Tu le crois, voisin?

M. LE NOIR

Sûrement. Eh! tiens, le voisin Frangeot a un sellier de sa connaissance, il pourra t'en faire avoir un à bon marché.

jame FRANGEOT.

J'en fais mon affaire, moi, voisin.

5l4 I^ES VOISINS

M. TUBLEU

Je VOUS suis obligé, voisine.

M™e FRANGEOT.

Mais c'est à condition que j'irai dans le carrosse.

M. TUBLEU

Je vous en prierai, voisine.

ni"'« LE NOIR.

Et moi, voisine?

Bjme TUBLEU.

Sûrement , et la voisine Varlope aussi ; allons, mes voisines , montez donc.

m'"^ FRANGEOT.

Je n'en ferai rien, ma voisine, après vous.

mme TUBLEU.

La voiture esta moi, allons mes voisines, mettez- vous donc sur le derrière , sans façon.

Oui , à terre , vous ne tomberez pas de bien haut.

M"i« LE NOIR.

Ab .' mon dieu , le drôle cfe corps !

.didio

BI. VARLOPE

Et moi, où me meltrai-je, voisine?

M. LE NOIR

Sur le derrière aussi , après ces dames , en debors. M. VARLOPS.

J'aime mieux aller ù pied , ma voisine.

M. LE NOIR

Eb bien, tu iras , il ne faut rien pour cela , voisin.

jyjme TUBLEU.

11 me semble déjà que je me vois passer dans mon carrosse, mes voisines. Je vous mènerai aussi, monsieur le Creux.

M. LE CREUX

Madame , vous avez bien de la bonté.

ET LES VOISINES. 3l5

M. LE NOIR

Attendez donc, ma voisine, n'allez pas si vite, vous allez nous écraser. Attends donc, Saint-Jacques, veas.-tu bien t'arreter ?

M. TUBLEU

Allons , finis donc , toi , voisin.

Mais c'est que je veux empêcher Saint-Jacques de crever tes chevaux.

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