SCENE XI
Mme TUBLEU, M'"^ FRANGEOT, M«"* LE ÎSOIR, M"» YARLOPE, M. TUBLEU, M. LE AGIR, M. VAR- LOPE, M. LE CREUX.
M. LE NOIR
Parbleu, tu te fais bien attendre, voisin.
M. TUBLÉtl.
Dame, ce n'est pas ma faute. Mes voisines, je vous souhaite bien le bonsoir.
M""' LE NOIR
Bonsoir, mon voisin.
M. TUBLEU
Allons, tenez, voilà comme on dit bonsoir, (il l'embrasse, ainsi
que madame Frangeol et mjlanic Varlope.)
ET LES VOISINES. 3x1
njme VARLOPE.
Finissez donc.
M. TUBLEU
Je ne fais que commencer.
I\l™e FRANGEOT.
En voilà assez.
3Vime TUBLEU.
Et moi, Chou-cliou, tu ne me dis rien?
M. TUBLEU
Allons, tiens, (il tend la joue.)
aime TUBLEU.
Est-ce comme cela?
M. TUBLEU
Allons, finis. (Madame TuWeu l'embrasse cinq ou six fois.) Eh î Voilà
le voisin Varlope!
M. LE NOIR
Oui, vraiment, qui me gagne deux parties.
M. TUBLEU
Monsieur le Creux, vous êtes un honnête homme de ne pas nous avoir manqué de parole.
M. LE CREUX
Monsieur, assurément, je n'avais garde.
M. TUBLEU
OÙ est donc le voisin Frangeot?
l^ime FRANGEOT.
Je ne sais pas ce qu'il est devenu depuis quatre heures.
M. TUBLEU
Il vous abandonne, ma voisine, il ne faut pas souffrir cela; si vous voulez, je vous vengerai.
M™e FRANGEOT.
N'avez-vous pas votre épouse?
M. TUBLEU
Bon! c'est le pain quotidien,
mrae TUBLEU, l'embrassant.
Qu'est-ce que c'est donc que ce coquin-là? c'est fort joli, monsieur! Dis donc, Chou-chou, d'où viens-tu si tard?
M. TDBLED.
Si tard, si tard! je viens de faire une bonne affaire.
M. LE NOIR, se levant.
Qu'est-ce que c'est?
5ime XUBLEU.
Dis à moi, Cliou-cbou.
m. TUBLEU.
Tu sais bien ce procureur de Ménil- Montant, M. de la Grosse?
]\ime TUBLEO.
Eh bien?
m. TUBLETT.
Je vas repeindre sa maison en dehors à la manière italienne; elle est tort petite, et pour cela il me donne un bon cheval de cabriolet.
ajme TUBLE0.
Eh bien, c'est bon cela.
IM'"^ FRANGEOT.
Vous allez avoir un cabriolet, ma voisine?
IVjme TUBLEU, se redressant.
Oui, ma voisine.
M. TUBLEU
Oui, mais c'est moi qui m'en servirai^ parce que je vais avoir beaucoup d'atlaires.
jjme TUBLEU.
Oui , mais j'irai dedans les dimanches, n'est-ce pas, mon Chou-chou?
M. TUBLEU
Oui, oui,
mme TUBLEU.
Voilà pourquoi nous avons pris Saint-Jacques, parce qu il sait panser les chevaux.
M. LE NOIR
Eh! quelles affaires auras-tu donc tant, voisin?
M. TUBLEU
Premièrement, toutes les maisons que va faire bâtir M. d'Orson, voisin.
ET LES VOISINES. 3l3
Cet homme si riche?
M. TUBLEU
Oui, et puis beaucoup de pratiques quil doit me donner, dont il y en a beaucoup à la campagne.
jime VARLOPE, à madame Fiangeot.
Mais s'il va tant à la campagne, la voisine ne se servira pas du cabriolet.
Bime XUBLEU.
Pardonnez-moi, mes voisines; puisque nous avons Saint- Jacques , il pourra panser aussi bien deux chevaux qu'un seul.
IM™« FRANGEOT.
Vous avez raison, ma voisine; mais, en ce cas-là, j'aimerais autant avoir un carrosse, il ne vous en coûterait pas davantage.
Bime TUBLEU.
Que dis-tu à cela, Clion-chou7
M. TUBLEU
C'est assez bien dit.
M™^ LE NOIR
Et Saint-Jacques vous servirait de cocher, mon voisin.
M. TUBLEU
Il faudra donc que j'achète un carrosse, au lieu d'un cabriolet?
M. LE NOIR
Sans doute, voisin; il n'y a qu'à prendre un carrosse d'hasard, il ne coûtera pas davantage qu'un cabriolet tout neuf.
M. TUBLEU
Tu le crois, voisin?
M. LE NOIR
Sûrement. Eh! tiens, le voisin Frangeot a un sellier de sa connaissance, il pourra t'en faire avoir un à bon marché.
jame FRANGEOT.
J'en fais mon affaire, moi, voisin.
5l4 I^ES VOISINS
M. TUBLEU
Je VOUS suis obligé, voisine.
M™e FRANGEOT.
Mais c'est à condition que j'irai dans le carrosse.
M. TUBLEU
Je vous en prierai, voisine.
ni"'« LE NOIR.
Et moi, voisine?
Bjme TUBLEU.
Sûrement , et la voisine Varlope aussi ; allons, mes voisines , montez donc.
m'"^ FRANGEOT.
Je n'en ferai rien, ma voisine, après vous.
mme TUBLEU.
La voiture esta moi, allons mes voisines, mettez- vous donc sur le derrière , sans façon.
Oui , à terre , vous ne tomberez pas de bien haut.
M"i« LE NOIR.
Ab .' mon dieu , le drôle cfe corps !
.didio
BI. VARLOPE
Et moi, où me meltrai-je, voisine?
M. LE NOIR
Sur le derrière aussi , après ces dames , en debors. M. VARLOPS.
J'aime mieux aller ù pied , ma voisine.
M. LE NOIR
Eb bien, tu iras , il ne faut rien pour cela , voisin.
jyjme TUBLEU.
11 me semble déjà que je me vois passer dans mon carrosse, mes voisines. Je vous mènerai aussi, monsieur le Creux.
M. LE CREUX
Madame , vous avez bien de la bonté.
ET LES VOISINES. 3l5
M. LE NOIR
Attendez donc, ma voisine, n'allez pas si vite, vous allez nous écraser. Attends donc, Saint-Jacques, veas.-tu bien t'arreter ?
M. TUBLEU
Allons , finis donc , toi , voisin.
Mais c'est que je veux empêcher Saint-Jacques de crever tes chevaux.