‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 164 sur 339 · LA BARONNE, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, LA MARQUISE

LA MARQUISE

Eh, la voilà donc, enlin , cette charmanie Baronne!

(Elles s'embrassent.)

LA BARONNE

Eh, mou Dieu, oui, me voilà. (Riant.) Mais savez-vous que j'ai cru que je n'arriverais jamais ; j al éprouvé toutes sortes de malheurs. (Eiierit.)

LA MARQUISE

Comment doue !

LA BARONNE

J'ai voulu faire la première poste avec mes chevaux; j'ai rencontré des charretiers qui m'ont barré le chemin. Mes gens se sont battus ; c'était quelque chose d'affreux. (EUerit.)

LA MARQUISE

Mais vous avez dû avoir grand' peur?

LA BARONNE

Oh ! j'ai été dans un élatJ Est-ce que Julie ne sest pas trouvée mal ! (Elle rit.)

LA MARQUISE

Vous l'avez amenée pourtant?

LA BARONNE

Sûrement , je l'ai amenée. Je lui al dit eu arrivant d'aller se. coucher. C'est incroyable tout ce qui m'arrivel (EiJerit.)

LA MARQUISE

Enfm , vous voilà.

LA BARONNE

Et mon beau -père, qui est ù la mort. (Elle rit.)

LA MARQUISE

Réellement?

LA BARONNE

Oui , il est abandonné des médecins. Vous savez combien il m'a tourmentée j cependant je le regrette fort. (Elle rit.)

LA MARQUISE

Je le crois. Mais votre mari lui ressemblait.

LA BARONNE

Ahî malgré cela, je le pleurerai toute ma vie. (Elle rit.)

LA MARQUISE

Il faut mettre un terme à votre douleur.

LE PERSIFLEUB. 333

LA BARONNE

Voilà ce que je ne saurais gagner sur moi; j'en rêve toutes les nuits ; il me fait des peurs affreuses ! (EUe rit.)

LA MARQUISE

Pour chasser ces idées-là , il faut vous remarier. Est-ce que vous ne vous ennuyez pas d être veuve?

Si je m'ennuie? je m'ennuie à la mort; cela peut-il être autrement? (Elle rit.)

LA MARQUISE

L'on a beau dire ; notre existence , à nous antres femmes , est celle qu'un mari nous donne ; nous tenons de lui toute notre considération. J'ai un homme à vous proposer, qui est non-seulement un homme de mérite, mais qui est fort aimable.

LA BARONNE

Ah, le Baron était très-aimable, et je ne retrouverai jamais un mari comme lui. (Elle rit.)

LA MARQUISE

Mais vous ne connaissez pas le comte de Moquarl?

LA BARONNE

J'en ai entendu parler, et l'on m'a fait craindre horriblement de le renconti'cr. (Elle rit.)

LA MARQUISE

Pourquoi donc? Quelle enfance !

LA BARONNE

C'est qu'il a la réputation de persifler tout le monde , et que je crains toujours qu'on ne se moque de moi , cela me désole, (Eiierit.) parce que je ne saurais m'en apercevoir.

LA MARQUISE

Le Comte a le désir de vous plaire; ainsi cela doit vous rassurer. Le voici : c'est son cœur qui le conduit vers vous.

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