LA BARONNE, LE COMTE
LA BARONNE , rinnt.
La Marquise est folle , je crois , de me laisser comme cela en tète à tète avec quelqu'un que je vois pour la première fois.
LE COMTE
Si c'était une plaisanterie , elle retomberait entièrement sur moi , et mon amour-propre ne serait pas llatté qu'on me crût aussi peu redoutable ; mais elle connait le respect dont je suis capable, et celui que vous inspirez.
Vous me trouvez un air redoutable , apparemment? (Elle rit.)
LE COMTE
Ecoutez donc , madame , il faut être prodigieusement en garde pour ne pas se livrer entièrement an sentiment que vous faites naître ; et si le désir de vous plaire n'était pas retenu par la crainte de n'y pas réussir
LA BARONNE
Oui , je vois que votre modestie vous empêche de vous en trouver digne. C'est le défaut ordinaire des hommes : cependant cela n'empêche pas qu'on ne les craigne , mais je dis beaucoup. (Ellerit)
LE COMTE
Ne plaisantez pas, madame , je vous en supplie 5 je vais vous parler absolument du fond de mon cœur. Ce que je viens de vous dire n'a rien qui doive vous surprendre ; et ce doit être le langage de tous ceux qui vous connaissent ; mais si je pouvais l'emporter sur eux par une préférence qui me lierait à vous pour toute ma vie , je ne conçois pas qu'il puisse y avoir jamais de bonheur plus grand !
LA BARONNE
Voilà qui est divin! un pouvoir si subit de mes charmes aurait de quoi me tourner la tête , surtout étant senti par un homme aussi supérieur que vous , monsieur. (Elle rit.)
LE COMTE
Peut-être vous paraît-il ridicule que j'ose vous l'avouer si promptement; mais si vous me connaissiez davantage , peutêtre vous détermineriez-vous moins rUfficilement ; et ma supériorité , pour parler selon vous , s'éclipserait bientôt : voilà ce qui m'engage à faire en sorte d'arracher un consentCTnent qui ne devrait être que le prix d'un temps considérable d'assiduités et de soins.
LA BARONNE
Ce que j'admire, c'est l'excès de votre modestie. (Elle rit.)
LE COMTE
c'est que je ne crois pas que dans une affaire si sérieuse , il faille se donner pour plus que l'on ne vaut.
LA BARONNE
Mais je trouve que vous valez beaucoup , et j'ai mes craintes aussi , c'est que vous ne vous abusiez excessivement sur tout ce que je vous parais mériter. (Elle rit.)
LE COMTE
Parlez-moi donc sérieusement , maciame , et tirez-moi de l'inquiétude où vous me mettez ; répondez-moi , je vous prie, d'une manière à me donner l'espérance la plus flatteuse que je puisse concevoir.
LA BARONNE
Oh ! je vous crois très-sincèrement , et rien ne peut m'engager plus facilement à me décider que le ton que vous venez
d'employer, (Elle rit, et sort.)