LA MAKQLISE, LA BAROÎSNE, LE COMTE, LE COMMANDEUR
LE COMMANDEUR
Madame, voici le Comte, qui est désespéré de n'avoir pu vous persuader de la vérité de tout ce qu'il vous a dit.
LE COMTE
Il est très-vrai , madame , que la mailieureuse prévention où vous êtes contre moi , fera le malheur de ma vie , et que je ne sais comment m'expriraer, pour vous convaincre de la vérité de mes sentiments.
LA BAROxNNE.
Je sais à merveille qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous croire, et que même vous en seriez fort aise. (Elle rit.)
LE COMTE
Ah I madame , je serais au comble du bonheur î
LA BARONNE
Voilà ce que je dis , et ce qui n'arrivera pas. (Elle rit.)
LE COMTE
Mais pourquoi?
C est que tu ne pourras jamais persuader à madame tout ce que tu sens pour elle.
LA MARQUISE
Oui , elle est Irès-piquée de ce que vous l'avez persillée ; elle prétend que vous avez cette réputation , et que vous vous êtes laissé entraîner par ce pencliant , dès le premier moment que vous l'avez vue.
LE COMTE
Moi! il serait possible?....
LA MARQUISE
Je lui ai fort assuré que non.
LE COMMANDEUR
Fl moi aussi. Tout ce que j'ai i;ap;né, c'est qu'elle a trouvé que je la persiilais. Voiià le fruit de ta malheureuse habitude, de ne plus rien pouvoir persuader.
LE COMTE
A quelles épreuves faut-il que je me soumette , madame? Je vous en supplie , ordonnez , exigez , je suis prêt à tout.
LE BARONNE
Je n'en veux point d'autres ; il m'est doux de la'ëtre trompée , et je vous prie de le croire. {Elle Ht.)
LE COMALANDEUR.
Tu dois être content.
LE COMTE
Oui , madame ne se moque-t-eilc pas encore de moi?
Je vous réponds que ce n'est pas mon défaut. (EUe rit.)
LE COMTE
Allons , je dois aller cacher ma boute.
LE COMMANDEUR
Écoute-moi.
LE COMTE
Que pourras-tu me dire?
LE COMMANDEUR
Que ceux qui passent leur vie à plaisanter, ne supportent pas quelquefois la plaisanterie des autres ; qu'ils craignent autant le ridicule , qu'ils sont charmés de le faire naître , et de sacrifier tout ce qui se trouve sous leur main pour le seul plaisir d'amuser.
LE COMTE
Je ne vois pas à quoi tu en veux venir, si ce n'est encore à me rendre plus odieux aux yeux de madame.
LE PEllSIFLEXJR. 5^3
LE COMMANDEUR
Voilà ce qui n'arrivera pas , si tu ne veux plus avoir de défiance. Madame est vraie, et elle suit les mouvements de son cœur en consentant à tVpouser.
LE CO.lITE.
Serait-il bien possible?
LA MARQUISE
Madame, rassurez-le donc; allons, ma chère Baronne.
M. le Commandeur vient d'exprimer si bien tout ce que je pense, que je n'ai rien à y ajouter. (EUe riu)
LE COMTE
Eh bien , tu vois comme elle se moque de moi.
LA BARONNE
Vous m'offenserez très-vivement , monsieur, si vous continuez d'avoir celte pensée. Lorsque j'ai bien voulu revenir de la prévention où j'étais conti'C vous , sur la parole de madame la Marquise et celle de M. le Commandeur. Je vous le dis très-sérieusement. (Elle rit.)
LE COMTE , à part.
Je n'y comprends plus rien.
LA BARONNE
Vous hésitez encore à me croire ; prenez-y garde , je penserai que vous voulez jouer la modestie. (Elle rit.)
LE COMTE
Et je ne vous paraîtrai donc jamais vrai?
LA BARONNE
Sera-ce ma faute? n'ai-je pas fait tout ce qu'il fallait pour me persuader moi-même? (Elle rit.)
LA MARQUISE
Tenez , convenez de vos faits , et ne vous expliquez pas davantage.
LA BARONNE
Pour moi , j'y consens de tout mon cœur. (Elle lui donne sa main eo riant.)
LE COMTE y lui baisant la main.
Ah J mon bonheur n'est donc plus douteux !
LF COMM\NDEUR.
Je vais dévoiler à jjrésent tout le mystère. La gaieté de madame la Baronne t'a embarrassé?
LE COMTE
Il est vrai.
LE COMMANDEUR
J'ai voulu que tu sentisses une fois bien véritablement par toi-même, combien, avec Tliabitude de pcrsiller, on ôte la confiance à ceux avec qui on est exposé à vivre tous les jours.
LA BARONNE
L'avis est bon , monsieur le Comte. (Elle rii.)
LE COMTE
Et je vous jure d'en profiter.
LE COMMANDEUR
Allons , ne nous occupons plus que du soin d'assurer votre bouheur.
L'UNIFORME DE CAMPAGr^E.