‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 172 sur 339 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M'"ePAV/VRET, M'ieBâTILDE.

m"« batilde.

Eh bien, ma tante, que dites-vous de M. de Clairvllle , avec le nouvel uniforme?

jVime PAVARET.

Je dis qu'il est bien bon de Tavoir fait faire.

m"^ batilde.

Moi, je suis fort aise qu'il s'occupe de plaire à mon père.

j^me PAVARET.

Et vous avez raison , puisque vous l'aimez ; mais je n'en ti'ouve pas moins ridicule votre père , de vouloir avoir un uniiorme à sa campagne.

M^'e BATILDE.

Mais on dit que tout le monde en a .

jime PAVARET.

Parce que tout le monde veut faire comme les grauds ; et qui est-ce qui a commencé? c'est le roi d'abord , et puis les princes. Je me suis fait expliquer tout cela , encore c'était des uniformes de chasse ; et mon (rère n'avait pas besoin de faire faire des habits verts à tous ses amis , pour tuer des lapins dans sa basse-cour.

m"« BATILDE.

Il tire quelquefois des moineaux,

jVjme PAVARET.

Oui , et il manque toujours les hirondelles.

348 l'u>iforme

Mlle BATILDE.

Ma tante, permettez-moi d'aimer les habits yerts.

;>imc PAVARET.

Vous êtes peut-être comme mon frère , qui a choisi celle couleur-là parce qu'il s'appelle M. Duverdier. Est-ce qu'il ne voulait pas que les femmes fussent aussi habillées de vert?

m"« batilpe.

Cela m'aurait été fort égal.

jliuc PAVARET.

Moi je ne l'ai pas voulu; on aura il cru que j'y aurais applaudi, pendant que je suis trcs-fachée qu'il ail cette fantaisie-là. Il me semble que j'entends dire : Voyez donc les airs que se donne M. Duverdier, pour un auditeur des comptes; encore s'il était président , à la bonne heure. Et feu mon mari , qui avait pensé l'être, n'aurait jamais fait une chose pareille.

m"" hatilde. En vérité , ma tante...

Hjme PAVARET.

Et puis les femmes ont déjà dit qu'elles ne porteraient jamais la livrée de M. Duverdier; enfin, cela fera que nous n'en aurons peut-être pas ici de long-temps.

IM"« BATILDE.

Il est sûr que nous aurons des hommes.

mme PAVARET.

Moi , j'aime les femmes , parce qu'il faut bien quelqu'un à qui parler à la campagne , et que depuis qu'il y a un billard ici, vous voyez bien que nous restons toujours toutes seules.

m"" BATILDE.

M. Landier nous tient quelquefois compagnie.

jVjme PAVARET.

Oui , et il ne dit pas urfraot ; si vous l'aimez , c'est qu'il est le père de M. de Clairville. Pour M. Gobergeau , il se moque de tout le monde.

DE CAMPAGINE. 349

aille BATILDE.

Il est l'ami de mon père, ef je crois qu'il faudrait le mettre dans nos intérêts.

flime PAVARET.

Pour déterminer votre mîu'iage avec M. de Clairville, n'estce pas ?

M"e BATILDE.

Oui , ma tante.

jime PAVARET.

Et vous croyez qu'il sera fort empressé de vous servir?

m"« BATILDE.

Pourquoi non 1

jVjrae PAVARET.

Il est vrai qu il pourrait avoir de là occasion de vous faire des mauvaises plaisanteries , et cela pourrait bien l'engager à se mêler de vos affaires.

M^e BATILDE.

Ah! voilà M. de Clairville.

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