IVI. GOBERGEAU
Je m'en souviens bien , et je trouve que vous avez presque autant desprit que lui.
M. BÉTASSIER.
Oli I bien davantage , à ce que m'a dit ma mère. Enfin , je suis bien aise de vous trouver, car j'ai pensé dire notre secret à un monsieur tout-à- l'heure que j'avais pris pour vous.
M. GOBERGEAU.
Et vous voyez bien à présent (jue vous ne vous trompez pas?
Oli.'ponr cela non ^ mais c est qu'il avait un habit vert comme vous.
M. GOBERGEAU.
Il est vrai que cela change bien la physionomie 3 cependant moi je vous ai reconnu tout de suite.
M. BÉTASSIER.
c'est que vous avez une bonne mémoire.
M. GOBERGEAU.
Mais pas trop , car j'oublie toujours les noms.
M. BÉTASSIER.
Vous ne vous souvenez pas du mien quand j'étais petit?
M. GOBERGEAU.
J'ai une idée confuse... .
M. BÉTASSIER.
Je l'ai pourtant porté jusqu'à quinze ans , et je m'appelais Coco.
W. GOBERGEAU,
Ah î Coco ! cela est vrai.
M. BÉtASSIER.
Mais à présent je m'appelle M. BélassierJ
M. GOBERGEAU.
Ah .' monsieur Bétassier, je suis bien votre très-humble serviteur.
Ah! monsieur Duverdier, ne me traitez cloue pas comme cela avec tant de cérémonie.
BI. GOBERGEAU.
Je vous rends ce que je vous dois.
M. BÉTASSIER.
Vous avez bien de la boute. Vous ne savez peut-être pas d'où vient ce nom?
m. GOBERGEAU.
Votre père a oublié de me le mander.
M. BÉTASSIER.
Il vient d'un clos que nous avons, où nous élevons du bétail , et le bétail chez nous est des moulons , comme vous savez.
M. GOBERGEAU.
Oui , oui , je sais cela.
M. BÉTASSIER.
De sorte qu'un clos renfermant le bétail , nous l'appelons bétassier, et mon père m'a fait prendre ce nom ; parce qu'en l'ajoutant à celui de président, cela sonne bien, vojez:M. le président Bétassier.
M. GOBERGEAU.
Cela est fort beau .'
M. BÉTASSIER.
Je crois que mademoiselle votre fille sera fort aise de s'appeler madame la présidente B 'tassier?
Il nen faudra pas davant;ige pour la déterminer à vous «•pouser. Mais d'où etcs-vous président?
356 L'uJSIFORMIi
M. LÉTASSIER.
Du grenier à sel.
M. GOBEBGFAU.
Je ne in'élonne pas si vous en mêliez tant dans lout ce que vous il Iles.
M. BÉTASSIER.
Cela n'est pas difficile à penser, parce que. Dis-moi qui tu fréquenles, je le dirai (|ui lu es.
M. GOJiERGEAD.
Il me paraîl que vous avez de l'érudition.
M. BÉTASSIER.
Eh mais, je le crois bien. Est-ce que je n'ai pas été reçu tout d'uu coup avocat à Bourges , dès que je me suis présente?
M. GOBFRGEAU.
Vous n'avez donc pas eu besoin pour cela de vous mettre dans le fauteuil ?
M. BÉTASSIER.
Non. L'on m'a dit qu'il v avait un de mes confrères qui l'occupait , qu'il faudrait attendre trop long-temps ; je men suis passé pour épargner mon argent.
M. GOBERGEAU.
Cela est fort sensé.
C'est qu on nel'a pas plus lot dépensé, qu'on ne Ta plus.
BI. GOBERGEAU.
Fort bien dit.
M. BÉTASSIER.
A propos de cela , on dit que mademoiselle votre fille est une riche héritière , parce quelle a une tante qui est veuve , et qui ne veut pas se remarier.
BI. GOBERGEAU.
Oui , c'est un excellent parti.
M. BÉTASSIER.
Son bien ne diminuera pas avec moi.
DE CAMPAGNE. ùSj
M. GOBERGEAU.
Vous saurez donc le faire valoir?
M. BÉTASSIER.
C'est là mou grand talent. Imaginez-vous que j'ai amassé tout l'argent qu'on me donnait pour mes menus-plaisirs , quand jetais au collège."
W. GOBERGEAU.
C'est être bien habile.
M. BÉTASSIER.
Et depuis je n'ai rien prêté , qu'on ne m'en ait rendu bleu davantage.
C'est cire généreux î
M. BÉTASSIER.
Sûrement; car il v a des gens qui ne prêtent jamais r'ica afin qu'on ne le garde pas , de peur de le perdre.
M. GOBERGEAU.
Et vous aimez beaucoup l'argent?
M. BÉTASSIER.
Ohl comme tout! Oli! si vous mourez de bonnebeure, tous verrez comme je régirai tout votre bien : allez, allez, tons vos petits-enfants serout bien riches.
M. GOBERGEAU.
Mais si la tante en question ne pense pas comme vous?
M. BÉTASSIER.
Cela ne m'inquiète pas. On m'a dit qu'elle avait bien de l'esprit.
m. GOBERGEAU.
Oui, mais elle est très-prodigue.
M, BÉTASSIER.
Oh! cela ne m'embarrasse pas, parce que je me mettrai à la tête de ses affaires, je la prendrai en pension chez moi, et elle n'aura nulle dépense à faire; c'est même ce que mon père vous mande dans une lettre que je devrais déjà vous avoir donnée : attendez que je la clierche. (il cherche dans sa poche.)
558 l'uniforme